Plus de vingt ans s’écoulent entre Suzhou River et Chroniques chinoises, respectivement premier et dernier film réalisé par Lou Ye. De ce passage du temps, le cinéaste chinois semble en faire le principal sujet de cette nouvelle œuvre, se présentant d’abord comme une mise en abyme quasi-documentaire sur la reprise d’un tournage avorté.
Tournant à un rythme effréné, l’ancien marginal qui règne aujourd’hui en maître sur le cinéma français nous avait laissé·e·s épuisé·e·s par son Daaaaaali. Réduite à des gimmicks, sa mise en scène boursouflée y masquait difficilement le vide abyssal qui menaçait constamment d’engloutir le film. Moins de quatre mois plus tard, Quentin Dupieux nous revient avec une forme dépouillée, rapprochant d’emblée ce Deuxième Acte de Yannick, plus gros succès public à ce jour du réalisateur. En lieu de théâtre, le décor est cette fois-ci celui d’un restaurant abritant le tournage d’une comédie méta, écrite et réalisée par une intelligence artificielle, interprétée par Florence (Léa Seydoux), Guillaume (Vincent Lindon), Willy (Raphaël Quenard) et David (Louis Garrel).
Sorti en 2017, La Planète des Singes – Suprématie s’achevait par la mort du leader César et semblait tirer un trait définitif sur ce reboot de la vénérable saga adaptée du roman de Pierre Boule. Après une ouverture en trait d’union, dans laquelle Wes Ball prête allégeance à la trilogie dont il reprend le flambeau, le réalisateur nous propulse en avant de plusieurs centaines d’années et remet ainsi les compteurs à zéro. L’humanité semble avoir disparu, la nature a repris ses droits, et l’on suit les pas de Noa, jeune singe issu d’une colonie pacifique de dresseurs d’oiseaux. Très vite, cette quiétude est interrompue par l’irruption d’un groupe de primates armés se réclamant de César, qui procède au rapt de la communauté.
Guerre de sécession. « La mer, on ne la possède pas », jette Vivienne (Vicky Krieps) à Olsen (Viggo Mortensen), qui la demande en mariage avant de s’enrôler dans l’armée de l’Union. Un départ sur un mode non héroïque, un engagement pour une désertion. Désertion du foyer, de la guerre quotidienne, d’une vie simple en marge de la violence. Et de l’amour. Beau et salutaire parti pris de Viggo Mortensen dans ce Jusqu’au bout du monde, deuxième long métrage où l’on retrouve la sensibilité du premier, cette fois au cœur du Nevada, pour un western aux nobles ambitions qui risque hélas de plonger plus d’un jusqu’au bout de l’ennui.
Les yeux rivés sur le présent, plongés – volontairement ou non – dans une spirale de violence, les protagonistes mis en scène par Shin’ya Tsukamoto n’ont que faire de ce qui les attend demain, si tant est que le terme leur soit familier. À entendre les paroles d’un ex-soldat japonais, clamant que “peu importe comment on tombe, il n’y a pas d’avenir”, on serait tenté de voir en L’Ombre du feu, dernier opus de sa trilogie guerrière entamée avec Fires on the Plain puis Killing, une logique prolongation des concepts nihilistes établis. Mais une rupture, discrète, est pourtant bien là.
Il y a quelque chose del’opposition entre traditions et modernité dans le deuxième long métrage de la cinéaste et actrice franco-kosovare Luana Bajrami (La colline où rugissent les lionnes). On pourrait croire à une antithèse entre mode de vie rural et citadin, mais le film nous montre rapidement, par le regard de ses deux protagonistes, que le premier ne vaut pas mieux que le second.
Silvia Costa place son Macbeth sous le signe du surnaturel, de l’horreur. Imagerie des giallos italiens et costumes à la Guillermo del Toro, l’apparence de sa mise en scène ne manque pas de panache. Néanmoins, à empiler les effets visuels et sonores les uns sur les autres, la metteur en scène finit par écraser complètement toute la portée de l’œuvre originelle.
« Un match de tennis c’est comme une relation », affirme Tashi Duncan (Zendaya). Mais Luca Guadagnino le filme plutôt comme un rapport : son échauffement, son va et vient – pause, verre d’eau, et on reprend – ses échanges, ses cris et ses points.
Seul, au bord d’une autoroute, ses chaussures posées sur le crâne, Gabriel marche en direction des édifices urbains de San Francisco. Il croise alors un motard qui accepte de le déposer près de chez lui. Pourtant, Gabriel n’a pas de chez-soi. Originaire du Nigeria et exilé aux États-Unis suite à la guerre civile qui sévit dans son pays, il se retrouve malgré lui au cœur d’une communauté en proie aux émeutes, suite aux assassinats de Martin Luther King et de Bobby Hutton en 1968. Malgré ce contexte propice à un pamphlet socio-politique, David Schickele propose avec Bushman une étonnante déviation du regard, qui s’éloigne de l’ampleur d’une telle lutte pour embrasser une touchante individualité. Les émeutes restent donc hors-champ, vaguement mentionnées par instants, face aux déambulations nonchalantes de Gabriel, qui occupent l’ensemble du long-métrage.
Dans une voiture, sous le ciel nocturne du Texas, le psychopathe n’est pas celui qu’on croit. Une ouverture sous haute tension qui place LaRoy sous le régime des apparences, de la duplicité et du malentendu. Ce dernier informe le récit, puisque c’est d’une méprise que pleuvent les mésaventures truculentes et sanglantes du pauvre Ray (John Magaro) pris à sa grande infortune pour un tueur à gages par un quidam à l’air patibulaire, mettant ainsi sur sa route un beau paquet de biftons. Alors même que notre Ray éploré manque de se griller la cervelle.