Naked

Ressortie / Actuellement au cinéma

© Potemkine films

Peu de films peuvent prétendre à la noirceur désespérée de Naked, drame existentialiste réalisé par Mike Leigh, couronné d’un Prix de la mise en scène et d’un Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 1993. Visible pour la première fois dans une copie restaurée par Potemkine Films, cette nouvelle exploitation remet un coup de projecteur bienvenu sur le début de carrière d’un réalisateur dont l’inspiration et l’audace ne semble pas prêts de se tarir – en témoigne l’excellent Deux sœurs, sorti dans nos salles en 2025.

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Imperial Princess

Actuellement au cinéma

© Shellac

Cinéaste de la marge, Virgil Vernier est l’auteur d’une œuvre protéiforme à l’intersection de la fiction, du documentaire et de l’art vidéo, et s’attache depuis ses débuts à dépeindre une Europe ultra-contemporaine, déliquescente et mythifiée. Sa démarche, qui tient autant du conte que de l’ethnographie, l’a déjà mené à poser ses caméras aux pieds des utopies bétonnées du Grand Paris (Mercuriales, 2014), dans la première technopole d’Europe (Sophia Antipolis, 2018), ou encore dans le toc merveilleux de la principauté de Monaco (100.000.000.000.000, 2024). Moyen-métrage improvisé en parallèle du tournage de son prochain long, Imperial Princess prend à nouveau pour théâtre la ville-État monégasque, et décrit la lente bascule vers la paranoïa d’une jeune héritière russe abandonnée par son oligarque de père, au début de l’invasion de l’Ukraine.

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L’Engloutie

Actuellement au cinéma

© Take Shelter / Condor Distribution

Il y a quelque chose d’immédiatement envoûtant dans L’Engloutie, premier long-métrage de fiction de Louise Hémon, jeune réalisatrice venue du documentaire et de l’art vidéo. Quelque chose qui tient en premier lieu à la matérialité de l’image : dans une nuit d’encre, un petit groupe de personnes chemine à travers la montagne, en tête duquel une jeune femme et un âne se détachent, à la faveur de la flamme vacillante d’une lampe à huile. D’emblée, le film se situe dans un entre-deux et invite ses spectateur·ices à se rapprocher de l’écran pour tenter d’en mieux discerner les contours.

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L’Œuf de l’Ange

Ressortie / Actuellement au cinéma

© Mamoru Oshii/Yoshitaka Amano/Tokuma Shoten, Tokuma Japan Communications All Rights Reserved

Qui a dit que d’une petite forme ne pouvait pas naître un très grand film ? En une heure et onze minutes, pas plus, L’Œuf de l’Ange de Mamoru Oshii délivre un concentré de cinéma plus dense et vertigineux que n’importe quelle fresque épique boursoufflée aux affiches bardées de superlatifs. Méconnu du grand public parce qu’éclipsé par son successeur Ghost in the Shell, longtemps invisible dans de bonnes conditions, l’autre grande œuvre du cinéaste japonais atterrit enfin sur nos écrans et rappelle cette vérité élémentaire : les films les plus beaux sont souvent les plus simples.

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Bugonia

Actuellement au cinéma

© Focus Features

On avait un peu perdu Yórgos Lánthimos depuis quelques temps, assommé par sa débauche de tics formels (Pauvres créatures) et ses mesquineries de vilain marionnettiste (Kinds of Kindness). Bonne nouvelle : s’il n’efface pas complètement les réserves que l’on a vis-à-vis de ses productions récentes, Bugonia est l’occasion pour le cinéaste grec d’une salutaire remise à plat des qualités réelles de son cinéma.

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Running Man

Actuellement au cinéma

© Paramount Pictures

Comment fabriquer un héros d’action en 2025 ? C’est la question que pose ce Running Man revisité par Edgar Wright, trente-huit ans après une première adaptation kitsch et musclée par Paul Michael Glaser, quarante-trois ans après l’œuvre originale de Stephen King. Signé Richard Bachman, alias généralement réservé à ses fictions ancrées dans le réel les plus désespérées, le roman paraissait dans un contexte bien particulier : après une décennie 1970 marquée par la désillusion, le peuple américain retrouvait la foi en ses institutions en catapultant une star de cinéma à la Maison Blanche. L’accession à la présidence de Ronald Reagan en 1981 faisait entrer de plein pied les États-Unis dans le règne de l’image : qu’importe le fond, pourvu que la forme soit suffisamment séduisante pour nous rallier à sa cause. Dans cette nouvelle ère, le cinéma se faisait le vecteur de récits triomphalistes fallacieux, menés par des corps masculins sculptés par le bodybuilding et les stéroïdes, eux-mêmes devenus pures surfaces.

