The Neon People

Actuellement au cinéma

© Kidam

The Neon People s’ouvre par une longue séquence muette de déambulation dans la pénombre du réseau souterrain de Las Vegas. À la suite de figures anonymes, on arpente ces tunnels exigus éclaboussés d’une puissante lumière rouge profond – Dario Argento n’est pas loin –, au son de violons discrets mais inquiétants, avant d’en ressortir éblouis par le soleil blafard du Nevada. Cette entrée en matière convoque également le souvenir de l’arrivée à Los Angeles de John Nada dans They Live de John Carpenter, vagabond sans le sou qui élisait domicile dans un campement de sans-abris, caverne de Platon des laissés-pour-compte du rêve américain. Passage d’un monde à l’autre, plongée dans le terrier d’Alice : par ce petit précis de narration atmosphérique, Jean-Baptiste Thoret inscrit son long-métrage à la lisière entre le documentaire et la fiction.

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Left-Handed Girl

Actuellement au cinéma

© Le Pacte

« Cet endroit est magique. » Ce sont les premiers mots prononcés par I-Jing, cinq ans, qui contemple le paysage au travers de son kaléidoscope, assise à l’avant de la voiture qui les conduit elle, sa grande sœur, I-Ann, et leur mère, Shu-Fen, à Taipei après des années d’absence. Dans cette affirmation résonnent également les intentions de Shih-Ching Tsou, la réalisatrice de Left-Handed Girl : faire droit à l’émerveillement propre au regard de l’enfant qu’elle fut autrefois à Taïwan, avant son exil aux États-Unis. En un sens, ce premier long-métrage signé de son seul nom constitue l’envers de Take Out (2004), co-réalisé avec Sean Baker, qui dépeignait la lutte d’immigrants chinois piégés dans l’enfer du rêve américain, que venait redoubler une image brute et délavée. Ici, la cinéaste filme le retour à domicile d’une famille d’expatriées s’apprêtant à redémarrer en bas de l’échelle, en la scrutant par la lorgnette enchanteresse du souvenir.

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Entre le ciel et l’enfer

Actuellement au cinéma / Ressortie

© 1963, Toho Co., Ltd All rights reserved

De 1963 à 2025, quelque chose de comique s’est glissé dans la scène qui ouvre Entre le ciel et l’enfer. Dans le vaste salon d’une luxueuse villa qui surplombe la ville, un groupe d’hommes en costumes, cigarettes et mines graves, devisent ensemble du goût des femmes en matière de chaussures à talon. Rassemblés autour de nouveaux modèles d’escarpins bon marché, calqués sur les tendances du moment, l’enjeu pour ces industriels du soulier est de maximiser les profits de leur entreprise. Le sérieux papal avec lequel ils présument des besoins de leurs clientes apparaît délicieusement désuet aux spectateur·ices d’aujourd’hui, qui regardent la séquence un sourire en coin. L’attitude d’un des individus tranche néanmoins avec le reste de cette bande de rigolos complaisants. Mutique, il ne semble pas goûter les jugements à l’emporte-pièce de ses camarades et finit tout bonnement par exploser : pour lui, hors de question de se vautrer dans l’air du temps afin d’appâter les consommatrices, si cela signifie sacrifier la qualité du produit.

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Évanouis

Actuellement au cinéma

© Warner bros pictures

En regardant Évanouis, difficile de ne pas penser à Twin Peaks, série qui scotcha l’Amérique à son poste de télévision dans les années 1990 en racontant comment la disparition de Laura Palmer, une jeune lycéenne populaire, provoquait l’émoi d’une communauté que David Lynch et Mark Frost allaient ausculter pendant trois saisons. On y retrouve un postulat similaire, soit la volatilisation soudaine des enfants d’une même classe, à l’exception d’un, à la même heure et au beau milieu de la nuit.

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F1

Actuellement au cinéma

© Warner Bros

Qui aurait pu prédire qu’en 2025, nous attendrions avec une excitation non feinte la sortie d’un film produit par celui que l’on surnommait autrefois « Mr. Blockbuster », Jerry Bruckheimer ? Artisan discret à l’origine des succès les plus tonitruants de la fin du XXe siècle, le producteur affiche un impressionnant tableau de chasse : American Gigolo (Paul Schrader, 1980), Top Gun (Tony Scott, 1986), Bad Boys (Michael Bay, 2000) ou encore Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl (Gore Verbinski, 2003). Durant deux décennies, l’homme régna en maître sur le box-office mondial avant d’essuyer une série de revers au tournant du siècle avec, notamment, L’Apprenti sorcier (Jon Turtletaub, 2010) et Lone Ranger : Naissance d’un héros (Gore Verbinski, 2013), qui mirent fin à son contrat historique avec les studios Disney. Le maestro du divertissement grand public semblait arriver en bout de course quand, soudain, alors que personne ne le demandait, il ressuscitait les années 1980 avec Top Gun : Maverick (Joseph Kosinski, 2022), suite tardive du classique de Tony Scott et véritable raz-de-marée planétaire.

