Burgundy

San Sebastián International Film Festival 2026

© San Sebastián International Film Festival 2026

Curieux objet que ce Burgundy, fruit d’un patient travail d’immersion des réalisateurs étasuniens Michael Dweck et Gregory Kershaw dans le terroir bourguignon. Dressant le portrait d’une communauté gravitant autour de la passion du vin, le long-métrage se situe dans un état intermédiaire assez passionnant entre fascination et satire.

Parmi les différents personnages qu’il brosse (viticulteur, sommelier, critique, maître d’hôtel, etc), le jeune Enzo Ferraroli, dix-neuf ans, fait figure de porte d’entrée pour les spectateur·ices dans cet univers codifié. Aspirant entrepreneur viticole débarqué de sa campagne jurassienne, le garçon semble tout droit sorti d’un scopitone des années 1960. Coiffure banane, phrasé et vocabulaire hautement anachroniques, manières de gentleman surannées : introduit au son de L’Idole des jeunes de Johnny Hallyday, auquel il ressemble étrangement, le bonhomme produit un effet comique involontaire, dont les cinéastes font leur miel, notamment en suivant ses intrigues amoureuses infructueuses. Engagé dans le domaine d’un vieux propriétaire désireux de transmettre son savoir, il se heurte à une étiquette dont, malgré ses complets en laine et sa bagnole rétro, il ignore tout. Le duo de réalisateurs creuse cette distance en alternant les scènes où Enzo se plonge avec entrain dans le travail et celles où son employeur lui prodigue des leçons sur Sénèque, la peinture classique, la chasse et l’économie, tout en mettant continuellement en doute ses compétences.

Sous l’humour et la légèreté apparente du film, Burgundy dépeint en réalité un monde en vase clos qui se perpétue à travers l’héritage et la reproduction sociale. D’origines modestes, Enzo en finira d’ailleurs recraché, dans une scène terrible où un agent immobilier brise à jamais ses espoirs de s’enraciner dans le territoire. Avec une grande économie de moyens, essentiellement en plans fixes soigneusement composés, Dweck et Kershaw filment ces bourgeois dans tout le ridicule de leur apparat – nul besoin de forcer le trait pour provoquer le rire, ces nantis sont déjà leurs propres caricatures. L’un des personnages récurrents, un critique vinicole récemment séparé tentant de se remettre en selle, cristallise le rabougrissement risible de ce milieu sur lui-même : à chaque rendez-vous galant qu’on devine peu concluant, la passion du vin revient dans sa bouche comme une compulsion. En état d’hypnose chez sa thérapeute, l’homme décrit les sensations de son corps flottant à l’intérieur d’une bouteille de vin, enivré par d’indescriptibles parfums – ça ne s’invente pas.

Pourtant, derrière la critique sociale acerbe, que confirme un épilogue en forme de réveil brutal, le portrait de ces clowns poussiéreux a quelque chose de profondément touchant. Le regard empreint de mansuétude des cinéastes éclaire aussi ces traditions d’une lumière mélancolique. Après son ultime service avant la retraite, Patrick, maître d’hôtel zélé, arpente une dernière fois sa salle de restaurant et replace méticuleusement les verres à leur exact emplacement. Assis dans le noir, le regard dans le vague, l’homme porte alors sur ses épaules le poids d’un monde hermétique confronté à la possibilité de sa fin.

Burgundy / de Michael Dweck, Gregory Kershaw / Avec Enzo Ferraroli, Céleste Kalis, Eric Goettelmann, Patrick Maniere, Guillaume Baroin, Bertrand Devillard / U. S. A. / 1h28 / San Sebastián International Film Festival 2026 – Culinary Zinema.

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