Dans Land, Babak Jalali évoquait déjà la situation des indiens d’Amérique ; avec Fremont, il signe le portrait d’une femme Afghane réfugiée, représentante, elle aussi, d’une communauté défavorisée, dévoilant en creux une facette non édulcorée de l’Amérique, en contre-pied total de l’American Dream.
Bien que seulement constituée de quatre longs-métrages, la carrière d’Alice Rohrwacher se fait le théâtre de multiples connexions entre chaque œuvre. La Chimère ne fait pas exception et s’ouvre comme une suite officieuse de Heureux comme Lazzaro, dans lequel l’ange protecteur désormais nommé Arthur aurait décidé de purger sa peine et de revenir dans sa campagne natale. Même traits juvéniles, même habits identiques tout le long du film – la chemise blanche ayant remplacé le vieux t-shirt agricole -, même air détaché, les deux héros semblent incarner une seule et même figure. Cependant, Arthur entretient une différence majeure avec son prédécesseur : son regard n’est plus le fruit de l’innocence mais d’une tristesse insondable, qui infiltre l’ensemble du long-métrage.
Mais quelle mouche a donc piqué Ridley Scott ? Supposer une seconde l’adhésion des Français – ce peuple qui ne s’aime pas lui-même, disait l’intéressé – devant une telle boucherie, tant filmique qu’historique, relève d’une inconscience plus folle que la charge solitaire de Ney à Waterloo. Car ternir Napoléon est bien de droit pour un français. Pour un Anglais, on parlera sobrement de crime.
La comédie musicale de Pierre Koralnik réalisée en 1967 pour la télévision est un ovni formel et un cadeau sonore pour tous les aficionados de Serge Gainsbourg. Le réalisateur fait de son coup de foudre amoureux la prise d’une photo – un coup de flash ? – comme l’avait précédemment fait Stanley Donen dans Funny Face (1957). La muse n’est plus ici Audrey Hepburn mais Anna Karina, au sommet de son charme.
Après Les Garçons Sauvages et After Blue – Paradis Sale, Bertrand Mandico revient avec un troisième long-métrage sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes, Conann. À cette occasion, nous l’avons rencontré.
Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’histoire de Conan le barbare ?
Je voulais faire un récit sur la barbarie et raconter l’histoire d’une femme à travers plusieurs moments de sa vie. Je me suis dit que c’était intéressant de commencer par une période antique, à l’origine de la barbarie. Par association d’idées, je me suis amusé à jouer avec cette figure à la fois de la culture populaire, mais aussi de la mythologie, puisque Conann est un personnage qui aurait vraiment existé. Je suis parti des origines pour remonter le temps et les époques jusqu’à notre monde, voire un monde plus futuriste.
Comment avez-vous défini les époques du film ?
Le socle, c’est-à-dire la période antique, est celle décrite dans les bouquins de Robert E. Howard. La deuxième époque renvoie plus à une antiquité symbolique qu’on peut retrouver dans les films de Cocteau, c’est la période des 25 ans. Après, j’ai décidé de marquer une rupture en propulsant le récit dans le futur. Et puis quitte à aller dans le futur, autant aller dans une époque proche de la notre, donc les années 1990 dans le Bronx. À partir de là, j’ai imaginé cet autre monde qui peut rappeler les guerres contemporaines dans les pays de l’Est.
Même s’il est très fantasmé, le passage au Bronx est effectivement le plus réaliste du film. Comment avez-vous abordé ce décor ?
Scénariste, réalisateur et interprète du film Des os et des noms, Fabian Stumm était cette semaine à Paris pour présenter son premier long-métrage, dans le cadre du festival Chéries-Chéris.
Le film parle de l’art comme d’un exercice assez thérapeutique : il faut écrire, jouer et mettre en scène pour reprendre contrôle sur ses émotions et les extérioriser. Est-ce que faire ce film avait ce but là pour toi aussi ?
