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Un voyage dans une contrée imaginaire. © Septième Factory

Parachuté en catastrophe, un jeune garçon atterrit seul sur une île étrange. À peine reprend-il ses esprits qu’il est pris en chasse par une immense silhouette, aussi mystérieuse que menaçante… Une course poursuite aux allures de conte commence à travers les surprenants paysages de ce lieu inconnu.

Un scénario constitué d’une unique trame, pas de dialogues, des décors peu détaillés, parfois limités à de simples textures… Ailleurs propose l’expérience d’une aventure réduite à son expression la plus minimale. Entièrement conçu par Gintz Zinbalodis, depuis le scénario jusqu’à la musique, le film revêt cet aspect épuré avant tout parce qu’il est limité dans ses moyens. Mais de ces contraintes et de ce dénuement naît pourtant une indéniable poésie, dont l’étrangeté procure le sentiment d’être plongé dans une sorte de rêve éveillé. Et Ailleurs ne se repose pas que sur son atmosphère, puisque force est de constater que le film, dans toute sa simplicité, fonctionne parfaitement : les aventures du protagoniste tiennent en haleine, le regard de l’oisillon qu’il adopte attendrit, l’ombre du monstre qui le poursuit effraie.

On sent bien que ce premier long métrage est pour le réalisateur l’occasion d’expérimenter. Certains choix peuvent déstabiliser ; les plans « caméra à l’épaule », que Gints Zilbalodis a repris de son expérience de documentariste, détonnent dans un univers dont on sent tant qu’il est irréel. Pourtant, cette touche de confusion et de subjectivité renforce finalement la dimension onirique du film. La sensation d’en vivre l’aventure à la première personne n’en rend alors que plus hypnotisants les nombreux moments de grâce, de forêts enchantées en déserts aqueux, de champs de fleurs en montagnes glacées. Ailleurs, avec ses animaux fantastiques et ses décors colorés, pourrait être le récit imaginaire qu’un enfant se conterait à lui-même, s’il n’y avait cette poésie nostalgique et parfois morbide qui imprègne l’ensemble du film : métaphore du danger en tant que tel, l’antagoniste et son avancée inéluctable introduisent une forme de conscience de la mort au sein d’un récit qui, sans cela, aurait pu passer pour naïf.

Ailleurs n’est pas parfait ; or le film non seulement a conscience de ses limites, mais choisit avec beaucoup d’intelligence d’en faire la matière-même de son propos et de son esthétique. Espérons qu’il aura permis à son réalisateur de montrer ce dont il est capable, et que ses futurs projets bénéficieront de plus de moyens, de plus de visibilité, et surtout, d’autant de créativité.

Ailleurs / De Gints Zilbalodis / Animation / Lettonie / 1h14 / Sortie le 23 septembre 2020.

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