Selon certains, les années passent et les films de Wes Anderson se ressemblent, semble-t-il. Pourtant, au milieu de la carrière de plus en plus prolifique de l’auteur américain, les variations tiennent pour maîtres-mots, davantage qu’une quelconque forme de répétition ou de redite.
Au cinéma, la figure de l’artiste est bien des choses, pouvant par exemple aussi bien prendre les traits d’un peintre bipolaire (Van Gogh) que celle d’un adolescent meurtri par le divorce de ses parents (The Fabelmans). Par ces propositions bien différentes, l’artiste ressort toujours comme un être malgré lui hors du commun.
Face aux motifs informes et aux sons perçants qui l’agressent, le spectateur a tôt fait de se demander ce qui a bien pu passer par la tête de Phil Tippett, pour imaginer Mad God.
Après un minable remake en 2013 et une série inégale lancée en 2015, la saga Evil Dead semble évoluer à l’aveugle, ses artisans ne sachant comment se placer vis-à-vis de l’héritage laissé par Sam Raimi. Et si, pour retrouver l’âme de la trilogie originelle, ne suffisait-il pas d’imposer un retour à la sobriété ? Reboot plus ou moins assumé, Evil Dead Rise n’est pourtant pas ce qu’on pourrait qualifier de sobre, à première vue.
Derrière ses allures de premier film candide, Grand Paris déploie un brillant road-movie à la croisée des genres, mêlant le film de banlieue avec la science-fiction, le récit d’aventure ou même la bande dessinée. Jeune réalisateur et acteur à suivre, Martin Jauvat revient avec nous sur la genèse d’un projet unique.
Avant d’être un long métrage, Grand Paris a été un court métrage, diffusé dans plusieurs festivals. Comment s’est déroulée cette transformation ?
C’est une histoire un peu compliquée, une vraie magouille de production, en quelque sorte. J’ai d’abord écrit un scénario de court métrage puis, le temps qu’il se finance, j’ai réécrit des scènes et c’est devenu un long métrage. On s’est alors retrouvé avec deux films en financement. La production du court-métrage s’est accélérée et selon Emmanuel Chaumet, mon producteur, j’allais pouvoir tourner le long-métrage avec l’argent reçu pour le court puis faire deux montages différents. Le tournage s’est fait d’un coup puis, parmi les rushes, j’ai extrait Grand Paris Express, le court métrage, que j’ai pu montrer à ceux qui nous avaient soutenus – ARTE et le CNC -, en les prévenant toutefois qu’il y aurait une version plus longue. En définitive, j’ai tourné deux films en un.
Comme tes précédents courts métrages, Grand Paris est un film à petit budget qui se permet quand même une certaine ambition esthétique, en flirtant avec la science-fiction. Comment fais-tu la part entre tes ambitions et le budget qui t’es alloué ?
Étant donné que tous mes courts métrages ont été autoproduits, j’ai conscience des limites et de la faisabilité d’un projet lorsque je l’écris. J’arrive à confronter le fantasme du scénario avec sa réalité. Il est nécessaire de se poser la question du “Comment”. Je n’ai jamais l’impression d’être un Dieu tout puissant, qui peut se permettre n’importe quoi. Ce qui compte, c’est d’être raisonnable. Le producteur avec qui je travaille maintenant, Emmanuel Chaumet, m’a toujours poussé à aller au bout de mon scénario avant tout. On finit par trouver des solutions et on peut très bien réussir à faire de la science-fiction, même quand on n’a pas d’argent. Il faut aussi accepter – et c’est quelque chose que j’ai dû faire très tôt, dans l’autoproduction – une esthétique du bricolage, de l’artisanat ou du factice. Mais je trouve qu’elle ajoute beaucoup de poésie, qu’elle aide à faire un pas de côté et à voir la réalité autrement, d’une façon un peu neuve et originale. Pour autant, je n’ai pas renoncé à mes ambitions de “grand spectacle hollywoodien”, mais je savais que je ne pourrais jamais égaler mes références. Il fallait faire le deuil de cette idée pour en faire une force.
Dans cette esthétique artificielle, on sent d’ailleurs une grande influence de la bande dessinée, que ce soit par les cadres souvent fixes, les couleurs pastel ou même les personnages qui portent toujours la même tenue. Le film fait penser à Tintin, par exemple, mais aussi à tout un cinéma qui s’est justement réapproprié les codes de la BD : Jacques Tati, Antonin Peretjatko ou même Benoit Forgeard, avec qui tu as déjà collaboré. Est-ce que tu penses être nourri par de telles références ?
Promesse d’un sympathique road-movie périphérique entre deux banlieusards, Grand Paris abrite sous son apparente simplicité un brillant travail d’alchimiste.
Trois ans seulement séparent le sympathique Dernier Voyage de Apaches, deuxième long-métrage de Romain Quirot, mais le constat n’est étrangement plus le même, comme si quelque chose s’était perdu en chemin.
« Who gives a fuck about movies » scande Scream VI dès son introduction, annonçant consciemment ou non la proposition anti-cinématographique qui suivra. Un an après avoir massacré une saga déjà faible avec leur odieux cinquième opus, le duo formé par Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett rempile pour achever avec une médiocrité presque salutaire leur travail de fossoyeurs.
Un bateau en pleine tempête, quelques policiers et prisonniers agités, une mystérieuse entité dans la soute et la promesse d’un carnage sanguinolent. Sentiment de déjà-vu ? C’est normal.
Par une séquence a priori banale, le nouveau-né de Damien Chazelle déploie sa note d’intention. Tel un “jumeau maléfique” de Chantons sous la pluie ayant troqué sa joyeuseté pour un portrait doux-amer, Babylon sera une œuvre folle, révélant les coulisses débauchées du vieil Hollywood.