La Corse, son sable blanc, sa mer bleue et son maquis flamboyant. La Corse, ses gangs, ses trafics et ses explosions. Dans Borgo, Stéphane Demoustier transforme l’île de beauté en terrain miné. Plus de nature ensoleillée mais la grisaille urbaine. Entre la pluie et les vagues, l’eau commence à monter et Mélissa, gardienne de prison, peine à rester à la surface.
Sur Internet, il existe un espace dans lequel des joueurs s’affrontent pour leur survie. Au cœur d’une nature foisonnante, les utilisateurs du monde entier se regroupent en factions, sous la houlette du plus fort. Qui sont ces chefs auto-proclamés et ceux qui, sans connaître leur identité réelle, obéissent à leurs ordres ? Quels sont les secrets de ce lieu en 3D et les règles pour réussir à y subsister ? Ekiem Barbier, Guilhem Causse et Quentin L’helgoualc’h décident de réaliser un documentaire sur cet îlot virtuel. Pour cela, ils choisissent trois avatars et partent explorer cet univers connecté.
Dans un futur plus ou moins proche, les États-Unis ne sont plus unis du tout. L’Amérique est divisée : le Président se terre à la Maison Blanche alors que différentes milices extrémistes combattent pour les pleins pouvoirs. Au sein de ce chaos, subsistent quelques personnes honnêtes et engagées : les journalistes. Ils sont peu nombreux mais tentent de rester neutres dans cette guerre, privilégiant les informations aux idées. S’ils s’affrontent c’est uniquement pour avoir la meilleure citation, le meilleur cliché. Le scoop ultime après lequel ils courent tous ce sont les derniers instants du Président, lorsqu’enfin les forces armées prendront d’assaut sa forteresse.
C’est un premier teen movie sensible, profondément onirique et poétique que livrent Nara Normande et Tiao. Un film construit tout en métaphores, qui développeune vision de l’adolescence tanguant entre ennui, quatre cent coups en groupe, premiers émois charnels et, surtout, fantasmes à connotation lyrique. Car plus qu’une histoire d’amour entre deux jeunes filles, c’est ce qui la précède que saisit la réalisatrice. Soit les infimes instants, presque anodins en somme, qui structurent et composent une relation à venir. Une période charnière de l’existence où les sentiments sont exacerbés, et où chaque regard, chaque geste, devient puissamment signifiant.
Le désir peut-il résister au passage du temps ? C’est l’une des questions que pose Lan Yu, film magnifique du méconnu Stanley Kwan, dont une partie de l’œuvre fait l’objet d’une ressortie en salles orchestrée par Carlotta. Réalisé cinq ans après son coming-out out, faisant de Kwan l’un des rares cinéastes ouvertement gays d’Asie, le film raconte l’histoire d’amour qui unit Handong, golden boy de la finance à Pékin, et Lan, un étudiant désargenté qui s’essaie à la prostitution. Le scénario est adapté d’un roman anonyme publié sur internet en 1998 et aborde par un prisme intime la clandestinité forcée des relations homosexuelles dans la Chine post-Mao.
Un road trip de deux lesbiennes à l’aube du troisième millénaire, traquées par des gangsters dégénérés en quête d’une valise mystérieuse qu’elles transportent par mégarde, voilà un pitch bien connu qui a de quoi faire saliver. Surtout qu’il est signé par Ethan Coen, dont le frère a été remplacé à l’écriture par son épouse, Tricia Cooke. Naturellement, on s’attendra à retrouver tout de même le ton grinçant du duo culte, sous les roues d’une intrigue au fantasque inquiétant et rocambolesque. Faux départ : privée de son copilote, la machine est en panne.
Pour Takumi, homme à tout faire du village de Mizubiki, récolter l’eau de source est une tâche minutieuse. Se rendre à la rivière, remplir soigneusement quelques bidons puis les ramener péniblement à la voiture, le tout dans un silence imperturbable. La tâche est reproduite deux fois au cours du Mal n’existe pas, nouveau-né de Ryusuke Hamaguchi : une première avec son ami cuistot, qui utilise l’eau pour cuisiner ses udon, puis une seconde avec deux agents de communication, venus présenter le projet de glamping, s’installant prochainement dans la région. Dans cette répétition somme toute anodine, Hamaguchi distille la mécanique sournoise de ce nouveau long-métrage.
Passé relativement inaperçu à sa sortie en 1986, Hitcher de Robert Harmon nous revient dans une copie restaurée, permettant d’enfin rétablir cette erreur d’appréciation. Il faut dire que le projet d’origine avait de quoi dérouter. Pensé par son auteur comme un film d’exploitation gore et ultra-violent centré sur la figure d’un autostoppeur psychopathe, le scénario a subi de nombreux remaniements jusqu’à finir amputé de ses scènes les plus explicites. En résulte un thriller assez bancal, littéralement troué, mais c’est justement dans ses manquements, ses absences, que ce film ménage des espaces de liberté particulièrement féconds pour le spectateur.
Préférez-vous passer trois années en prison puis jouir d’une liberté totale, sans travail, jusqu’à la fin de vos jours, ou bien accepter encore vingt-cinq années de dur labeur avant la retraite ? – voilà un dilemme, aberrant d’apparence, qui résonne pourtant aujourd’hui en France de manière toute particulière. Morán, ne se limite pas à y songer. Cet employé à la Banque Sociale Coopérative de Buenos Aires se saisit du plan qu’il a manifestement en tête depuis un certain temps… Profitant un soir du départ anticipé de son collègue Roman, il accède à la salle des coffres de l’établissement. L’occasion rêvée pour entraîner Roman dans son crime et en faire un complice malgré lui.
Le Jeu de la reine se livre d’abord comme un conte. Dans un royaume – notez le choix non fortuit de l’indéfini – empesté, en proie aux conflits religieux alors que la réforme luthérienne se propage dans le peuple, un roi ogre, colérique et gangrené, perpétue un climat de terreur, relate Elizabeth, future souveraine au règne glorieux. Avant elle, il y eut Catherine Parr, que le film considère en inspiratrice d’un tournant politique. En portant son regard sur l’épouse ultime d’Henri VIII, Karim Aïnouz suit le même horizon que Priscilla (Sofia Coppola, 2023)qui révisait le mythe d’un autre roi, Elvis, à travers le parcours de son épouse jeune fille. Il édifie à son tour un contre-récit, où les femmes se révèlent actrices du mouvement historique.