Rencontre avec Arnaud Desplechin

© CNC

Quel a été le premier fil de cette pelote narrative complexe qu’est Deux Pianos ?

Il n’y avait pas une seule idée directrice, mais bien deux. La première tenait au désir d’écrire à quatre mains avec un vieil ami, Kamen Velkovski, un américain qui ne parle pas français. Depuis des années, nous évoquions cette collaboration sans jamais la concrétiser. Un été, il m’a demandé sur quoi je travaillais. Je lui ai alors parlé d’une scène que j’avais en tête : dans un cimetière, une jeune veuve, encore trop bouleversée pour laisser son chagrin s’exprimer pleinement, tente de raconter une histoire drôle pour alléger l’atmosphère. Mais son récit tombe à plat, et elle essuie un échec cuisant. À ce moment-là, j’ignorais encore quelle était cette histoire qu’elle essayait de raconter.

Kamen, de son côté, m’a confié qu’il avait imaginé tout autre chose : un homme revenant de l’étranger pour donner une série de concerts, en quête de son ancien mentor. Flânant dans un square, il aperçoit un enfant qui s’avère être lui-même. Intrigué, je lui ai demandé qui était cet enfant, et il m’a répondu qu’il s’agissait du fils de la femme du cimetière. C’est à partir de cette coïncidence que nous avons commencé à dérouler le fil de notre récit, comme on dévide patiemment une pelote de laine.

Au fil de votre filmographie, les collaborations d’écriture ont beaucoup évolué : Emmanuel Bourdieu à vos débuts, Julie Peyr, Léa Mysius, et aujourd’hui Kamen Velkovsky avec Anne Berest et Ondine Lauriot dit Prévost. Qu’est-ce que vous attendez aujourd’hui d’un scénariste ? De quoi avez-vous besoin, à ce stade de votre parcours, dans la confrontation à un autre regard, une autre langue ?

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Deux pianos

Actuellement au cinéma

© Le Pacte

Les personnages de Desplechin ressemblent à des promeneurs qui arpentent les films comme de longs couloirs sans fin — couloirs de mémoire, de désir, de rêve — où ils pensent avancer en croyant s’approcher d’eux-mêmes mais ne font que s’enfoncer plus profondément dans leurs propres énigmes. Les strates du temps et de la conscience s’y superposent et se répondent : le présent dialogue avec les souvenirs, les pressentiments envahissent la conscience et les songes se confondent parfois avec la vie. Ce qui, autrefois relevait du vertige, devient ici, dans Deux Pianos, un mouvement plus apaisé, traversé d’une lumière nouvelle douce. Comme si, après tant d’années de tumulte intérieur, Desplechin contemplait enfin ses personnages avec une tendresse qui ne diminue rien de leur complexité mais en éclaire délicatement les zones d’ombre.

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Les Trois Mousquetaires : Milady

Actuellement au cinéma

© Ben King

Après un premier volet sans panache, Les Trois Mousquetaires de notre cardinal du cinéma Seydoux poursuivent leur course échevelée sur le sentier de la vacuité. Milady augurait pourtant une suite plus lugubre encore, plus lyrique, plus psychologique, digne de la seconde partie du roman, tragique et vénéneuse. À condition de croire un tant soit peu à l’entreprise, ce qui, devant le pauvre D’Artagnan, paraissait compromis. À condition, surtout, que le duo roublard de scénaristes eût saisi les fondements littéraires et l’épaisseur mélancolique de l’œuvre de Dumas.

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Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan

Au cinéma le 5 avril 2023

© 2023 PATHE FILMS – M6

Les toute premières secondes des Trois Mousquetaires version 2023 annoncent, si l’on veut, la couleur : le film sera sombre, ou ne sera pas ! Fi des casaques bleu roi, du romantisme enthousiaste et des héros irréprochables. Dans une France fracturée, putride, où complots et pulsions belliqueuses font loi, le jeune D’Artagnan (François Civil) n’entre plus à Meung en plein jour, mais sous une nuit lugubre, une pluie corruptrice, où il croise sans la voir la fatale Milady (Eva Green) et son plan diabolique initié par le seul et vrai maître du royaume, le perfide cardinal de Richelieu (Eric Ruf). Début de l’intrigue, et déjà de l’ennui.

