Deux soeurs

Actuellement au cinéma

© Thin Man Films Ltd.

Deux sœurs est de ces films que l’on dirait mal aimables. À l’image du cinéma de Mike Leigh dans son ensemble, comparé plutôt arbitrairement à son compatriote Ken Loach pour, outre le fait qu’ils sont tous deux Anglais, la sécheresse de leur mise en scène, afférente à la tradition réaliste et sociale du cinéma britannique. Or par mal aimable, on entendra ici ce qui ne se donne pas facilement au spectateur, soit ce qui nécessite qu’il revoie toujours ses attentes, qu’il révise sans cesse ses jugements. Tout ce que n’exige pas le cinéma de Ken Loach, plus rassurant par ses schématismes, où oppresseurs et opprimés s’identifient d’emblée. Parce qu’il affirme sa défiance à l’égard de l’idéologie comme envers le discours, le cinéma de Mike Leigh apparaît moins aimable, moins commode. Tandis qu’on adhère immédiatement à Daniel Blake (Moi, Daniel Blake, 2016) parce qu’il subit la brutalité et l’injustice d’un système, on peine à vouloir suivre l’acariâtre Pansy, bourreau impitoyable de tous ceux qui, malheur à eux, croisent fortuitement son chemin.

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Kyuka – Avant la fin de l’été

Actuellement au cinéma

© The Dark

Le conte d’été est quasiment devenu un sous-genre filmique à part entière, traversant les décennies et les frontières, d’Ingmar Bergman (Monika) à Jacques Rozier (Du côté d’Orouët), en passant évidemment par le film éponyme d’Éric Rohmer. Bien que Kyuka – Avant la fin de l’été emprunte à beaucoup de ses prédécesseurs, le premier long-métrage du cinéaste grec Kostis Charamountanis semble, de prime abord, trouver sa principale filiation auprès du récent Aftersun, exploration familiale par le format DV. Mais à l’uniformité de Charlotte Wells, Kostis Charamountanis oppose une logique plus composite.

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Ce n’est qu’un au revoir & Un pincement au cœur

Actuellement au cinéma

© Bathysphere productions

Après avoir filmé en sortie de Covid trois lycéennes d’Hénin-Beaumont, Guillaume Brac a voulu donner à son court-métrage Un pincement au coeur une suite spirituelle. Naît donc Ce n’est qu’un au revoir, projeté en diptyque avec le premier film. Du Nord-Pas-de-Calais à la Drôme, il s’agit de tirer un trait pour lier deux jeunesses aussi profondément semblables que différentes.

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Covas do Barroso, chronique d’une lutte collective

Actuellement au cinéma

© Météore Films

Séquence 1 : Montagne. Ext / Jour. Plan large sur la silhouette d’un fermier. Il cherche ses chevaux, mystérieusement effarouchés. Le fermier se rapproche de Castanho, son étalon blanc, et l’apaise. Générique.

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Aimer perdre

Actuellement au cinéma

© UFO Distribution

Beaucoup de films se plaisent à tromper le spectateur sur le programme qu’ils s’apprêtent à dérouler, mais Aimer perdre n’est pas de ceux-là, s’ouvrant à la faveur d’un long dézoom tourbillonnant et d’un titre pailleté, annonçant tous deux l’énergie d’une entreprise en marge. Cette belle introduction amorce surtout le point d’ancrage du dispositif esthétique, non pas vouée à tourner à vide autour d’une hystérie générale, mais centré sur une présence. Cette figure, monopolisant en gros plan les premières secondes du film, est Armande Pigeon, jeune Bruxelloise sans le sou, allant de galère en galère.

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Baby

Actuellement au cinéma

© CUP FILMES

Baby aurait de quoi horripiler. Ses plans urbains, déambulatoires, dans une Sao Paulo décrépie, ses couleurs pétulantes et sa mélancolie vague peinent à le débarrasser, dans notre esprit, des références qui le recouvrent. Certains films témoignent moins d’un regard que d’une filmographie. Quand toutefois cette filmographie, soit les référents filmiques, traduit un rapport au monde, on dit le film postmoderne. Quand la filmographie manque de se réfléchir, on le dit maniériste. Force est de constater que Baby porte un peu de maniérisme en lui.

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Black Dog

Actuellement au cinéma

© Memento Distribution

Fort d’une dizaine de long-métrages, le cinéaste chinois Guan Hu n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais eu les honneurs d’une distribution sur le territoire français. Plutôt portés sur le grand spectacle guerrier, conformes à l’agenda politique du régime, ses films précédents paraissaient effectivement peu compatibles avec la liberté de ton et les canons esthétiques associés à la figure de l’auteur chère au cinéma hexagonal. Il aura donc fallu attendre Black Dog, passé par le Festival de Cannes duquel il repartit couronné du prix Un certain regard, pour que nous puissions découvrir l’œuvre de ce réalisateur chevronné, habitué des superproductions bardées d’effets numériques.

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Mickey 17

Actuellement au cinéma

© Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved.

Mickey 17 n’est pas mort. Il gèle au fond d’un gouffre de glace, il a mal, il gémit, mais il n’est pas mort, du moins pas encore. Mickey est de la chair à canon exilée dans l’espace. Il avait besoin de quitter la Terre coûte que coûte, alors il s’est engagé à devenir un Remplaçable, un être humain dont on sauvegarde la mémoire et dont on réimprime le corps à volonté dès qu’il est détruit dans les tâches ingrates et variées qu’on lui fait exécuter. Un éternité de rat de laboratoire, sauvée de l’absurdité totale par la présence de Nasha, qui l’aime et qu’il aime. Retour au gouffre : il n’est pas mort. C’était une demi-heure, trois quarts d’heure ? Pas certain. En tous cas, c’est long pour une exposition, ça traîne et on se demande si le film va finir par démarrer ou si l’on est condamné à assister pour les deux heures à venir aux péripéties des Mickey qui s’enchaînent, dument commentées par une voix off monocorde – quoi qu’occasionnellement amusante – qui nous explique sagement les tenants et aboutissants des sociétés humaines de 2054.

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Queer

Actuellement au cinéma

© Pan Distribution

“I’m not queer. I’m disembodied.” À bien des égards, la maxime répétée par Lee et Allerton, protagonistes de Queer, s’applique autant à une certaine idée de leur sexualité qu’à un projet d’introspection pour le cinéma de Luca Guadagnino et son formalisme (souvent) creux. Au désir idyllique conté par André Aciman (Call Me by Your Name) succède désormais celui de William S. Burroughs, terre d’un profond mal-être.

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A Real Pain

Actuellement au cinéma

© Fruit Tree Media

Cette année 2025 marque le quatre-vingtième anniversaire de la libération des camps de la mort. À mesure que le temps nous éloigne des événements tragiques qui secouèrent l’Europe à la fin de la première moitié du XXe siècle, le cinéma est plus que jamais traversé par la nécessité d’imager cette page de l’Histoire comme une mémoire vivante, incarnée. L’an passé, La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer s’interrogeait déjà sur la muséification qui guette la Shoah et, présentement, The Brutalist de Brady Corbet évoque à sa manière le besoin impérieux pour les survivant·es de transmettre leur vécu aux générations futures. Second long-métrage de Jesse Eisenberg, A Real Pain emprunterait presque le chemin inverse, en confrontant des personnages déracinés, à la recherche d’une épiphanie concernant leurs origines juives, à cette période sombre du grand récit de l’humanité.

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