Dreams

Actuellement au cinéma

© Teorema / Metropolitan FilmExport

Après Memory, qui laissait entrevoir chez le cinéaste mexicain une inflexion plus empathique et presque conciliatrice, Dreams opère un retour brutal à un cinéma de la cruauté, désenchanté et résolument mal aimable. Toute promesse d’optimisme, suggérée par le titre, est méthodiquement déjouée dès les premières images d’un camion abandonné au Texas dans lequel gisent des cadavres de migrants mexicains. Cette ouverture, loin d’être illustrative, inscrit d’emblée le film dans une réflexion politique implacable sur les corps déplacés, exploités, rendus invisibles.

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Trotacalles

Festival Lumière 2024

© Festival Lumière 2024

Matilde Landeta est une des (trop nombreuses) cinéastes oubliées du champ cinématographique international. Dans son troisième long-métrage, la réalisatrice mexicaine reste fidèle aux questions féministes qui sillonnent l’ensemble de son parcours. 

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Memory

Actuellement au cinéma

© Metropolitan FilmExport

Huitième long-métrage de Michel Franco, Memory orchestre la rencontre de deux âmes blessées : Sylvia, alcoolique en rémission qui élève seule sa fille Anna, et Saul, un homme atteint de démence précoce. L’une est incapable d’échapper au traumatisme inscrit dans sa chair, l’autre ne parvient pas à fixer le moindre souvenir. Un mélodrame beau et triste qui délaisse en apparence la mécanique froide et cynique qui traversait les précédents films du réalisateur mexicain. En apparence. Car toute la réussite de ce film (peut-être le plus beau de son auteur) réside dans le subtil travail de maquillage par l’écriture et la mise en scène qui dessine, sous le vernis chatoyant de la fiction réparatrice, un gouffre d’ambivalence tragique.

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Pornomelancolia

Au cinéma le 21 juin 2023

© Epicentre Films

La pornographie érigée en art à part entière ? Voilà un pitch prétexte soit à un humour graveleux ou à une provocation facile. Pour son premier film au sujet risqué, le réalisateur argentin Manuel Abramovich décide dès l’ouverture de prendre son public à revers : Lalo, le protagoniste, seul dans la rue, isolé par un plan statique qui s’étire et l’isole au milieu de tous, éclate en sanglot. Cette soudaine explosion d’émotion hante le reste de l’œuvre, exploration surprenante du monde du porno et d’une mélancolie impossible à guérir.

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Bardo, fausse chronique de quelques vérités

Disponible sur Netflix

© Park/Netflix

Depuis The Revenant et les couronnes de lauriers, Iñarritu s’était retiré des plateaux, le temps de prendre du recul et de souffler un peu. C’est par la porte de Netflix qu’il fait son retour très attendu, avec Bardo, fausse chronique de quelques vérités, que le public français n’aura hélas pas l’opportunité de découvrir en salles. Trip onirique, méta et introspectif, Bardo est non seulement le film du retour au cinéma pour l’auteur, mais surtout du retour au Mexique qu’il n’avait pas foulé du pied de sa caméra depuis Amours Chiennes. Ce motif du retour fonde un récit du seuil, de l’interstice, dont témoigne son titre qui évoque l’intervalle bouddhiste entre la mort et la renaissance.

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Prayers for the Stolen

Actuellement sur Mubi

© Pimienta films

Issue du genre documentaire, Tatiana Huezo signe avec Prayers for the Stolen (Noche de Fuego, pour qui préférera l’espagnol) sa première incursion dans la fiction, un genre qui déjà lui sourit puisque le film fut distingué par une mention spéciale à Cannes l’an dernier, dans la section Un Certain Regard. Une moindre récompense pour une œuvre marquante qui fut l’un des chocs discrets de cette édition.

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Roma

Sur Netflix le 14 décembre 2018

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©Carlos Somonte/Netflix/Esperanto Filmoj/Participant Media

Depuis quelques mois, et surtout depuis qu’il a reçu le Lion d’or à la Mostra de Venise en septembre dernier, le nouveau film d’Alfonso Cuarón est devenu l’incarnation du débat qui bouleverse le mode de distribution et de visionnement des œuvres de cinéma, avec sa sortie (quasi) exclusive sur Netflix. Il ne fait nul doute que Roma est un « film de cinéma », même si cette expression est un pléonasme, et que la meilleure façon de l’apprécier est en salle : l’image, tournée en 65 millimètres, est sublime, et la technique de son utilisée, le Dolby Atmos, a pour effet de multiplier les pistes et de recréer au mieux l’espace de la fiction dans la salle même de cinéma. Assez paradoxal, donc, de voir un tel film sur un ordinateur ou un téléphone… Toutefois, quelque soit les moyens qui sont à votre disposition pour voir Roma, il faut voir Roma, l’un des plus beaux films de l’année.

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