Pour l’éternité

Au cinéma le 4 août 2021

Des personnages qui ont perdu la foi. ©KMBO

Pour l’éternité marque le retour de Roy Andersson sept ans après la fin de sa Trilogie des vivants, débutée par Chansons du deuxième étage (2000) et close par Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence (2014). Un long-métrage sombre et beau, qui a reçu le prix du meilleur metteur en scène à la Mostra de Venise.

« Tout est fantastique », répète un pilier de bar tandis qu’il neige dehors, le soir de Noël. C’est à la fois ce qu’on ressent et son contraire devant ce film, tant l’univers appartient à la rêverie en même temps qu’à la chronique (parfois anachronique). Sans aucun élément naturel, avec des décors et des maquettes, utilisant de longs plans fixes et une image taciturne, le cinéaste suédois raconte un monde triste, très triste, fixé par des cadres inaltérables où les personnages ont perdu la foi, cherchent de l’aide sans en trouver, sont absolument seuls… Dans le bus, on dit à un homme « qu’il déprime chez lui mais pas ici » ; un psychologue, censé garantir le soutien mental, ne peut pas s’attarder car il ne veut pas rater son bus. Enfermés dans leurs vies et en eux-mêmes comme dans les tableaux que compose chacune des scènes, les personnages ne semblent pas connaître d’échappatoire. La morale est celle du chacun pour soi, figée dans l’instant de tous les jours ou de l’Histoire (les nazis à l’heure de la défaite). Ce n’est pas la vision de l’existence la plus optimiste qui soit, mais toutes les séquences ont quelque chose de désespérément lucide.

À partir de la figure littéraire de l’anaphore (« j’ai vu un homme qui… » rappelant le « je me souviens… » de Georges Perec), Roy Andersson instaure une rythmique répétitive et poétique. Il parvient à composer à l’intérieur de cette grisaille quelques touches de beauté qui ne rendent jamais vain son spectacle : c’est le cas du couple que l’on voit au-dessus d’une ville en ruine, l’un contre l’autre malgré le chaos survolé. Les seuls amants restés en vie, pour reprendre le titre en français d’un film de Jim Jarmusch dans lequel il était aussi question d’éternité.

Pour l’éternité / De Roy Andersson / Avec Jessica Lothander, Martin Serner, Tatiana Delaunay / Suède / 1h16 / Sortie le 4 août 2021.

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