A Ghost Story

2017

0147555.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx
Casey Affleck (C) et Rooney Mara (M)

Le film écrit et réalisé par David Lowery avait fait sensation au festival de Deauville, remportant, entre autre, le prix du Jury et le prix de la critique. Tourné en format carré avec un grain d’image qui donne l’impression d’assister à un film familial personnel, le film créé une atmosphère intimiste pour insister sur l’aspect matériel du souvenir. David Lowery raconte l’histoire d’un jeune couple qui emménage dans une maison, et la symbolique que ce lieu prend lorsque le mari meurt subitement et vient le « hanter » sous forme de fantôme.

Continuer à lire … « A Ghost Story »

L’Usine de rien

2017

FullSizeRender
L’équipe du film le 25 mai 2017 à Cannes © Victorien Daoût

Pour éviter d’être licenciés, des ouvriers décident d’occuper leur usine qui se démantèle sous leurs yeux. Mais la direction disparaît soudainement, les laissant sans directive. Dans un espace qui perd tout son sens lorsque le travail humain disparaît mais où il est possible de le réinventer, s’entrevoit alors une ample et convaincante réflexion sur la place de l’individu dans le monde du travail. Le film porte un discours clairvoyant sur le capitalisme, alors qu’il aurait pu être affaibli par sa durée (presque trois heures). C’est parce que le réalisateur Pedro Pinho et ses acteurs, dont certains jouent leur propre rôle, utilisent un cocasse mélange des genres pour pointer les dérives d’une société déconstruite par la crise économique. Drame social, interviews façon documentaire et même comédie musicale, L’Usine de rien à l’ambition d’être l’entreprise de tout. C’est la singularité et la pertinence de ce film déconcertant qui lui a valu, au même titre que 120 battements par minute, le prix de la critique internationale au dernier festival de Cannes.

L’Usine de rien / De Pedro Pinho / Avec José Smith Vargas, Carla Galvao / 13 décembre 2017 

Lucky

2017

Le quotidien ritualisé de Lucky (Harry Dean Stanton), 90 ans, a des allures d’Un jour sans fin. Dès son réveil, la succession de ses gestes est parfaitement réglée, comme ses activités : café, mots croisés, mêmes émissions TV, puis il retrouve ses camarades de bar. Dans son village au beau milieu du désert, il est profondément indépendant et vit au rythme de ses habitudes. Autonomie illusoire ? Son visage creusé et sa silhouette longiligne le rendent à la fois respectable et fragile. Lorsqu’il fait une chute sans en trouver la cause, il constate que toutes les belles choses ont une fin. Dans l’ouest américain, les cow-boys solitaires vieillissent aussi. Continuer à lire … « Lucky »

La La Land

2017

29826475976_f173df6900_b
Emma Stone (Mia) et Ryan Gosling (Sebastian)

La La Land c’est le film qui remet les comédies musicales à la mode, avec une promotion monumentale, des attentes incroyables autour du film, une pluie de nominations pour toutes sortes de récompenses. A première vu, que du positif pour les adeptes de ce genre, pas très populaire auprès des nouvelles générations. Pourtant les passionnés de comédies musicales ont été les plus nombreux à critiquer le film, tandis que ceux qui ne s’y intéressent pas particulièrement ont tous été séduit. Alors pourquoi autant de division autour du film de Damien Chazelle, le réalisateur qui avait marqué les esprits en 2014 avec l’excellent Whiplash. La La Land est un film exemplaire dans sa réalisation, les couleurs et la mise en scène sont remarquables, on ne peut rien reprocher au réalisateur qui exerce son art avec une maitrise parfaite. Cependant ce que le film accomplit principalement c’est de rendre hommage aux comédies musicales classiques. Il s’agit d’un genre qui ne cesse de s’inspirer de ses prédécesseurs en utilisant les mêmes codes et règles, pourtant chaque grande comédie musicale parvient à les détourner afin d’y ajouter sa marque. L’enjeu devient alors de rendre un hommage tout en apportant quelque chose de nouveau au genre, ce que La La Land peine à faire. L’apogée du film est son superbe épilogue qui reprend cependant au plan près des classiques comme Un jour à New York, Les Parapluies de Cherbourg, Un Américain à Paris ou encore Broadway qui danse, parmi beaucoup d’autres. Chazelle nous propose un condensé des plus belles scènes des comédies musicales et les recrée magistralement. Si le cinéaste s’était contenté de cette séquence onirique afin de témoigner de son amour pour les comédies musicales, alors il aurait pu apporter un peu d’originalité au reste du film. Or, le film entier n’est qu’une pale copie d’oeuvres déjà réalisées; dès la scène d’ouverture on éprouve un sentiment de déjà vu avec des chorégraphies et une séquence qui rappelle celles Jacques Demy. Pendant tout le film ce sentiment ne nous quitte pas et Chazelle ne parvient jamais à dépasser cet aspect de référence qui aurait fait bon office pour un court métrage mais captive difficilement le spectateur sur le long terme.

