Mehdi et Hamid travaillent pour une agence de recouvrement et sillonnent le Maroc en quête de remboursements. Comme Laurel et Hardy mais identiques, le duo se retrouve dans des situations toutes plus décalées les unes que les autres. Film à sketchs délicieusement absurde puis soudain épopée mystique, le film de Faouzi Bensaïdi n’est pas sans surprises.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, près de vingt millions d’Ukrainiens ont été contraints de tout quitter pour se réfugier en zone sûre, en Pologne ou dans les régions sécurisées de l’Ouest. Maciek Amela, producteur et réalisateur polonais, a sillonné le pays pour rapatrier à la frontière de son pays les Ukrainiens qui le sollicitaient, parcourant plus de 100 000 km. Son minivan de sept places est devenu un lieu de confidences, un lieu sûr, transitoire, témoin d’un exil forcé. Accompagné d’une caméra, le réalisateur a enregistré les conversations échangées avec ses passagers. Dans l’habitacle, on parle de la guerre, de ses drames, de l’exode, mais aussi des perspectives pour l’avenir : s’installer provisoirement en Pologne, revenir en Ukraine quand tout sera fini, ouvrir un café ou se baigner dans la mer.
La question de comment filmer l’horreur de l’Holocauste a souvent divisé le monde du cinéma. En prenant une approche radicalement opposée, Jonathan Glazer décide d’en révéler l’atrocité sans jamais la montrer, sans même que ses personnages se donnent la peine de la penser. Avec un formalisme à la beauté austère, il retrace la vie mondaine que mènent Rudolf et Hedwig Höss, le commandant du camp d’Auschwitz et sa femme.
C’est dans une petite ville bourgeoise, sur la côte Argentine, au milieu des souvenirs et des photos d’enfance, que la caméra capte les premiers moments de ce qui se révèlera être une ode à l’amitié et à l’amour.
Dans The Sweet East, Sean Price Williams nous promène dans une Amérique découpée en différentes idéologies : de punks à islamistes, en passant par néo-nazis et avant-gardistes. Lillian, jeune adolescente désœuvrée, est notre guide à travers ces groupuscules qu’elle intègre, toujours avec un détachement adolescent aussi touchant que frustrant.
Il n’y avait que la provocante Maïwenn, qui aime tant susciter l’ire d’un certain féminisme, pour se pencher sur la destinée de Jeanne du Barry, la plus sulfureuse et dernière favorite du souverain Louis XV. Il fallait aussi Johnny Depp sous la perruque poudrée du « Bien aimé », une plainte pour agression à l’encontre de la cinéaste et une sélection à l’ouverture du festival de Cannes pour achever le tableau par-delà la fiction, l’autoportrait criant d’une artiste ambitieuse et libre qui érige le scandale en principe.
Après la jeunesse d’un auteur (The Fabelmans), les coulisses d’une salle de projection (Empire of Light), et la décadence de toute une industrie (Babylon), c’est au tour de Frédéric Sojcher de célébrer cette année les vices et les forces du cinéma. Sept ans après une exploration du métier de comédien dans Je veux être une actrice, il se penche dans Le cours de la vie sur la pratique souvent ignorée du scénario.
Il est des images qui interpellent par leur charge fantastique, étrange, magique. Ainsi en est-il de la vision prenant place sur une large route goudronnée de Dakota du Sud, dans une réserve amérindienne où Bill, vingt-trois ans, la tête encore enfumée par la nuit agitée qu’il vient de vivre, se retrouve devant un bison, imposant, magistral, énigmatique. Des coups de feu retentissent, – léger sursaut du spectateur – coupent court à l’onirisme de la scène, pour la plonger immédiatement dans la réalité, celle de la violence sourde, ténébreuse et fugace : des bambins munis de pistolets traversent le champ. C’est la première rencontre, fugitive, furtive, entre Bill et Matho, douze ans, tous deux enfants du monde, livrés à la dure âpreté de la vie.
Le dos droit dans son costard cravate, Sabri Lahlali (Roschdy Zem) surveille les grilles du collège. Les élèves le dépassent, ajustant leurs tenues sous son regard sévère, les professeurs se dépêchent et profitent des derniers instants de pause pour bavarder dans les couloirs. Une distance infranchissable semble séparer ce petit monde du principal-adjoint, retranché dans son bureau où il se dévoue à un seul objectif : la réussite.
Alexandre Sokourov revient après plus de sept ans d’absence avec Fairytale. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que du haut de ses 71 ans, le cinéaste n’a jamais été aussi moderne.