En nous quittant en octobre 2023, le cinéaste Terence Davies nous laisse Les Carnets de Siegfried, œuvre testamentaire et crépusculaire sur le poète Siegfried Sassoon. Bien qu’on aurait aimé qu’il ne soit pas le dernier, le film constitue finalement presque un long-métrage somme de tous ceux du réalisateur. Les thèmes qui lui sont chers – la mémoire, la guerre, la souffrance psychique ou la religion – y sont déployés avec une absolue maîtrise, faisant des Carnets de Siegfried un film qui, dans sa retenue, atteint des sommets.
Après un film d’études sélectionné à la Semaine de la Critique à Venise, Timm Kröger était l’année dernière de retour au festival italien mais, cette fois, en compétition. Il propose avec Universal Theory un film noir vertigineux, teinté d’humour et truffé de références…
Peux-tu nous en dire un peu plus sur la genèse du projet ? Avais-tu déjà un certain intérêt pour les mathématiques et la physique ou est-ce venu lors des recherches pour le film ?
Je vais essayer d’être concis ! Je crois que j’avais déjà un fort intérêt pour les maths et la physique lorsque j’étais adolescent. Mais c’était surtout engendré par des films hollywoodiens qui n’en parlaient pas très sérieusement, comme Good Will Hunting ou A Beautiful Mind. En devenant cinéaste, j’ai ensuite oublié un peu tout ça car on vous apprend à vous concentrer sur la part moins rationnelle de votre conscience pour faire des films – c’est une façon un peu courtoise de dire que j’ai senti mon cerveau un peu dépérir en école de cinéma ! (rires). Il y a 11 ans, j’ai fait un film qui s’appelait The Council of Birds et qui se déroulait en 1929. C’est après l’avoir réalisé que nous avons décidé de faire une trilogie de films, pour couvrir en partie l’histoire du 20ème siècle. Le premier traite de la fin de l’ère de la musique romantique et de la forêt allemande, des idées musicales qui flottaient dans l’air à cette époque. Et, de façon organique, c’est ce premier film qui m’a mené au deuxième. J’ai voulu qu’il soit sur les années 60 mais je ne savais pas encore sur quoi précisément jusqu’à ce que je pense au titre : Die Theorie von Allem. En allemand ça veut dire très littéralement la Théorie de tout. Une fois que j’ai eu ce titre, j’ai compris que ça allait se passer en 1962, dans les montagnes suisses, avec un physicien, du ski et un sombre secret caché dans un hôtel…
Tout cela t’est simplement venu à partir du titre ?
Dans Universal Theory («La théorie du tout»), Timm Kröger parvient à réaliser un film sur ce qu’il y a d’universel dans le cinéma : ces petits riens et ces grands tout qui ont fait ses beaux jours et qui garantissent ses succès à venir. Il y a effectivement en Universal Theory, un film noir exemplaire, qui rend hommage autant qu’il innove.
En début d’année dernière, Charlotte Wells avait déjà, par le médium du cinéma, brisé toute logique temporelle en se mettant en scène avec le personnage de son père, au même âge, le temps d’une soirée. En ce début d’année 2024, un autre britannique, Andrew Haigh, nous propose de pousser le curseur plus loin en racontant l’histoire d’Adam, un jeune scénariste solitaire qui, parfois, va rendre visite à ses parents, décédés depuis longtemps.
Priscilla Presley fut toujours institutionnalisée : sous la tutelle de ses parents, puis celle de l’école, puis celle du père d’Elvis et enfin celle d’Elvis. Elle est enfant, élève et femme mariée. Sofia Coppola utilise le médium filmique, et son propre statut par rapport à son actrice, pour retranscrire la vie de Priscilla : elle l’habille, la maquille, la coiffe, chorégraphie ses mouvements, scripte ses paroles et observe ses actes.
La figure de Leonard Bernstein était faite pour le cinéma. D’abord, car il est l’un des seuls chefs d’orchestre américains reconnus à l’international, il était donc évident que les studios de production finiraient par s’en saisir. Ensuite, parce qu’il dirige de façon particulièrement cinégénique ; il existe d’ailleurs pléthore de matériaux visuels (interviews, leçons ou concerts) permettant de l’imiter ou, rendons à Cooper ce qui est à Cooper, de recréer l’image de Bernstein, à la perfection. Le fait que son œuvre de compositeur soit toujours exploitée – un récent remake de West Side Story par Steven Spielberg – et que son histoire personnelle soit dans l’air du temps – il affichait une sexualité décomplexée – achevaient de faire de ce 20 décembre 2023 le moment propice à la sortie, très attendue, de Maestro.
« Lorsqu’elle vous a quitté, Valérie a fait de vous un personnage de tragédie » affirme Youssef à Étienne. La rencontre entre Valérie et Etienne, leur idylle et la naissance de Rosa nous sont montrés succinctement, sans dialogue. Les événements s’enchainent, jusqu’au jour où Valérie laisse Etienne, avec Rosa dans les bras. À ce moment là, il devient non seulement un personnage de tragédie mais aussi, et surtout, un personnage de cinéma.
Nora et Hae Sung sont de très bons amis d’enfance, ils n’envisagent pas la vie l’un sans l’autre. Mais lorsque la famille de Nora émigre aux États-Unis, leur relation s’arrête abruptement. Et ce jusqu’à ce que Hae Sung parvienne à retrouver Nora grâce aux réseaux sociaux et à reprendre contact avec elle. Des deux enfants jouant à grimper sur les statues d’un jardin en Corée, on retrouve le regard enjoué lorsque les deux adultes se rencontrent des années après, dans un parc américain.
La comédie musicale de Pierre Koralnik réalisée en 1967 pour la télévision est un ovni formel et un cadeau sonore pour tous les aficionados de Serge Gainsbourg. Le réalisateur fait de son coup de foudre amoureux la prise d’une photo – un coup de flash ? – comme l’avait précédemment fait Stanley Donen dans Funny Face (1957). La muse n’est plus ici Audrey Hepburn mais Anna Karina, au sommet de son charme.