Pillion

Actuellement au cinéma

© Memento distribution

En 2024, dans son film Babygirl, Halina Reijn piratait déjà la comédie romantique en y insufflant une relation BDSM entre une dirigeante de la tech interprétée par Nicole Kidman, et son stagiaire, campé par Harris Dickinson. La réalisatrice néerlandaise accomplissait un vrai tour de force en débarrassant les rapports sadomasochistes des idées reçues qui leur collent à la peau : déviances psychologiques, perversions sexuelles, et asymétrie de pouvoir. Basés au contraire sur l’écoute, l’attention à l’autre et le consentement, les jeux de domination auxquels s’adonnaient les deux personnages aboutissaient à la création d’un espace de liberté partagée, d’affranchissement des masques sociaux et de renoncement à d’étouffantes injonctions. Dans ce cadre sécurisé, Romy, girlboss et mère modèle pressurisée de toutes parts, retrouvait la possibilité d’explorer ses désirs et, surtout, de douter.

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Is This Thing on ?

Actuellement au cinéma

© Searchlight Pictures

Troisième long métrage au compteur pour Bradley Cooper cinéaste, et trois thèmes déjà, au moins, qui se dessinent de film en film : le spectacle, le couple, ainsi qu’un certain goût du classicisme hollywoodien. A Star Is Born (2019) offrait un quatrième remake au film éponyme de William A. Wellman de 1937, qui engendrera par la suite le chef d’œuvre de George Cukor avec Judy Garland, tandis que Maestro (2023) explorait la figure et les rapports conjugaux de Léonard Bernstein, illustre compositeur et chef d’orchestre dont la renommée internationale tient beaucoup à ses bandes originales, parmi les plus fameuses de l’histoire du cinéma. Après la comédie musicale, que jouxtait encore Maestro, place à la comédie de remariage dans Is This Thing on ?, teintée de ce que le Hollywood moderne a enfanté comme un nouveau genre depuis Kramer contre Kramer (Robert Benton, 1979) : le film de divorce.

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Le son des souvenirs

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures

Chaque décennie environ, Hollywood se réinvente par ses acteurs stars. Sang neuf, les nouvelles têtes d’affiches servent autant à remplir les salles qu’à recevoir des prix en arborant fièrement les vêtements d’une marque de luxe. Josh O’Connor et Paul Mescal, les deux stars qui nous intéressent ici, sont arrivés au bon moment. Propulsés tous deux du petit au grand écran, ils portent de rôle en rôle, de modestes en grandes productions, une image de marque. Celle d’une masculinité fragile, d’un corps rocailleux et athlétique mais cachant fissures et blessures en tout genre. Du rôle le plus réussi, The Mastermind, en passant par le pire, Hamnet, leurs visages inondent les rues, les gares et les téléphones. Leur confrontation était alors tout attendue. Confrontation ? Non, plutôt leur fusion, le frôlement de leurs deux images. Car ici, dans Le son des souvenirs, la confrontation s’évite. Hors de question de créer une guerre d’ego à la Belmondo-Delon, Stallone-Lundgren, ou, son autre variante, Stallone-Russell. L’un chante (Paul Mescal), l’autre compose (Josh O’Connor). Ils se rencontrent à l’aube de la Première Guerre mondiale sur les bancs de l’école de musique et, très rapidement, débute une passion intermittente et interrompue par les affres de l’Histoire.

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‘‘Hurlevent’’

Actuellement au cinéma

Warner Bros. Entertainment Inc.

Le problème de la fidélité d’une adaptation filmique d’une œuvre littéraire trahit très souvent un mépris du cinéma. On ne sait d’ailleurs jamais vraiment jauger le degré de fidélité d’une adaptation à son référent livre, chacun y allant de son opinion. On ne sait jamais où elle commence. Où elle s’arrête. Et selon quel principe. Fidélité au récit ? Fidélité d’esprit ? Un peu des deux ? François Truffaut, en 1958, réglait la question : « Il n’y a donc ni bonne ni mauvaise adaptation », parce que la fidélité est un principe essentiellement moral, autant que celle qui doit régir un couple, et qui connote la thèse un peu rance d’une hiérarchie entre deux arts, d’une prévalence de la littérature sur le cinéma. Il n’aura échappé à personne, pour ceux qui auront eu l’infortune de tomber nez à nez avec la bande-annonce de ‘‘Hurlevent’’, que ce problème n’a pas dû même effleurer Emerald Fennell. Et ça tombe bien. Car la seule et unique question qui doit nous occuper concerne le geste de cinéma. ‘‘Hurlevent’’ vaut-il esthétiquement ? Comme œuvre de cinéma ? Réponse : ‘‘Hurlevent’’ est du cinéma ; du cinéma entre guillemets.

