L’Ombre du feu

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Les yeux rivés sur le présent, plongés – volontairement ou non – dans une spirale de violence, les protagonistes mis en scène par Shin’ya Tsukamoto n’ont que faire de ce qui les attend demain, si tant est que le terme leur soit familier. À entendre les paroles d’un ex-soldat japonais, clamant que “peu importe comment on tombe, il n’y a pas d’avenir”, on serait tenté de voir en L’Ombre du feu, dernier opus de sa trilogie guerrière entamée avec Fires on the Plain puis Killing, une logique prolongation des concepts nihilistes établis. Mais une rupture, discrète, est pourtant bien là.

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Bushman

Actuellement au cinéma

© Malavida Films

Seul, au bord d’une autoroute, ses chaussures posées sur le crâne, Gabriel marche en direction des édifices urbains de San Francisco. Il croise alors un motard qui accepte de le déposer près de chez lui. Pourtant, Gabriel n’a pas de chez-soi. Originaire du Nigeria et exilé aux États-Unis suite à la guerre civile qui sévit dans son pays, il se retrouve malgré lui au cœur d’une communauté en proie aux émeutes, suite aux assassinats de Martin Luther King et de Bobby Hutton en 1968. Malgré ce contexte propice à un pamphlet socio-politique, David Schickele propose avec Bushman une étonnante déviation du regard,  qui s’éloigne de l’ampleur d’une telle lutte pour embrasser une touchante individualité. Les émeutes restent donc hors-champ, vaguement mentionnées par instants, face aux déambulations nonchalantes de Gabriel, qui occupent l’ensemble du long-métrage.

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Le Mal n’existe pas

Actuellement au cinéma

© Diaphana Distribution

Pour Takumi, homme à tout faire du village de Mizubiki, récolter l’eau de source est une tâche minutieuse. Se rendre à la rivière, remplir soigneusement quelques bidons puis les ramener péniblement à la voiture, le tout dans un silence imperturbable. La tâche est reproduite deux fois au cours du Mal n’existe pas, nouveau-né de Ryusuke Hamaguchi : une première avec son ami cuistot, qui utilise l’eau pour cuisiner ses udon, puis une seconde avec deux agents de communication, venus présenter le projet de glamping, s’installant prochainement dans la région. Dans cette répétition somme toute anodine, Hamaguchi distille la mécanique sournoise de ce nouveau long-métrage.

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Nome

Actuellement au cinéma

© The Dark

“En Guinée libre, il n’y aura pas de Messieurs. Ni blancs, ni noirs” : si Nome a trait à une désillusion, c’est bien autour de cette promesse égalitaire, martelée fièrement par les guérilleros du PAIGC (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée) pendant la guerre. Contrairement à Sambizanga, qui prenait à bras le corps l’oppression portugaise subie par le peuple et les résistants dans un naturalisme rude mais in fine optimiste, Sana Na N’Hada oppose désormais un regard contemporain, débarrassé de l’espoir et gagné par une triste ironie.

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Ferrari

Disponible sur Amazon Prime

© Amazon Prime France

“We all know it’s our deadly passion, our terrible joy”, déclare Enzo Ferrari (Adam Driver) à ses pilotes et autres collaborateurs, agglutinés à table autour de lui. À l’aune de ces paroles, il n’est pas difficile de voir ce qui a tant passionné Michael Mann dans cette nouvelle personnalité masculine, autant Messie de l’automobile qu’Antéchrist semant la mort. L’apparence froide et grisonnante (Collateral), les démons de la célébrité (Ali), l’affect détaché (Heat) : Enzo endosse à lui-seul le spectre de plusieurs masculinités évoquées précédemment par l’auteur. Mais à la possible redite, Mann oppose consciemment un regard détourné sur son sujet qui, à défaut d’une réinvention totale, propose un pas de côté pertinent.

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Eureka

Actuellement au cinéma

© Le Pacte

Prison à ciel ouvert dans La Libertad, quête illusoire de rédemption dans Los Muertos et Jauja : chez Lisandro Alonso, les espaces naturels sont le théâtre d’un enfermement. Eureka prend initialement ce même chemin figuratif, à travers un faux western ironique, citant directement le cow-boy incarné par Viggo Mortensen dans le précédent film. Soudain, d’un cut brutal, Alonso balaye d’un revers de la main la fiction – la sienne et celle des autres – pour imposer un retour nécessaire au réel.

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L’Empire

Actuellement au cinéma

© ARP Sélection

L’Empire semble exister autour d’une seule image : un croiseur interstellaire posée sur les plages de la côte d’Opale. Déjà amorcée dans Coincoin et les Z’inhumains, cette rencontre entre l’univers de Bruno Dumont et de la science-fiction va ici plus loin, transplantant à la relative simplicité du body-snatcher la démesure du space-opera.

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Sleep

Actuellement au cinéma

© The Jokers Films

“Quelqu’un est entré”, murmure d’une voix rauque le somnambule Hyun-Soo, sous le regard effrayé de sa femme enceinte, Soo-Jin. Point de départ de Sleep, cette réplique a priori banale, maintes fois ressassée jusqu’à devenir un trope comme un autre au sein du cinéma d’horreur, récupère ici de sa terreur originelle. Jason Yu, dont c’est le premier film, impose ce renouvellement par une subtile entorse au code établi : l’infraction mentionnée n’est pas en cours mais survient dans les secondes qui suivent, comme pressentie par le mari inconscient. De cette scène inaugurale glaçante découle la belle promesse de Sleep. Et si l’inquiétude ne se logeait plus dans une menace extérieure mais au sein-même du foyer, au cœur de l’être aimé qu’on pensait tant connaître ? 

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Vermines

Paris International Fantastic Film Festival 2023

© Tandem

Principale source d’angoisse dans l’inconscient collectif, l’araignée est étrangement le parent pauvre du cinéma horrifique. Lorsqu’elle n’est pas reléguée à une simple séquence choc (L’homme qui rétrécit, L’au-delà), l’arthropode ne trône que rarement en tête d’affiche, le dernier exemple honorable étant Arachnophobie en 2001. Suite à quelques courts-métrages inégaux mais non dénués de promesses, Sébastien Vaniček troque les maisons californiennes filmées par Frank Marshall pour un HLM de Noisy-le-Grand, sujet d’une invasion.

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Godzilla Minus One

Paris International Fantastic Film Festival 2023

© Piece of Magic Entertainment

Parmi les nombreuses franchises qui pullulent dans l’industrie cinématographique actuelle, Godzilla est une des seules parvenant à trouver du renouvellement dans chacune de ses itérations, réussies ou non. Tour à tour protagoniste ou antagoniste, symbole du traumatisme nucléaire ou d’un problème écologique plus global, le lézard ne cesse de muter pour accompagner les inquiétudes de son époque. Shin Godzilla, dernier exemple japonais en date, offrait notamment une passionnante alternative bureaucratique au kaijū eiga et figurait la banqueroute politique du pays à travers l’évolution progressive de la bête. 37e épisode de la saga, Godzilla Minus One décide de faire à nouveau table rase et impose un retour aux sources, en plaçant son film dans l’immédiat après-guerre, contexte qui n’avait pas été abordé depuis le premier épisode de 1954.

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