Inédit en France, Starlet, quatrième film de l’américain récemment palmé d’or, contient tout l’art du cinéaste : une qualité d’observation inouïe couplée à un attrait pour les franges marginales de l’Amérique. Avant les flamboyantes prostituées africaines-américaines transgenres de Tangerine, avant la strip-teaseuse et mère célibataire de The Florida Project, Sean Baker s’imposait déjà comme l’auteur d’un contre-récit du rêve américain. De banlieues délaissées en motels miteux, son œuvre dresse en effet peu à peu le portrait des laissé·es-pour-compte du libéralisme sauvage qui règne sur le pays de l’oncle Sam, en évitant adroitement à la fois l’écueil du misérabilisme et celui de l’angélisme.
Un matin, lorsque parut l’aurore aux doigts moroses en pays d’Amérique, parfois autrement appelé pays des déglingués, un jeune cinéaste songea : « et si je racontais l’Odyssée, telle qu’un Freud sous kéta, meth et subutex l’aurait imaginée, avec un Ulysse dépressif dopé aux cachetons, que son errance trop longue aurait frustré sexuellement au point d’enfler colossalement ses testicules, et dont le retour au foyer serait une corvée subconsciente, sa mère ayant remplacé Pénélope, une mère araignée, sadique et dévoreuse ? ». Alors, elle est pas belle l’idée ?
Après la relation turbulente mère-fille qu’elle mettait en scène dans l’excellent The Diary of a teenage girl, Marielle Heller s’attaque à une relation père-fils, pas des plus saines non plus.
Deux jours après avoir reçu le Grand Prix au Festival de Deauville, Jim Cummings nous a reçu pour parler de son premier film, le très réussi Thunder Road, actuellement en salles.
Vous êtes nouveau dans le monde du cinéma, pouvez-vous vous présenter ?
Je viens de Nouvelle-Orléans, en Louisiane. J’ai étudié le cinéma à Boston pendant 4 ans, puis je suis allé à San Francisco où j’étais assistant de production pour la société Industrial Light & Magic de George Lucas. J’ai travaillé sur Captain America, je m’ennuyais à apporter les cafés… J’ai fait cela quelques années, puis j’ai produit des films d’animation, des clips, des publicités, ce qui m’a appris à gérer une équipe. J’ai passé 6 ans effrayé à l’idée de faire quelque chose par moi-même, j’avais peur que ce soit mauvais. Je pensais que je n’étais pas assez doué pour faire quoi que ce soit. Ensuite, à Los Angeles, j’ai travaillé pour des vidéos comiques que je ne réalisais pas, et qui n’étaient pas très drôles. Je m’occupais des budgets et de l’organisation. On faisait trois courts-métrages par semaine. J’ai eu alors envie de faire quelque chose de drôle, j’avais l’ambition d’essayer par moi-même. On a donc tourné le court-métrage Thunder Road en une journée, en six heures, après avoir répété pendant deux mois. Sérieusement, je viens de nulle part. J’étais employé dans cette société, je n’ai pas de formation d’acteur, mais je voulais faire quelque chose qui puisse marquer les gens.
La première séquence de votre film est adaptée de ce court-métrage, Thunder Road. Comment vous est venue l’idée d’en faire un long-métrage ?