On avait l’habitude d’appréhender l’œuvre de Mélanie Laurent sous l’angle de la poésie, de l’intimité et de l’émotion (notamment avec Respire, sélectionné à La Semaine de la Critique à Cannes, en 2014). Avec Voleuses, elle signe un film d’action décalé, une comédie dramatique féministe en contre-point des blockbuster américains éminemment masculins. C’est en cela original, mais le film obéit malheureusement la plupart du temps au cliché et au formatage.
Il n’est pas exagéré de décrire Hayao Miyazaki comme l’un des plus grands réalisateurs de notre temps. Des films comme Princesse Mononoké, Mon voisin Totoro ou Le château ambulant ont bercé l’enfance de générations entières et ont rempli leur imaginaire de nourriture délicieuse, de forêts magiques et de petites bestioles adorables – aussi bien que de traumatismes indélébiles. Bien que des rumeurs circulent déjà sur un nouveau projet du maître, Le Garçon et le Héron condense néanmoins en une explosion débordante la somme de son œuvre, et plus encore.
Après le prix du jury au festival de cannes en 2019, le réalisateur brésilien revient avec un documentaire multiforme à la richesse démentielle. Que cela soit pour dessiner les portraits de sa famille ou des salles de cinéma de son quartier, Kleber Mendonça Filho pose son regard mélancolique et plein d’empathie avec une maitrise cinématographique impressionnante sur laquelle il a accepté de se confier.
Portraits Fantômes couvre l’industrie du cinéma de Recife étalée sur une large période tout en narrant l’histoire de votre maison familiale, ce qui résulte en une grande masse d’information et un rythme de montage assez rapide. Pourtant, tout parait cohérent et parfaitement fluide. Comment vous êtes-vous organisé ?
J’avais des idées écrites sur des carnets, des calepins ou même sur mon téléphone mais le film n’avait pas de scénario, ainsi tout s’est décidé au montage, un processus très long car rien n’était réellement prévu à l’avance. Je ne suivais aucune règle ou idée préconçue, il s’agissait d’écouter et de faire attention aux besoins de l’œuvre. Par exemple, un passage faisait défiler une collection d’anciens films et cela paraissait trop pragmatique, sec. Il faut trouver de quoi le film parle, où il se dirige, et je n’étais pas satisfait du montage. J’ai lentement pris conscience des plus grandes difficultés, dont l’une était que ma femme et moi avions décidé de déménager, de quitter cette maison dans laquelle j’avais vécu tout ma vie. Il y avait cette impression de changement imminent, de devoir abandonner tout un pan de ma mémoire, de souvenirs très forts que j’ai de cet endroit. J’ai redécouvert, entre autres, les nombreux films amateurs que j’y avais tournés avec des amis, surtout de l’horreur, avec beaucoup de faux sang. Je trouvais beau de montrer cette maison à travers les nombreuses archives que j’avais en ma possession, que cela soit des vidéos VHS ou Betacam. C’est ainsi que l’on peut photographier le temps : voir la même pièce évoluer sur une vingtaine d’années, d’abord en 35 mm, puis VHS, puis en film. J’ai fait de nombreuses découvertes, retrouvé des souvenirs enterrés comme ces photographies de fantômes et un ami déclarant que j’étais médium. Tous ces éléments ont formé la première partie du film pour une durée d’environ vingt-cinq minutes, alors que cinq étaient prévues à l’origine.
Votre film est chapitré, en commençant d’abord par la maison de votre famille, puis le cinéma du quartier, comme dans un mouvement d’expansion continu. Est-ce une structure qui est apparue très tôt dans la conception de l’œuvre ? Ou plus en aval, lors du montage ?
Aujourd’hui, 41% des femmes vivent sous des législations restreignant leur droit à l’avortement et près de 39 000 d’entre elles meurent tous les ans des suites d’avortements non-sécurisés. La lutte pour ce droit essentiel, qu’elle vise à l’acquérir ou à le conserver, demeure alors plus qu’actuelle. Dans En bonne compagnie, Silvia Munt nous ramène en 1977, le long de la côte basque, à la frontière espagnole, où l’avortement ne sera dépénalisé que huit ans plus tard et les activistes sont traînées en procès pour avoir aidé des femmes à avorter.
Françoise croit aux prémonitions, ou elle n’y croit pas mais y trouve un certain confort. Les questionnements qui l’animent trouvent leurs réponses dans un pendule qu’elle ne quitte jamais. Comme toutes les adolescentes, la force de ses envies l’inquiète. Quoi de plus simple alors que de délaisser son libre arbitre au profit de ce pendentif magique. Mais lorsque Françoise rêve qu’elle va mourir, il lui faut donc acter sur tous ses désirs pendant sa dernière nuit ; à savoir : boire, danser, embrasser un garçon et passer la nuit avec lui.
Réalisé entre deux œuvres imposantes, Les Misérables et Germinale, Le Nabab d’Albert Capellani est un film social et intimiste, lui aussi adapté d’un roman d’Alphonse Daudet. Il dessine le parcours du forgeron Bernard Jeansoulet, frère aîné de Louis, qui trouve un emploi à Paris, et se laisser griser par l’atmosphère enivrante de la capitale. Bientôt, il est accusé à tord par une femme qu’il convoite de lui avoir dérobé, à tord, un sac contenant ses bijoux, et se voit écoper de cinq ans de prison. Bernard, pour ne pas inquiéter sa mère, n’en souffle mot, et part lui aussi, à la conquête des villes, et surtout d’argent. Il s’enrichit, mais la concupiscence le rattrape.
Un Prince débute tel un doux conte, sur la tendre voix de Françoise Brown, directrice d’un centre de formation pour jardiniers, avant de basculer sur celle d’Alberto, professeur, puis de Pierre-Joseph, élève et futur protagoniste de ce récit au passé. Mais Un Prince débute également sur un étrange parti-pris : celui de limiter la parole des personnages principaux à des voix-off, doublées par des interprètes différents de ceux visibles à l’écran. D’entrée de jeu, la nouvelle œuvre de Pierre Creton fait donc l’objet d’un décalage par rapport aux êtres polymorphes qu’elle filme.
La première séquence d’Alice dans les villes s’ouvre sur un avion qui plane dans le ciel, métaphore du voyage que vont entreprendre le protagoniste, un photographe et journaliste esseulé, et une petite fille, Alice, laissée pour compte par sa mère, rencontrée à l’aéroport, et remise aux mains de Phillip. La caméra pivote et nous retrouvons Phillip, appareil photo en main, prendre un cliché de la mer, la mer qui rappelle la mère, le point final de l’aventure.
Une scène introductive ancrée dans la réalité d’une prise de bec entre un père (Romain Duris) et son fils (Paul Kircher) dans les embouteillages – le cinéma étant peut-être le seul lieu où une sortie de véhicule dans de telles circonstances pour circuler entre les voitures devient banale – se poursuit par la surprise de leur rencontre avec un homme ailé, le corps attelé, se propulsant hors d’une ambulance. Si nous sommes, en premier lieu, persuadés que cet évènement est aussi inédit pour les personnages que pour le spectateur, nous découvrons que ce phénomène n’est pas totalement nouveau pour François et Emile. Dès lors, s’ouvrent les portes de l’univers science-fictif. Car une manifestation récente et complexe de mutation de l’Homme vers l’animal sévit. Ou bien libère t-elle ? Des centres spécialisés contrôlent l’évolution de ces individus. Lana, la mère d’Emile est elle-même touchée par ce changement. François décide de tout quitter pour partir avec son fils à la recherche de sa femme, alors qu’elle s’est enfuie du centre spécialisé qui la soignait.