Digger

Actuellement au cinéma

© Warner Bros. France

Oyez, oyez, Mesdames et Messieurs ! Il vous avait manqué, lui et ses sauts, galipettes ou autres pirouettes mégalomaniaques : j’ai nommé Messire Tom Cruise ! Cette fois-ci, depuis le baroud d’honneur Mission Impossible : The Final Reckoning, l’heure n’est plus à la cascade, car les temps sont durs. Oubliez donc les sous-marins, les avions et les coccinelles lancées à toute berzingue dans les rues de Rome : Messire Cruise revient au jeu. Le vrai ! Celui qui éructe et qui dénonce ! Celui qui nécessite des heures de maquillage et qui déclame des minutes de monologue ! Eh oui, plus d’Ethan Hunt à l’horizon, mais Digger Rockwell, un magnat du pétrole qui pousse le monde à la catastrophe. Cruise en connard ; mythe renversé, retourné, plié en deux. Malin, non ?

Et ce n’est pas tout. Messire Cruise n’est pas seul et s’est accompagné d’un réalisateur. Que dis-je ?! D’un cinéaste ! Vainqueur non pas d’un, deux, trois ou quatre, mais bel et bien cinq Oscars : j’ai nommé Alejandro G. Iñárritu ! Et, attention, oubliez les 135 millions de The Revenant, les 35 millions de Bardo ou encore les – dérisoires – 16 millions de Birdman : Messires Cruise et Iñárritu ont allié leurs forces pour récolter près de 200 millions de dollars, vous proposant ainsi l’alliance rêvée entre blockbuster et film Art et Essai. Imaginez dès lors des décors en veux-tu en voilà et des tonnes de figurants, le tout éclairé par le gourou de l’auteurisme à gros budget, Emmanuel Lubezki. Vous pouvez donc y ajouter des mouvements d’appareil complexes, des courtes focales qui feraient rougir Jean-Pierre Jeunet, ainsi qu’une palette chromatique qui jongle subtilement entre gris et gris foncé.

Qu’entends-je ? Vous avez peur que tout ceci soit un film-performance, un brin mégalo, autour de Messire Cruise ? Détrompez-vous, hommes et femmes de peu de foi que vous êtes. Devant la caméra, c’est un concours de performances qui réunit la crème de la crème des stars prestigieuses – de John Goodman à Riz Ahmed et Jesse Plemons, en passant par Sandra Hüller – au service d’une satire féroce, entre caricatures outrées de Trump et Musk, blagues en dessous de la ceinture et cabotinages par dizaines.

Qu’entends-je encore ? Vous trouvez que tout ceci sonne vulgaire et déjà ringard ? Vous ne trouvez pas ça drôle ? Mais enfin, vous oubliez que vous êtes en face d’un film… Que dis-je ?! D’une œuvre d’Alejandro G. Iñárritu, vainqueur non pas d’un, deux, trois ou quatre, mais bel et bien cinq Oscars ! Digger cache bien sa véritable nature : tout ceci est en fait un récit méta. Tom Cruise joue en réalité Curtis, un acteur qui répète pour l’avant-première d’une pièce centrée sur Digger Rockwell, un magnat qui, dans la diégèse, a vraiment mené le monde à sa perte. Dès lors, les récits s’emboîtent. Tout ce que vous voyez est une farce, elle-même mise en abyme et théorisée par les acteur·ices comme par la metteuse en scène.

Si vous trouviez le film laid ? C’est normal, c’est fait exprès. Le film n’est pas drôle ? Mais oui, Curtis s’en plaint lui-même, lui qui rêverait plutôt de jouer dans Opening Night. Comme l’explique si bien Kenny (Jesse Plemons), tous les avis sont entendables, mais l’important est que la pièce existe. En réalité, peu importe ce que les détracteurs en diront, elle est et restera importante, car elle fait état du réel. Comment ? Vous trouvez que tout ceci se rapproche dangereusement du relativisme ? Mais non, Digger est simplement un éloge de l’art et de sa puissance cathartique.

C’est un point de vue autocentré et bourgeois ? Ne vous en faites pas, Messire Iñárritu a pensé à tout, et son épilogue, ainsi que son dernier plan édifiant, rappellent que toute cette mascarade sert encore et toujours une élite. Que dites-vous ? Cette vision du réel est à peu près aussi cynique que la farce qu’elle met sur les planches ? Vous n’avez sûrement pas compris.

Digger / D’Alejandro G. Iñárritu / Avec Tom Cruise, Sandra Hüller, Riz Ahmed, John Goodman, Michael Stuhlbarg / 2h09 / Etats-Unis, Mexique, Grande-Bretagne / Au cinéma le 30 septembre 2026.

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