Le Règne animal

Au cinéma le 4 octobre 2023

© Nord-Ouest Films / StudioCanal / France 2 Cinéma / Artémis Productions

Une scène introductive ancrée dans la réalité d’une prise de bec entre un père (Romain Duris) et son fils (Paul Kircher) dans les embouteillages – le cinéma étant peut-être le seul lieu où une sortie de véhicule dans de telles circonstances pour circuler entre les voitures devient banale – se poursuit par la surprise de leur rencontre avec un homme ailé, le corps attelé, se propulsant hors d’une ambulance. Si nous sommes, en premier lieu, persuadés que cet évènement est aussi inédit pour les personnages que pour le spectateur, nous découvrons que ce phénomène n’est pas totalement nouveau pour François et Emile. Dès lors, s’ouvrent les portes de l’univers science-fictif. Car une manifestation récente et complexe de mutation de l’Homme vers l’animal sévit. Ou bien libère t-elle ? Des centres spécialisés contrôlent l’évolution de ces individus. Lana, la mère d’Emile est elle-même touchée par ce changement. François décide de tout quitter pour partir avec son fils à la recherche de sa femme, alors qu’elle s’est enfuie du centre spécialisé qui la soignait. 

Le Règne animal est de ces films où opère la métamorphose. Métamorphose du corps. Alors qu’Emile continue sa vie d’étudiant dans un nouveau lycée, soudain, ses camarades sont témoins de ses surprenants réflexes, de ses attitudes primitives. Quel animal devient-il à son tour ? Transformation de son corps, développement des poils, mutation de la voix, odeurs corporelles, besoin d’intimité, recherche de lien social en dehors du cercle familial : au fur et à mesure du récit, un net parallèle s’établit entre les caractéristiques adolescentes d’Emile et sa métamorphose. Comme un enfant, il ne sait pas en quoi il se transforme, et alors même que son fils s’émancipe, François continue de vouloir occuper le rôle du protecteur. 

Métamorphose de certains individus, appelés par les uns « les malades », « les victimes » et par les autres, « les créatures », « les monstres », « les bestioles ». Le spectateur éprouve une grand compassion pour ces êtres pourtant fictifs. Et si nous avons même le réflexe, à la rédaction de cette critique, d’utiliser pour les qualifier un langage inclusif, c’est bien parce que Le règne animal met en exergue une forme de discrimination entre les humains et ces êtres mutants. L’Homme perpétue malgré lui une idéologie postulant une hiérarchie des races. 

Métamorphose dans une société de surveillance, Thomas Cailley met en image nos propres limites humaines : installer une cohabitation durable avec des chiens que l’on prénomme Albert mais exclure une nature qui reprendrait ses droits de manière inverse. Pour nous, êtres enclins au contrôle, nos centres médicaux enfermants et nos chirurgies correctrices sont nos seules armes, pour que, coûte que coûte, nous puissions sauver notre propre reflet. Difficile d’accepter le mélange et le changement quand nous n’en sommes pas les initiateurs. Dans un climat d’évènements qui nous sont contemporains tels que l’état d’urgence, les couvre-feux, ou encore les dérèglements climatiques Le Règne animal trouble tant il s’ancre dans une proche réalité – et par là nous fait presque oublier sa dimension fantastique. Un cri d’indépendance vers la jungle de la liberté. 

Le Règne animal / De Thomas Cailley / Avec Romain Duris, Paul Kircher, Adèle Exarchopoulos / France / 2h08 / Sortie le 4 octobre 2023.

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Auteur : Lise Clavi

Lise. Fondamentalement indécise, mais de cinéma, définitivement éprise. Mon année à travailler pour des festivals cinématographiques, mon temps libre à cultiver mon intérêt pour l’actualité artistique. Décoller vers une nouvelle destination pour filmer de nouveaux horizons.

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