Cow

Au cinéma le 30 novembre 2022

© AdVitam

Après quatre longs-métrages de fiction dont le génial Fish Tank, Andrea Arnold s’essaye au cinéma direct. La démarche est à la fois poétique et politique : diminuant autant que possible les frontières qui séparent le spectateur du sujet, la réalisatrice nous propose de contempler pendant une heure et demie le quotidien d’une vache laitière appelée Luma, animal réduit en esclavage faisant partie intégrante de notre alimentation. Si un tel film aurait pu se limiter aux bas-fonds des festivals documentaires, il y a de quoi se réjouir qu’une cinéaste ayant tourné avec Michael Fassbender et Shia LaBeouf s’empare d’un tel sujet, lui assurant une projection à Cannes en 2021.

Mais cette visibilité n’est en aucun cas usurpée. Les plans dans les enclos font preuve d’une maîtrise ahurissante : à hauteur de vache, la caméra parvient à se faufiler entre les animaux, suivre leurs déplacements imprévisibles et capter chacune de leurs micro-interactions. Loin de tout anthropomorphisme et dans la tradition du cinéma direct, Andrea Arnold opte pour une mise en scène sobre qui ne force pas l’identification. Toute volonté d’humaniser Luma est annihilée par ses regards-caméra : on croit entrevoir une certaine flamme dans ses yeux avant qu’elle ne tourne la tête, nous renvoyant à son animalité. Peu à peu, la cinéaste se détache de son héroïne tandis que les visages humains et les artifices sonores se font plus présents. Le spectateur ressent alors l’épée de Damoclès qui pèse sur Luma, la ramenant à sa fatalité de vache exploitée et bientôt abattue. Cet entre-deux esthétique séduit : Andrea Arnold assume son regard de cinéaste tout en refusant de dramatiser le banal.

On mesure l’ampleur de la réussite de Cow quand, au détour d’un plan sur un avion ou un feu d’artifice, l’humanité nous semble soudain bien lointaine. Pourvu que l’on accepte de s’ennuyer un peu ou de ne pas toujours savoir quoi en penser, cette sensation justifie à elle-seule l’expérience.

Cow / de Andrea Arnold / Royaume-Uni / 1h34 / Sortie le 30 novembre 2022

Auteur : Corentin Brunie

Grand admirateur de Kieślowski, Tsukamoto, Bergman et Lars Von Trier, je suis à la recherche de films qui me bousculent dans mes angoisses et me sortent de ma zone de confort. Cinéphile hargneux, j’aime les débats passionnés où fusent les arguments de mauvaise foi. En parallèle de l'écriture de critiques, j’étudie le montage à l’INSAS et je réalise ou monte des courts-métrages à côté.

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