Exactement, oui. Je travaillais avant sur un sujet différent mais plus couteux et en temps de COVID difficilement réalisable. Je me suis donc dit qu’il serait sans doute plus simple de monter un film plus intimiste. Il se trouve que je sortais d’une rupture assez douloureuse et, même si ça n’était pas forcément conscient, avec le recul je réalise que j’ai fait ce film pour m’en remettre. J’ai eu cette envie, ce besoin de définir et de réfléchir à ces choses qui me font peur ou qui me font du bien. Ces choses de ma vie qui sont saines et celles qui sont plus fragiles. Je voulais aussi raconter l’histoire de deux hommes qui s’aiment et qui se parlent, qui discutent, qui communiquent beaucoup. En tant qu’homme queer, comédien, vivant à Berlin c’est une représentation du couple que je voyais assez peu, en Allemagne en tout cas.
Est-ce aussi pour ça que tu as voulu jouer le rôle principal, pour que le projet soit totalement cathartique ?
Au début, ça me faisait un peu peur de jouer ce rôle et j’ai remarqué que, dans ma profession, lorsque quelque chose me fait peur ou m’intimide c’est qu’il y a une nécessité de le faire. De comprendre pourquoi ça me fait peur. Ça m’intéresse beaucoup de voir à l’écran quelqu’un surmonter quelque chose. Généralement, c’est très difficile pour moi de me regarder jouer mais cette fois-ci, pour la première fois, c’était plus facile. Je crois que c’est parce que c’était très naturel, rien n’était forcé. Il n’y avait pas cette distance qui peut se créer lorsque, en tant que comédien, je veux plaire à un autre metteur en scène. Là je devais jouer quelque chose que j’avais déjà beaucoup travaillé avec Knut Berger. Et j’étais en adéquation avec mes envies, aussi bien en tant que cinéaste qu’acteur.
Est-ce que le processus de casting est plus laborieux lorsque tu es à la fois réalisateur et acteur, car tu dois trouver non seulement des partenaires de jeu mais aussi des comédiens que tu prends plaisir à filmer ?
Sur les murs blancs ou beiges des affiches de films, photos ou cartes postales dénotent de par leurs couleurs. Fabian Stumm met en scène ses personnages par rapport à l’arrière plan de façon à ce que ces motifs carrés rappellent les bulles de pensée que l’on trouvent dans les bandes dessinées. Jonathan écrit une histoire d’amour qui se termine et derrière lui, au dessus de sa tête, sont affichées des photos de lui et de Boris enfants, comme le rappel d’une intimité partagée qui traverse en ce moment même l’esprit de l’écrivain.
Électrique. C’est du moins le début de La Vénus d’argent. Une moto file sur des autoroutes désertes, dans des tunnels qui tournent à l’infini, et une silhouette, ni homme ni femme, casque de motard sur la tête, se regarde dans une vitrine. Devant elle, un costume trois pièces, dans lequel son reflet ne s’imbrique pas exactement. Dans le calme du petit matin, une barrière fragile vole en éclats et ce sont toutes les frontières sociales qui se retrouvent menacées.
Barbet Schroeder est un personnage de cinéma. Fait connu, le fondateur des Films du Losange a pratiqué maintes fois le caméo, mais Barbet Schroeder est aussi personnage de ses films, plus particulièrement de ses documentaires. Dans sa trilogie du mal, discret, il se discerne en une voix, en un commentaire saillant qui sort de l’ombre et vient brutalement nous replacer dans une certaine lucidité face aux flots d’horreurs évoquées. Alors quand vient la beauté, l’amitié, Barbet fleuri, Barbet sourit, surtout quand il y a Ricardo et sa peinture.
Sacha Polak traite dans Silver Haze des liens familiaux, amicaux ou amoureux, tous confondus. Comment accueillir ou se protéger de ces confrontations incessantes, parfois apaisantes, parfois harassantes ? Et comment préserver cette capacité à s’abandonner lorsque l’esprit a été brisé et le corps broyé ?