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L’Étranger

Actuellement au cinéma

© Gaumont Distribution

Tout travail d’adaptation suppose la question de la fidélité à l’œuvre d’origine. En portant à l’écran L’Étranger d’Albert Camus, livre de poche le plus vendu au monde, François Ozon ne s’est pas rendu la tâche facile et fait face à un double défi. D’un côté, le roman est essentiellement un écho de l’intériorité de Meursault, son personnage principal – une matière peu cinématographique de prime abord. De l’autre, l’absence de prise en compte par son auteur du contexte historique – la colonisation de l’Algérie – semble peu compatible avec une vision contemporaine de cette période noire de l’Histoire française. Sublimation, incarnation et révision : tels étaient les outils qui s’offraient au cinéaste pour mener à bien ce passage d’un medium à un autre.

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The Neon People

Actuellement au cinéma

© Kidam

The Neon People s’ouvre par une longue séquence muette de déambulation dans la pénombre du réseau souterrain de Las Vegas. À la suite de figures anonymes, on arpente ces tunnels exigus éclaboussés d’une puissante lumière rouge profond – Dario Argento n’est pas loin –, au son de violons discrets mais inquiétants, avant d’en ressortir éblouis par le soleil blafard du Nevada. Cette entrée en matière convoque également le souvenir de l’arrivée à Los Angeles de John Nada dans They Live de John Carpenter, vagabond sans le sou qui élisait domicile dans un campement de sans-abris, caverne de Platon des laissés-pour-compte du rêve américain. Passage d’un monde à l’autre, plongée dans le terrier d’Alice : par ce petit précis de narration atmosphérique, Jean-Baptiste Thoret inscrit son long-métrage à la lisière entre le documentaire et la fiction.

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Left-Handed Girl

Actuellement au cinéma

© Le Pacte

« Cet endroit est magique. » Ce sont les premiers mots prononcés par I-Jing, cinq ans, qui contemple le paysage au travers de son kaléidoscope, assise à l’avant de la voiture qui les conduit elle, sa grande sœur, I-Ann, et leur mère, Shu-Fen, à Taipei après des années d’absence. Dans cette affirmation résonnent également les intentions de Shih-Ching Tsou, la réalisatrice de Left-Handed Girl : faire droit à l’émerveillement propre au regard de l’enfant qu’elle fut autrefois à Taïwan, avant son exil aux États-Unis. En un sens, ce premier long-métrage signé de son seul nom constitue l’envers de Take Out (2004), co-réalisé avec Sean Baker, qui dépeignait la lutte d’immigrants chinois piégés dans l’enfer du rêve américain, que venait redoubler une image brute et délavée. Ici, la cinéaste filme le retour à domicile d’une famille d’expatriées s’apprêtant à redémarrer en bas de l’échelle, en la scrutant par la lorgnette enchanteresse du souvenir.

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Entre le ciel et l’enfer

Actuellement au cinéma / Ressortie

© 1963, Toho Co., Ltd All rights reserved

De 1963 à 2025, quelque chose de comique s’est glissé dans la scène qui ouvre Entre le ciel et l’enfer. Dans le vaste salon d’une luxueuse villa qui surplombe la ville, un groupe d’hommes en costumes, cigarettes et mines graves, devisent ensemble du goût des femmes en matière de chaussures à talon. Rassemblés autour de nouveaux modèles d’escarpins bon marché, calqués sur les tendances du moment, l’enjeu pour ces industriels du soulier est de maximiser les profits de leur entreprise. Le sérieux papal avec lequel ils présument des besoins de leurs clientes apparaît délicieusement désuet aux spectateur·ices d’aujourd’hui, qui regardent la séquence un sourire en coin. L’attitude d’un des individus tranche néanmoins avec le reste de cette bande de rigolos complaisants. Mutique, il ne semble pas goûter les jugements à l’emporte-pièce de ses camarades et finit tout bonnement par exploser : pour lui, hors de question de se vautrer dans l’air du temps afin d’appâter les consommatrices, si cela signifie sacrifier la qualité du produit.

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