L’Étranger

Actuellement au cinéma

© Gaumont Distribution

Tout travail d’adaptation suppose la question de la fidélité à l’œuvre d’origine. En portant à l’écran L’Étranger d’Albert Camus, livre de poche le plus vendu au monde, François Ozon ne s’est pas rendu la tâche facile et fait face à un double défi. D’un côté, le roman est essentiellement un écho de l’intériorité de Meursault, son personnage principal – une matière peu cinématographique de prime abord. De l’autre, l’absence de prise en compte par son auteur du contexte historique – la colonisation de l’Algérie – semble peu compatible avec une vision contemporaine de cette période noire de l’Histoire française. Sublimation, incarnation et révision : tels étaient les outils qui s’offraient au cinéaste pour mener à bien ce passage d’un medium à un autre.

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C’est pas moi

Actuellement au cinéma

© Jean-Baptiste Lhomeau

C’est pas moi, ironise Carax, arborant ce ton espiègle qui le caractérise et qui sous-tend ce film ténébreux, commandé par le musée Pompidou pour une exposition finalement avortée. À la question préliminaire « où en êtes-vous Leos Carax ? », notre dandy-clochard discret du cinéma français répond d’abord par la désignation en images du père, tandis que sa voix off à tessiture mourante se perd cocassement dans les photographies de ses aïeux artistiques, dont évidemment Godard que chacun aura ici perçu en ombre tutélaire. Une facétie pour se dérober, toujours, mais dont affleure surtout le spectre qui hante l’entièreté du métrage et du geste de Carax : le spectre d’une imposture, ou d’une posture impossible.

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Gagarine

Au cinéma le 23 juin 2021

Gagarine: Alséni Bathily
Alséni Bathily incarne Youri, son premier rôle au cinéma. © Haut et court

La cité Gagarine à Ivry-sur-Seine, ainsi baptisée en hommage au célèbre cosmonaute présent lors de son inauguration en 1963, est sur le point d’être démolie. Vieille et vétuste, elle n’en est pas moins un foyer imprégné des souvenirs des nombreuses familles qui y ont passé leurs vies. Youri, un jeune homme de la cité passionné d’astronomie, décide de tout faire pour empêcher sa destruction.

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Rencontre avec : Denis Lavant

Denis Lavant publie son troisième livre, autobiographie marquée par son amour pour la poésie. ©Luc Valigny Agence Figure

Denis Lavant est un acteur précieux. Rare, et énigmatique. De son lien très fort qui l’unit à Leos Carax depuis les année 1980 jusqu’à ses prestations théâtrales dans la peau de Francis Bacon ou des personnages de Beckett, il se montre à chaque fois sous un jour différent. Difficile d’être plus caméléon. À l’occasion de la parution de son autobiographie Echappées belles (davantage journal poétique que récit chronologique), nous avons eu envie de le rencontrer, pour mieux le connaître et interroger son rapport au jeu. Rencontre avec le plus insaisissable des comédiens français.

Vous souvenez-vous de la toute première fois que vous êtes monté sur une scène ?

Lorsque j’étais au lycée Lakanal, je faisais du théâtre dans un groupe animé par un professeur d’histoire-géographie, Michel Fragonard. On jouait notamment des pièces de Michel de Ghelderode, un grand auteur belge qui a un univers haut en couleur, autour de la Flandre à l’époque de Charles Quint, avec de très beaux personnages. On a monté Un soir de pitié et je jouais le rôle du masque au nez ardent. J’avais un nez rouge, dans une scène de carnaval, et je disais : « suivez mon pif, c’est un fanal ! » À ce moment, j’ai senti que c’était la direction dans laquelle je voulais aller. Avant, j’avais fait un peu de commedia dell’arte, des lazzi et de la pantomime, mais ce n’était pas exactement du jeu.

Pourtant, le jeu semble passer chez vous d’abord par le geste, avant la parole.

Spontanément, j’étais extrêmement doué pour l’expression corporelle. De façon brute. Enfant, je n’arrêtais pas de tomber, de grimper, de m’exprimer avec le corps, et je me méfiais des mots. J’ai commencé à organiser la parole grâce à la poésie, en apprenant des poèmes pour le plaisir, comme Le Bateau ivre ou La Ballade des pendus, et en écoutant des voix de comédiens, sur des enregistrements.

Mais vos influences, ce sont d’abord les acteurs du muet ?

Oui, j’étais très tôt fasciné par le cirque et le burlesque : Chaplin, Buster Keaton, Harpo Marx… Dans ses premiers courts-métrages, Chaplin a une énergie totalement punk, il chute, il se donne des baffes, c’est à la fois très brutal et très jubilatoire. Ce maniement du corps qui rebondit et se tord comme du plastique, ça me parle complètement. Et puis il y a le mime Marceau, aussi, qui parvient à dire beaucoup de choses sans passer par le verbe.

On peut raconter beaucoup de choses par le corps, mais il arrive une limite ?

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Le sourire au pied de l’échelle

Théâtre de l’Œuvre

LE SOURIRE AU PIED DE L ECHELLE -
Denis Lavant est Auguste, sur la scène du Théâtre de l’Œuvre ©Vincent Pontet

« C’est l’histoire la plus étrange que j’ai écrite à ce jour », notait Henry Miller à propos du Sourire au pied de l’échelle, au moment de sa publication en 1948. À l’origine, ce texte est une commande du peintre Fernand Léger, destinée à illustrer ses dessins de clown. À la croisée du roman, de la poésie et de l’essai philosophique, l’œuvre du romancier américain donne actuellement lieu, pour la première fois au théâtre en France, à un seul en scène prodigieux dans lequel Denis Lavant incarne le clown Auguste.

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