« Don’t think twice, it’s all right » (« N’y pense plus, tout va bien »). C’est sur cette injonction douce de Bob Dylan que se clôt la première saison de Mad Men. Jusqu’au printemps 2026, Arte rediffuse l’intégralité de la série, nous offrant ainsi l’occasion de repenser ce monument du petit écran. Créée en 2007 par Matthew Weiner (qui avait été à bonne école comme producteur et scénariste des Sopranos), elle n’a pas pris une ride, et continue d’être considérée comme l’une des plus grandes séries de tous les temps.
Finir. Voilà la pierre d’achoppement sur laquelle trébuche un grand nombre de séries. Par définition, la série est conçue pour s’inscrire dans la durée, et sa longévité est souvent subordonnée à son succès : plus l’audience est grande, plus la durée de vie de la série augmente. En 2015, dans sa sixième et dernière saison, Downton Abbey mettait un premier point final aux histoires de la famille Crawley et de ses domestiques. Mais depuis, la série britannique, qui a progressivement gagné ses lettres de noblesse outre-Atlantique, n’en finit pas de finir. Victime de son succès, elle a commencé à ressusciter au cinéma, dans un premier film pâlot (Downton Abbey, 2019) puis dans un deuxième opus plus convaincant (Downton Abbey 2 : Une nouvelle ère, 2022), où la merveilleuse Maggie Smith nous faisait ses adieux. Il y avait de quoi être sceptique à l’annonce d’un énième volet au titre quelque peu présomptueux, Downton Abbey : Le grand final. Fan service ou réel au revoir ? Il semble que Julian Fellowes, le créateur et producteur de la série, soit devenu raisonnable, en laissant enfin tranquille sa poule aux œufs d’or. La série Downton Abbey tire donc joliment sa révérence, sans avoir été trop élimée.
Au tennis l’ace désigne un service gagnant : le serveur marque le point sans que l’adversaire n’ait touché la balle. Dans le nouveau film de Jan-Ole Gerster, ce n’est pas pour rien que Tom (interprété par Sam Riley) a pour surnom ce coup spectaculaire. Coach de tennis désabusé dans un complexe touristique des îles Canaries, on l’appelle Ace depuis qu’il a battu Rafael Nadal grâce à ses services exceptionnels lors d’un entraînement fortuit, alors que le Matador séjournait dans l’hôtel. Mais à l’orée du film, difficile de voir dans la loque étendue sur le sable et transpirant l’éthanol une légende officieuse du tennis. Lancer des balles à des enfants, donner la réplique à des tennismen du dimanche, ramasser les balles, se faire offrir un coup par des clients, finir en boîte. La boucle se répète chaque jour, jusqu’à l’arrivée d’Anne, Dave et leur fils Anton, une famille de touristes qui bouscule le quotidien sans horizon de Tom. Au fil des leçons de tennis qu’il prodigue à leur enfant, le coach se rapproche du couple, devient leur guide, et une tension s’installe entre lui et la jeune mère, comme s’ils s’étaient déjà rencontrés… Islands débute comme un film de vacances, mais il dérive vers la satire et le polar hitchcockien.
« Ne me quitte pas, il faut t’oublier, tout peut s’oublier. » Interprétée par une artiste dans le métro norvégien, la chanson de Brel prend une dimension particulière pour Maria, le personnage principal de Loveable, alors qu’elle est sur le point d’être quittée par son mari. A mi-chemin entre la mini-série d’Ingmar Bergman Scènes de la vie conjugale et la palme d’or de Justine Triet Anatomie d’une chute, le premier film de Lilja Ingolfsdottir radiographie avec justesse les affres du couple.
Le 7 mai dernier, Parlement a fait son retour sur la plateforme france.tv, avec la diffusion de sa dernière saison. La série franco-germano-belge offre un final à la hauteur de ce qu’elle a été jusqu’à présent : une satire grinçante à l’acuité politique sans pareille.
Pour un acteur ou une actrice, jouer dans un biopic est devenu un passage obligé dans le processus de starification. C’est l’occasion de construire son propre mythe tout en renforçant celui d’une autre figure d’envergure, dont le patronyme ou le nom de baptême sert bien souvent de titre au film. Pablo Larraín a offert cette occasion à Natalie Portman dans Jackie (2016) puis à Kristen Stewart dans Spencer (2022). C’est maintenant au tour d’Angelina Jolie de prêter son image à une icône du XXe siècle, la cantatrice Maria Callas, dans (le bien nommé) Maria.
« Sodade, sodade… » Dans Je suis toujours là, le nouveau film du brésilien Walter Salles, la voix de la chanteuse Cesaria Evora déplore le tiraillement causé par l’absence et la séparation. La chanson résonne avec la douleur qu’éprouve Eunice Paiva (Fernanda Torres, bouleversante) suite à l’arrestation et à la disparition inexpliquée de son mari, Rubens Paiva. Le sentiment intraduisible de la « sodade », tout à la fois mélancolie, nostalgie et espoir de retrouver ce qui a été perdu, innerve le film jusqu’à son titre qui exprime une résistance face à la disparition.
Loufoque : il n’y a sans doute pas de meilleur terme pour qualifier Une langue universelle. Dans son deuxième long métrage, Matthew Rankin réinvente Winnipeg, sa ville natale, pour en faire le théâtre d’une fable autobiographique aussi drôle que déroutante.
« Ici, c’est le premier qui prend l’enfant qui a la garde. » L’avocate Michiko résume ainsi la législation japonaise à Jessica (Judith Chemla), une expatriée qui se retrouve brutalement séparée de son fils par son ex-conjoint, diplomate japonais. L’une des premières scènes d’Une part manquante expose une situation tristement banale dans un pays qui se mêle peu des affaires familiales et qui est hermétique aux concepts de droit de visite et de garde alternée. Jérôme (Romain Duris) connaît la même situation que Jessica, seulement, lui, cela fait neuf ans qu’il n’a pas vu sa fille Lily. À force de remuer Tokyo et de sillonner le pays pour la retrouver, il a abandonné son métier de chef cuisinier pour devenir taxi de nuit, et il poursuit sans relâche ses recherches le jour. Neuf ans qu’il fait chou blanc, jusqu’au jour où, alors qu’il effectue une course exceptionnelle pour un collègue, il reconnaît sa fille dans les traits de la collégienne qui s’assoit sur la banquette arrière de son taxi.
« Pour comprendre Lee Miller, il faut prendre en compte toute son expérience de vie. On la réduit souvent à son statut de mannequin, de muse, de photographe de mode ou de cuisinière. Si vous prenez n’importe laquelle de ces étiquettes isolément, vous ne pourrez pas comprendre la vraie Lee Miller. Il faut regarder l’ensemble pour vraiment appréhender qui elle était, comment elle en est arrivée à faire les photos qu’elle a faites, et pourquoi. » Dans une Grande Traversée que France Culture consacrait à Lee Miller, la conservatrice de musée Hilary Roberts pointait du doigt un écueil récurrent lorsqu’on évoque la vie de l’artiste. Par excès de zèle, Kate Winslet et Ellen Kuras répètent l’erreur dans leur biopic Lee Miller en se focalisant sur l’étiquette ‘photographe de guerre’ pour les besoins d’un film épique aux accents mélodramatiques. Le résultat rend un maladroit hommage à cette artiste extraordinaire.