La Nuée

Au cinéma le 16 juin 2021

Suliane Brahim dans « La Nuée ». © The Jokers – Capricci

Il est rare de voir un film de genre hexagonal sélectionné à la Semaine de la Critique. Peut-être parce que La Nuée, premier film de Just Philippot, tient plus de la chronique familiale dramatique qu’autre chose. Et c’est plutôt une bonne nouvelle.

Depuis le suicide de son époux, Virginie (Suliane Brahim de la Comédie-Française, aux airs troublants de Charlotte Gainsbourg) tient à bout de bras l’exploitation agricole familiale. Soucieuse de remplir les caisses, elle s’est reconvertie dans l’entomoculture (l’élevage de sauterelles comestibles). Sous pression financière et psychologique, en conflit avec ses enfants, Virginie se sacrifie de plus en plus pour son travail. Tandis que son exploitation grandit, Virginie commence à développer un lien sordide avec ses insectes.

D’aucuns pesteront sûrement que La Nuée ne sauvera pas le cinéma de genre français, depuis longtemps en mauvaise posture. Mais il faudrait pour cela supposer que le cinéma de genre puisse effectivement être sauvé – difficile de changer l’opinion d’un grand public toujours boudeur – et surtout, ne considérer comme légitime que le genre dans sa forme la plus « pure ». Tout comme Le Pacte des Loups (Christophe Gans, 2001) mêlait un imaginaire horrifique et fantastique à celui, plus classique, du film de capes et d’épées, La Nuée concocte un savant mélange entre le cinéma de monstres et le drame social. Le sujet premier du film est avant toute chose un combat, celui d’une mère veuve affrontant les affres de l’agriculture contemporaine, milieu de plus en plus démuni et mis à l’épreuve.

Si l’on peut reprocher au film sa dimension trop littérale (sans trop en dire, Virginie est rapidement dévorée par son travail), c’est précisément de son climat d’injustice sociale que La Nuée tire son intensité. Toujours filmés en gros plans, sous un angle entomologique, les insectes envahissent la bande-son de leur bruissement assourdissant et traduisent à l’image l’obsession d’un personnage sur la brèche, et bientôt celle du spectateur. Just Philippot dessine avec subtilité un film de pure angoisse, viscérale et hypnotique. Dommage qu’il perde son approche minimaliste dans la dernière partie, plus prévisible, sans que cela ne ruine totalement notre plaisir.

Si problème il y a autour de La Nuée et de la question du genre, c’est au niveau du marketing que le bât blesse en vérité. Si le film emprunte en effet beaucoup au cinéma d’horreur, tant dans sa narration que dans son esthétique, il est pourtant bien différent du thriller survivaliste brutal vendu par les affiches (très, très inspirées de Take Shelter) et les bandes-annonces. Vendre les films pour ce qu’ils ne sont pas, c’est encore la meilleure manière d’obtenir un bouche-à-oreille désastreux. Quand on sait à quel point il compte pour un cinéma de genre qui laisse nombre de spectateurs sur le carreau, c’est d’autant plus regrettable.

La Nuée / De Just Philippot / Avec Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne / France / 1h41 / Sortie le 16 juin 2021.

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