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Mission : Impossible – The Final Reckoning

Actuellement au cinéma

© Paramount pictures

Dans les galeries souterraines de Londres, Ethan Hunt est pris à partie par l’Entité. Elle se présente à lui sous la forme d’un gigantesque caisson high-tech qu’il ouvre d’un simple effleurement de la main. L’équipe de l’IMF regarde interdite leur leader s’installer dans ce sarcophage d’acier et recouvrir son visage de l’étrange masque qu’il contient. À cet instant, le piège se referme et l’agent se retrouve pieds et poings liés, à la merci de cette intelligence artificielle omnisciente, qui déverse dans son subconscient un flux électrique d’images représentant l’apocalypse qu’elle prépare. Soumis à ces terribles visions, pareil au traitement Ludovico enduré par le héros d’Orange mécanique, Hunt perd progressivement pied avec le réel avant d’être libéré et de s’écrier : « est-ce que c’est la réalité ? »

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La Forteresse noire

Actuellement au cinéma / Ressortie

© Associated Capital

Il était temps qu’un distributeur se décide à restaurer La Forteresse noire, second film de Michael Mann demeuré invisible dans des conditions décentes depuis sa sortie initiale en 1983. Rescapé des ténèbres par Carlotta, le long-métrage nous parvient comme un artefact maudit, un objet précédé par sa légende que l’on découvre avec un mélange d’excitation et de crainte. Et pour cause : sa longue absence du catalogue mannien n’a-t-elle pas été en réalité une aubaine pour les exégètes de l’œuvre du cinéaste, bien plus à l’aise dans leur office une fois dispensé·es de la tâche ardue d’y rattacher cette note dissonante ?

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Black Dog

Actuellement au cinéma

© Memento Distribution

Fort d’une dizaine de long-métrages, le cinéaste chinois Guan Hu n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais eu les honneurs d’une distribution sur le territoire français. Plutôt portés sur le grand spectacle guerrier, conformes à l’agenda politique du régime, ses films précédents paraissaient effectivement peu compatibles avec la liberté de ton et les canons esthétiques associés à la figure de l’auteur chère au cinéma hexagonal. Il aura donc fallu attendre Black Dog, passé par le Festival de Cannes duquel il repartit couronné du prix Un certain regard, pour que nous puissions découvrir l’œuvre de ce réalisateur chevronné, habitué des superproductions bardées d’effets numériques.

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A Real Pain

Actuellement au cinéma

© Fruit Tree Media

Cette année 2025 marque le quatre-vingtième anniversaire de la libération des camps de la mort. À mesure que le temps nous éloigne des événements tragiques qui secouèrent l’Europe à la fin de la première moitié du XXe siècle, le cinéma est plus que jamais traversé par la nécessité d’imager cette page de l’Histoire comme une mémoire vivante, incarnée. L’an passé, La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer s’interrogeait déjà sur la muséification qui guette la Shoah et, présentement, The Brutalist de Brady Corbet évoque à sa manière le besoin impérieux pour les survivant·es de transmettre leur vécu aux générations futures. Second long-métrage de Jesse Eisenberg, A Real Pain emprunterait presque le chemin inverse, en confrontant des personnages déracinés, à la recherche d’une épiphanie concernant leurs origines juives, à cette période sombre du grand récit de l’humanité.

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Babygirl

Actuellement au cinéma

© SND

En 1999, Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick) s’ouvrait sur la préparation d’un couple bourgeois new-yorkais interprété par Nicole Kidman et Tom Cruise, en retard pour une réception. Dans la salle de bain, Alice Hartford, robe de gala et mise en pli impeccable, s’enquérait de son apparence auprès de son mari Bill, qui lui répondait d’un laconique « parfaite ». Lui reprochant de ne même pas l’avoir regardée avant de répliquer, la jeune femme se voyait finalement objecter un définitif : « tu as toujours l’air belle ».

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