L’Aventura

Actuellement au cinéma

© Arizona distribution

Aux prises avec la sandale imprégnée des selles de la petite tornade que ses parents à bout de force ont prénommé Raoul, Jean-Phi (Philippe Katerine) confie n’y croire plus du tout au film de Sophie (Sophie Letourneur) qui enregistre avec son téléphone le récit de leurs truculentes (non) aventures en famille, en vacances itinérantes, le long de la côte sarde : « Il faut pas faire ce film, il se passe rien » ; « il se passe rien, et il se passe tout », répond Sophie Letourneur, qui se débat peut-être avec un paquet de chips, explicitant en passant son projet, celui de L’Aventura, et de son cinéma. Un geste qui s’efforce de reconstituer le réel dans sa nudité et sa sincérité complètes, contre une forme embellissante, que les allemands au 19e siècle ont appelé « kitsch », cette négation de l’authentique, ou négation de la merde, au sens propre comme au figuré, qu’a fustigé notamment Milan Kundera dans son Art du roman (1986).

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Materialists

Actuellement au cinéma

© Sony

Celine Song, la réalisatrice du très beau Past Lives, reprend un schéma identique dans son nouveau film : un triangle amoureux est au cœur de Materialists. On y trouve, Lucy (Dakota Johnson), une jeune matchmakeuse (organisatrice de rencontres entre célibataires) vivant à New-York. Autour d’elle, John (Chris Evans), un comédien fauché, et Harry (Pedro Pascal), un homme riche et charmant. Le premier est trop sanguin et l’autre n’a pas assez de coups de sang mais ce qui les différencie principalement aux yeux de Lucy, c’est leur argent. 

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Le Rire et le Couteau

Actuellement au cinéma

© Météore Films

À l’aube du XXIe siècle, la représentation fictionnelle du néo-colonialisme est sujette à plusieurs biais. Un thriller farcesque et conradien dans un Tahiti anticipé (Pacifiction), un récit fleuve et romanesque dans l’Oklahoma des années 1920 (Killers of the Flower Moon), un drame atmosphérique à Madagascar au début des années 70 (L’Île rouge) : ces quelques essais récents partagent une tendance aux détours — qu’ils soient esthétiques, narratifs ou temporels — pour aborder la question. En bref, regarder le contemporain par l’ailleurs : un ailleurs situé dans le passé chez Scorsese et Campillo, ou au conditionnel chez Serra. C’est également dans cette forme conditionnelle que s’ancre, à première vue, Le Rire et le Couteau, nouveau long-métrage de Pedro Pinho, suivant Sergio, un jeune ingénieur portugais envoyé dans une ville fictive de Guinée-Bissau pour rédiger un rapport d’impact préalable à la construction d’une route traversant la région.

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Loveable

Actuellement au cinéma

© Øystein Mamen

« Ne me quitte pas, il faut t’oublier, tout peut s’oublier. » Interprétée par une artiste dans le métro norvégien, la chanson de Brel prend une dimension particulière pour Maria, le personnage principal de Loveable, alors qu’elle est sur le point d’être quittée par son mari. A mi-chemin entre la mini-série d’Ingmar Bergman Scènes de la vie conjugale et la palme d’or de Justine Triet Anatomie d’une chute, le premier film de Lilja Ingolfsdottir radiographie avec justesse les affres du couple.

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F1

Actuellement au cinéma

© Warner Bros

Qui aurait pu prédire qu’en 2025, nous attendrions avec une excitation non feinte la sortie d’un film produit par celui que l’on surnommait autrefois « Mr. Blockbuster », Jerry Bruckheimer ? Artisan discret à l’origine des succès les plus tonitruants de la fin du XXe siècle, le producteur affiche un impressionnant tableau de chasse : American Gigolo (Paul Schrader, 1980), Top Gun (Tony Scott, 1986), Bad Boys (Michael Bay, 2000) ou encore Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl (Gore Verbinski, 2003). Durant deux décennies, l’homme régna en maître sur le box-office mondial avant d’essuyer une série de revers au tournant du siècle avec, notamment, L’Apprenti sorcier (Jon Turtletaub, 2010) et Lone Ranger : Naissance d’un héros (Gore Verbinski, 2013), qui mirent fin à son contrat historique avec les studios Disney. Le maestro du divertissement grand public semblait arriver en bout de course quand, soudain, alors que personne ne le demandait, il ressuscitait les années 1980 avec Top Gun : Maverick (Joseph Kosinski, 2022), suite tardive du classique de Tony Scott et véritable raz-de-marée planétaire.

