I Comete

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© 5à7 Films

Pendant les grandes vacances, dans un village corse. Un village comme ils le sont tous en été sur l’île de beauté. Tour à tour, des ados se charrient sur la place de l’Église ; des enfants chantent assis sur un muret de pierres ; deux amis pêchent et conversent en bord de la rivière ; une vieille femme pense à voix haute sur le monde qui s’enlise… Dans I Comete, l’univers fictionnel se déploie en vaguelettes successives, en des instants saisis en plans-séquence et fixes dont on ne perçoit pas de prime abord les relations.

C’est au fil du long métrage que les liens se découvrent, entre les personnages, entre des situations, sans que les séquences n’en viennent pourtant à s’emboîter. Elles ne sont pas les pièces éparpillées d’un puzzle que le spectateur se devrait d’assembler. Le film de Pascal Tagnati trouve plutôt sa singularité dans les manques, dans de l’indéfini qui naît d’une volonté d’esquisser la Corse dans sa vérité, sa « couleur locale », hors des stéréotypes qui façonnent trop souvent ses représentations. Le cortège de scénettes dresse un tableau complexe de son identité, laquelle serait un peu à l’image de cet homme d’allure rustre qui, au milieu du film, débarque en hélico avant de se mettre à jouer divinement du piano.

Ces manques inhérents aux personnages et interstices d’I Comete lui confèrent également une aura plus universelle. Ils émanent d’un geste qui sculpte, à partir de fragments, le corps d’un film se révélant lui aussi comme la part d’une plus vaste unité, celle qui régit le monde, que l’on appelle le temps. C’est la raison pour laquelle il n’est ni borné par un début ni vraiment par une fin, à l’instar de chaque scène. L’inverse serait aussitôt le germe d’une dramaturgie. Or ce qui intéresse le cinéaste, c’est bien le temps, son flux que les plans visent à rendre sensible au sein d’intimes et furtifs instants de vie.

C’est cela les comètes : non seulement les trajectoires personnelles qui, à l’été, s’entrecroisent dans l’espace commun du village, mais aussi les moments que saisit la caméra, le temps de leur passage. L’agencement en réseau de ces scènes ordinaires, constituant un ensemble qui n’est que parcelle, bâtit une œuvre qui affirme sa nature organique. De nouveau, le regard de Tagnati – que d’ailleurs il ne manque pas de mettre en abyme – dépasse de loin celui d’un corse sur la Corse. Il témoigne d’une certaine vision du cinéma, une vision « tarkovskienne » en tant que le film s’apparente à « un organisme vivant et unifié, dont les artères contiennent ce temps aux rythmes divers qui lui donne la vie ». De là naît le sentiment diffus devant le film d’avoir vécu nombre de ses moments, comme cette première fois, enfant, que notre bras s’est enroulé autour d’une jeune fille. Le cinéma devient alors ce lieu si rare et si précieux, où l’on peut communier ensemble avec nos souvenirs.

I Comete / De Pascal Tagnati / Jean-Christophe Folly, Cédric Appietto, Apollonia Bronchain Orsoni, Pascal Tagnati / France, Corse / 2h07 / Sortie le 20 avril 2022.

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