Vermines

Paris International Fantastic Film Festival 2023

© Tandem

Principale source d’angoisse dans l’inconscient collectif, l’araignée est étrangement le parent pauvre du cinéma horrifique. Lorsqu’elle n’est pas reléguée à une simple séquence choc (L’homme qui rétrécit, L’au-delà), l’arthropode ne trône que rarement en tête d’affiche, le dernier exemple honorable étant Arachnophobie en 2001. Suite à quelques courts-métrages inégaux mais non dénués de promesses, Sébastien Vaniček troque les maisons californiennes filmées par Frank Marshall pour un HLM de Noisy-le-Grand, sujet d’une invasion.

À l’heure des trips psychologiques ou autres films mentaux, Vermines  annonce la couleur dès son introduction : nous sommes en face d’un film brutal, revenant à une horreur matérialiste. Unité de lieu réduite pour une menace qui prolifère, le premier long-métrage du jeune cinéaste appuie une logique simple. Canalisations, couloirs, cloisons ou même chaussures de sports : tout élément du décor devient le potentiel refuge des bestioles. L’horreur peut jaillir de partout et Vaniček s’en amuse constamment. Sa caméra prend un malin plaisir à adopter le point de vue des vermines, à se loger dans les caniveaux et à tourbillonner dans les couloirs.

Vermines répond également d’un double-sens évident, faisant la jonction entre araignées et jeunes de banlieue, tous deux jugés comme parasites d’une même société. Face à la déferlante d’une certaine école bourgeoise du film de banlieue, porté par le récent Athena et son non-sens esthétique, le film de Vaniček détourne intelligemment les clichés longtemps apposés au genre. Le présupposé dealer n’est qu’un collectionneur de TN, le meilleur ami kleptomane cherche de la reconnaissance, le héros gueulard cache un deuil récent : Vermines préfère à la grandiloquence et aux archétypes de Romain Gavras des personnages attendrissants et une relative sobriété, y compris lorsqu’il tente de lancer des paraboles assez justes sur le conditionnement social, les violences policières et le délaissement des cités.

Ce constat en tête, le premier long-métrage de Vaniček rappelle la réussite du récent Evil Dead Rise et sa capacité à encapsuler des propos discrets dans un spectacle concret, ne tombant jamais dans les affres d’une œuvre trop discursive ou mentale. On regrettera d’autant plus un dernier acte en deçà, tombant précisément dans du pathos à outrance et ouvrant les portes d’un symbolisme pas très fin. Nonobstant ces écarts que l’on pardonne aisément pour un premier film, Vermines réussit là où beaucoup échouent et conjugue à son cauchemar éveillé une subtile épaisseur sociale.

De Sébastien Vaniček / Avec Théo Christine, Sofia Lesaffre, Jérôme Niel, Lisa Nyarko / France / 1h46 / Sortie le 27 décembre 2023.

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