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Life of Chuck

Actuellement au cinéma

© Neon

Life of Chuck eût pu tout autant s’appeler La Vie est belle (1946). Dans le chef d’œuvre de Franck Capra, qui atteste exemplairement que les bons sentiments peuvent fonder de grandes œuvres, la vie de George Bailey s’appréhendait selon deux chronologies : l’une, réelle, qui le conduisait au désir suicidaire, et l’autre, sous l’intervention d’un ange, qui le projetait dans un monde alternatif qui ne l’a pas vu naître. Il fallait alors avoir déjà vu l’existence a priori ratée de Bailey pour qu’elle nous apparaisse enfin, miraculeusement, lumineuse et remplie. Par sa légèreté de ton et sa dramaturgie que sous-tend sa visée didactique, le film de Mike Flanagan s’inscrit dans cet héritage classique qui assume sans complexe une éthique optimiste, surprenante au vu de la gravité présupposée de son sujet.

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28 ans plus tard

Actuellement au cinéma

© 2025 CTMG, Inc. All Rights Reserved.

Vingt-huit ans plus tard, tout a changé. Le monde a guéri de l’épidémie de rage qui transforme la population en zombies, à l’exception du Royaume-Uni, maintenu en quarantaine. Après les villes désertes aux prémices de la pandémie de 28 jours plus tard et les complexes militaires et banlieues grouillant d’infecté.e.s de sa suite, nous voici sur une île au large de l’Angleterre où s’est établi un village de survivant.e.s. Spike, douze ans, fait partie de cette communauté autarcique. Il vit avec son père, Jamie (Aaron Taylor-Johnson), et sa mère Isla (Jodie Comer), atteinte d’un mal inconnu qui la plonge dans des crises de démence.

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The Phoenician Scheme

Actuellement au cinéma

© TPS Productions / Focus Features

Depuis The French Dispatch (2021) voire The Grand Budapest Hotel (2014), pour les plus intraitables puristes, le petit Mozart texan du cinéma américain fait l’objet de houleuses querelles, entre ceux qui le défendent mordicus, irréductibles andersoniens, et ceux qui osent constater un début d’essoufflement de son cinéma. Si Asteroid City (2023) pouvait apaiser les craintes de ces derniers, charmant par son registre plus résolument absurde et ses instants suspendus, The Phoenician Scheme semble hélas les raviver, avec plus de vigueur.

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Valeur sentimentale

Festival de Cannes 2025

© Memento distribution

Si, jusqu’à présent, Joachim Trier parvenait avec finesse à éviter les écueils du pathos dans ses précédents films abordant des thématiques graves telles que le suicide et le deuil, force est de constater qu’avec Valeur Sentimentale, le cinéaste norvégien semble s’enferrer dans les travers de son propre système esthétique en faisant du dolorisme un ressort dramaturgique appuyé qui charrie tout un réservoir d’images empreint d’un pathétique assumé.  

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Cloud

Actuellement au cinéma

© Art House Films

« Me voilà donc aux portes de l’enfer », marmonne Yoshii dans l’habitacle de la voiture, alors qu’elle s’avance doucement vers un arrière-plan apocalyptique. L’épilogue de Cloud, qui n’est pas sans rappeler celui de Kaïro vingt-quatre ans plus tôt, est trompeur : il semble conclure, comme son prédécesseur, le récit d’une descente progressive vers les limbes. Or, si une chose a bien changé entre le Kurosawa nouveau et celui du début du siècle, c’est que l’enfer n’est plus ici la ligne d’arrivée, mais son point de départ.

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