Continuer à lire … « La La Land »

Masterclass – Pablo Larraín

Réalisateur

FullSizeRender
© Victorien Daoût

A l’occasion de la 9e édition du festival Un état du monde, le Forum des images rendait un hommage au cinéaste chilien Pablo Larraín. Même si pour lui le cinéma s’apprend et ne s’enseigne pas, il s’est confié au cours d’une masterclass sur son parcours, sa vision du cinéma et de la politique de son pays natal.

Les premiers films sont souvent les plus autobiographiques. A 29 ans, deux ans après avoir fondé avec son frère sa propre société de production Fabula, Pablo Larraín tourne Fuga, qui apparaît comme l’histoire du musicien qu’il rêvait d’être. « C’est un peu moi qui joue, la musique c’est ce qui me motive » confie celui qui conçoit la structure d’un scénario comme une symphonie. « Je voulais faire un film sur tout, la musique, l’amour, la folie, le désir ». Le désir. Chez lui, « tout est question de désir ». « Il faut qu’il y ait une sensualité dans le rapport entre le chef opérateur, le cadreur et les acteurs, sinon il y a un malaise qui se voit ». Pour capturer l’instant, « les acteurs doivent absorber la caméra et vivre avec ». En termes techniques, sa conception organique du cinéma se traduit par l’usage de la focale courte qui fragilise l’acteur, et réduit la distance avec le public.

Continuer à lire … « Masterclass – Pablo Larraín »

Young Marx

Jusqu’au 31 décembre 2017 au Bridge Theatre

6E014336-190A-493F-9A58-46A7FB3A1372
Rory Kinnear (Karl Marx) © Manuel Harlan

Young Marx est la première production du Bridge Theatre, un nouveau théâtre situé juste en dessous du célèbre London Bridge. Le lieu est accueillant et chaleureux, quant à la salle, elle peut être maniée au bon vouloir des metteurs en scène. Cette nouvelle pièce de Richard Bean et Clive Coleman raconte l’histoire de la jeunesse de Karl Marx en tant que réfugié à Londres. Entre ses difficultés financières, l’effondrement de son mariage et son amitié avec Friedrich Engels, la pièce retrace son cheminement personnel le menant à l’écriture du « Capital ».  Continuer à lire … « Young Marx »

The Revenant

2016

the-revenant-2015-1200-1200-675-675-crop-000000
Leonardo DiCaprio (Hugh Glass)

Après le triomphe de Birdman, qui avait remporté l’Oscar du meilleur film, du meilleur scénario original, de la meilleure photographie (Emmanuel Lubezki), et celui du meilleur réalisateur, la sortie du nouveau film d’Alejandro González Iñárritu est un véritable événement.

Il revient cette fois avec un « survival » film, mêlant aventure et western. Basée sur des faits réels, il raconte l’histoire de Hugh Glass, un trappeur américain cherchant à se venger après avoir été laissé pour mort par ses compagnons. Si Iñárritu, de plus en plus hollywoodien, s’attelle à un style assez particulier et nouveau pour lui, il est loin de décevoir.

Continuer à lire … « The Revenant »