Rencontre avec : Philippe Lesage & Arieh Worthalter

© FEMA

Philippe, vos films sont très souvent autobiographiques mais au sein même de ce cadre, on retrouve des thèmes récurrents ; comme la découverte du désir et du sentiment amoureux à l’adolescence. Pourquoi revenez-vous sans cesse à ces moments ? Qu’essayez-vous de capter, voire de comprendre ?

Philippe Lesage : Effectivement, peut-être que j’essaye de comprendre quelque chose qui m’échappe toujours. Mais j’aime bien avoir un peu de distance par rapport aux moments que je vais mettre en scène. D’ailleurs, dans mon prochain film, les personnages seront plus vieux ; ça monte toujours un peu en âge. Dans Comme le feu, ce qui est différent, c’est qu’ils sont confrontés à des adultes. Dans la jeunesse, ce qui m’interpelle c’est cette idée d’avenir : on arrive plein d’optimisme, d’idéalisme et on vit de grandes émotions pour la première fois, le sentiment amoureux étant peut-être celui qui nous déstabilise le plus. Et, malgré toutes les désillusions, toutes les déceptions, on continue de tendre la main aux adultes mais ils ne nous aident pas, au contraire, ils essayent de nous écraser, de nous punir. Dans mes films, il y a souvent cet ordre patriarcal très oppressant, destructeur pour les plus jeunes. Et j’espère que mes jeunes personnages vont être capables de rester intactes, de vouloir aimer sans chercher à se protéger. Car toutes les petites déceptions on les garde avec nous. On peut alors décider de vivre comme les personnages adultes du film, c’est à dire dans le regret, dans l’insatisfaction ou bien on garde ces déceptions en soi et on essaye d’en faire quelque chose de créatif, de beau, de porteur.

Arieh, est-ce cet élément qui vous a plu dans le cinéma de Philippe et qui vous a donné envie d’en faire partie ?

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Gondola

Actuellement au cinéma

© Destiny Films

Il était une fois un téléphérique à la peinture orange et écaillée qui traversait une vallée verdoyante, où les fruits juteux se ramassent à l’épuisette et où des bouteilles de vin atterrissent dans des bottes de foin. Il était une fois deux opératrices de téléphérique, qui se croisaient toutes les demi-heures et tombaient amoureuses, sans un mot. Il était une fois un petit monde féérique où nous convie Veit Helmer avec ce film muet, empreint d’une agréable folie douce mais qui peine cependant à tenir la distance.

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Mon parfait inconnu

Actuellement au cinéma

© Pyramide Distribution

Le premier long métrage de Johanna Pykkö plonge le spectateur dans un thriller psychologique dont les codes esthétiques comme narratifs sont bien assimilés, sans pour autant susciter de surprise quant au retournement final, somme toute prévisible.

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Santosh

Actuellement au cinéma

© Taha Ahmad

D’une façon discrètement singulière, la matrice de Santosh se décèle dans le point de vue qu’il adopte, en tant qu’il semble réfléchi subtilement à l’intérieur du récit par l’immersion dans un milieu d’un personnage qui lui est a priori étranger. Santosh (Shahana Goswami), dont on ne quittera pas le regard ni les affects, a perdu son mari policier, tué lors d’une manifestation violente. Via un programme légal de « recrutement compassionnel », la jeune veuve reprend l’emploi de feu son époux au sein de la police indienne. Santosh, endeuillée, hantée par son souvenir, se substitue ainsi à lui ; une femme se substitue à un homme ; un regard à un autre regard.

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Maxxxine

© Condor Films

Slow-burn satanique ou slasher façon Tobe Hooper (The House of the Devil, X), western eastwoodien (In a Valley of Violence), mélodrame sirkien perverti (Pearl) : à mesure que son œuvre se déploie, Ti West se perfectionne dans l’art du pastiche, pour des résultats plus ou moins heureux. De la figure meurtrière du Nightstalker tout droit sortie d’un giallo jusqu’au personnage éponyme campé par la magnétique Mia Goth, ici chaînon manquant entre Bree Daniels (Klute) et Thana (L’ange de la vengeance), Maxxxine s’inscrit d’emblée dans cette lignée, brassant divers pans du cinéma des années 70 et 80 d’un même geste.

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To the moon

Actuellement au cinéma

© CTMG, Inc.

La conquête spatiale est un sujet connu du cinéma, et tout particulièrement du cinéma américain. To the moon adapte un récit fictionnel autour de la mission Apollo 11, avec pour particularité d’orienter la trajectoire narrative du récit en dehors de la navette des astronautes. Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins sont dès lors les personnages secondaires de cette histoire. L’organisation qui gravite autour d’eux ainsi que l’entreprise NASA dominent cette comédie luno-romantique sur fond de théorie complotiste.

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Dos Madres

Actuellement au cinéma

© Shellac

Dos Madres, le premier long-métrage de Victor Iriarte, est pensé et composé comme une lettre : il est soutenu par les voix off, qui permettent aux spectateurs d’entrer dans la psyché des trois protagonistes. C’est une adresse directe. Une adresse de Véra à son fils biologique, Egoz ; d’Egoz à Véra ; de Cora à Egoz, son fils adoptif. Plus encore, c’est une parole mise en récit. Une correspondance lue à voix haute, pour faire basculer le privé dans le publique, lier l’intime au politique, brouiller les frontières de genre, entre fiction et documentaire.

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La récréation de juillet

Actuellement au cinéma

© Wayna Pitch

Première quinzaine de juillet. Une dernière sonnerie annonce le début des vacances. Les élèves se précipitent vers la grille, le principal verrouille les serrures. Gaspard (surprenant Andranic Manet), le jeune professeur de musique, établit pourtant sa demeure dans l’enceinte de cet établissement, y faisant entrer par effraction ses anciens camarades de classe. Les cinéastes Pablo Cotten et Joseph Rozé nous ouvrent les portes d’un film d’été léger malgré un ton grave, une zone habitée de fantômes du passé. 

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Only the River Flows

Actuellement au cinéma

© KXKH Films

Les premières minutes de Only the River Flows suscitent l’espoir inopiné d’un thriller moins balisé qu’attendu. Dans un prologue métaphorique, un enfant affublé d’une cape en plastique s’amuse avec ses compagnons à reproduire une scène de poursuite. Cherchant ses amis, le faux petit flic pousse une porte donnant sur le vide, une ville dévastée, comme en chantier. Indice d’une œuvre réflexive, politique, traversée par les enjeux socio-économiques de l’époque qu’elle décrit, et d’une enquête erratique sous le régime du doute et d’une béance infranchissable.

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El Profesor

Actuellement au cinéma

© Pucara Cine

D’abord, la mort. Une crise cardiaque du professeur Caselli, titulaire de la Chaire de philosophie à l’université de Buenos Aires. Fermeture à l’iris, effet récurrent du film marquant ses influences burlesques, puis nous voilà au cours de Marcelo Pena, bras droit du défunt, qu’il achève en convoquant Rousseau et sa méfiance à l’égard du progrès. La comédie dramatique (plus dramatique que comique), bien qu’écrite avant l’élection de Javier Milei, semble dès lors refléter un climat d’inquiétude partagée dans un pays en crise, empêtré dans un ultralibéralisme vorace. Une inquiétude qui touche particulièrement les milieux intellectuels et culturels alors que les ressources allouées aux universités publiques, en rapport avec le taux d’inflation, ont drastiquement diminué.

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