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La Grazia

Actuellement au cinéma

© Andrea Pirrello

Mariano De Santis, président de la République d’Italie, s’apprête à finir son mandat. Très apprécié par son peuple, ses années de gouvernance ont redressé l’équilibre du pays. Une dernière décision reste à prendre : faut-il adopter la loi autorisant l’euthanasie ? 

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La reconquista

Actuellement au cinéma

© Arizona

C’est accompagné d’une rétrospective intégrale au Centre Pompidou (provisoirement logé dans les salles du MK2 Bibliothèque) que le cinéaste espagnol Jonás Trueba nous donne des nouvelles de 2016. Dix ans nous séparent de la fabrication de La Reconquista, quatrième long-métrage de son auteur et première collaboration avec l’actrice et cinéaste Itsaso Arana. Presque autant de temps qui séparent Manuela et Olmo, jeunes trentenaires et anciens premier amour, qui se retrouvent à Madrid l’espace d’une soirée pour se rappeler leur passé.

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Mad Men

Disponible sur Arte

© AMC

« Don’t think twice, it’s all right » (« N’y pense plus, tout va bien »). C’est sur cette injonction douce de Bob Dylan que se clôt la première saison de Mad Men. Jusqu’au printemps 2026, Arte rediffuse l’intégralité de la série, nous offrant ainsi l’occasion de repenser ce monument du petit écran. Créée en 2007 par Matthew Weiner (qui avait été à bonne école comme producteur et scénariste des Sopranos), elle n’a pas pris une ride, et continue d’être considérée comme l’une des plus grandes séries de tous les temps.

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Dreams

Actuellement au cinéma

© Teorema / Metropolitan FilmExport

Après Memory, qui laissait entrevoir chez le cinéaste mexicain une inflexion plus empathique et presque conciliatrice, Dreams opère un retour brutal à un cinéma de la cruauté, désenchanté et résolument mal aimable. Toute promesse d’optimisme, suggérée par le titre, est méthodiquement déjouée dès les premières images d’un camion abandonné au Texas dans lequel gisent des cadavres de migrants mexicains. Cette ouverture, loin d’être illustrative, inscrit d’emblée le film dans une réflexion politique implacable sur les corps déplacés, exploités, rendus invisibles.

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Imperial Princess

Actuellement au cinéma

© Shellac

Cinéaste de la marge, Virgil Vernier est l’auteur d’une œuvre protéiforme à l’intersection de la fiction, du documentaire et de l’art vidéo, et s’attache depuis ses débuts à dépeindre une Europe ultra-contemporaine, déliquescente et mythifiée. Sa démarche, qui tient autant du conte que de l’ethnographie, l’a déjà mené à poser ses caméras aux pieds des utopies bétonnées du Grand Paris (Mercuriales, 2014), dans la première technopole d’Europe (Sophia Antipolis, 2018), ou encore dans le toc merveilleux de la principauté de Monaco (100.000.000.000.000, 2024). Moyen-métrage improvisé en parallèle du tournage de son prochain long, Imperial Princess prend à nouveau pour théâtre la ville-État monégasque, et décrit la lente bascule vers la paranoïa d’une jeune héritière russe abandonnée par son oligarque de père, au début de l’invasion de l’Ukraine.

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Vie Privée

Actuellement au cinéma

© Jérôme Prébois

Le plaisir qu’on éprouve devant Vie Privée tient d’abord au désir enfin assouvi de voir Jodie Foster jouer en français, devant la caméra d’une cinéaste française au geste de plus en plus sûr à mesure de métrages, Rebecca Zlotowski. Une Foster modalité F(r)oster, en pleine maîtrise d’une partition froide, sévère, contrôlée, que les errements de ses yeux, de son visage, contredisent sans cesse discrètement, non sans beauté.

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