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En corps

Actuellement au cinéma

© StudioCanal

Élise est première danseuse à l’Opéra de Paris. À 26 ans, elle a consacré tout son temps et toute son énergie à son art, mais voilà qu’une blessure handicapante lui impose de tout arrêter et de faire une croix sur sa carrière. Sa rencontre avec la danse contemporaine lui ouvre de nouvelles perspectives. C’est au contact de la compagnie du chorégraphe Hofesh Shechter qu’elle découvre une autre manière de se mouvoir à laquelle elle prend goût.

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BAC Nord

Au cinéma le 18 août 2021

Gilles Lellouche et François Civil. © Jérôme Macé – Chifoumi Productions

Quatrième long-métrage de Cédric Jimenez, BAC Nord pourrait presque se voir comme le prolongement contemporain de son deuxième film, le divertissant La French (2014). En résulte un thriller policier ambitieux et bien ficelé mais qui néanmoins emprunte, au fil de son récit, une piste dangereuse…

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Rencontre avec : Virginie Bruant

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Pour la sortie de Mon inconnue, le troisième film d’Hugo Gélin, nous avons rencontré Virginie Bruant, la monteuse du film.

Comment êtes-vous devenue monteuse pour le cinéma ?

Après le bac, j’ai fait un BTS audiovisuel avec option montage, et j’ai commencé à travailler très rapidement. D’abord en documentaire, puis j’ai rencontré une monteuse qui faisait du long-métrage et j’ai été son assistante pendant neuf ans. À l’époque, il y avait un système de carte du CNC qui exigeait un certain nombre d’assistanats avant de devenir chef monteuse. Maintenant que cette carte n’existe plus – elle allait contre le droit du travail -, les monteurs viennent d’horizons très divers. J’ai fait également de nombreuses publicités, c’est un exercice que j’aime bien car il permet de faire des expérimentations, d’apprendre à saisir l’essence même d’une narration en 25 ou 15 secondes. C’est fou ce qu’on peut raconter en si peu de temps ! À l’échelle d’un long-métrage, ça peut être utile pour voir ce qui est essentiel ou non à l’intérieur d’une séquence. Les montages de formats courts et ceux de longs-métrages sont des expériences assez complémentaires.

Lorsque vous lisez un scénario, à quoi êtes vous attentive en premier ?

Principalement à l’histoire et au casting qui incarnera les personnages, qui donnera une couleur au ton du film. En effet, il faut que le ton me plaise. Si un scénario de comédie ne me fait pas rire à la lecture ou si je ne suis pas émue par l’histoire, il me sera difficile d’aider le réalisateur à l’épauler dans son travail pour rendre le film le mieux possible. Au montage, on se retrouve seule avec le film et le réalisateur alors il faut que le film me parle, c’est primordial.

Mon inconnue est une comédie romantique. Est-ce que certains modèles du genre ont pu influencer la forme du film ?

Oui, il y avait des références comme Un jour sans fin et les comédies romantiques anglo-saxonnes, Coup de foudre à Notting Hill ou Love Actually. Hugo Gélin recherchait un équilibre entre la comédie pure et le côté romantique. La directrice artistique du film et plusieurs membres de l’équipe avaient mis en commun des références visuelles sur un album partagé, ce qui permettait de s’imprégner de l’ambiance du film. Avant un tournage, j’aime beaucoup être présente à la lecture technique du scénario avec tous les chefs de poste du film, lorsqu’on l’épluche ligne après ligne en soulignant toutes les problématiques. C’était notamment important pour moi de savoir ce qui se ferait en trucages sur le tournage et en effets spéciaux en post-production. Par exemple, la neige est pour l’essentiel créée numériquement. C’était un gros travail d’effets spéciaux qu’il me fallait anticiper. C’est un film qui était très dense à l’écriture. Le premier montage faisait 2h40 ! Il y a eu 10 semaines de tournage et 2h30 de rushes par jour… ce qui est beaucoup ! Normalement, on est autour de 1h30 par jour maximum… Il a fallu trouver des solutions pour réduire la durée du film sans en affecter la continuité narrative et le rythme global. Pour la séquence du générique qui raconte les 10 ans de vie commune de Raphaël et Olivia, il y avait beaucoup de matière et nous tenions à ce que les images montées dans cette première partie ne soient pas les mêmes que celles montées dans les flashbacks de la fin pendant le concert. Pour un plan qui est monté à peine une seconde dans le film, il y a parfois une heure de rushes à regarder !

La vision que vous vous faites du film n’est pas forcément la même que celle du réalisateur. Comment délimiter votre part de création ?

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