
Claude Schmitz revient après Lucie perd son cheval et Braquer Poitiers avec une nouvelle itération d’un cinéma pour le moins éclectique.
Au fil de seulement deux films dont un moyen métrage, le cinéaste a déjà forgé un style au sein du paysage cinématographique francophone. Le jeune belge s’accroche à des tropes esthétiques plutôt ostentatoires ; plans larges privilégiés aux gros plans, et lumières très inspirées des pellicules colorées faisant le bonheur des salles d’exploitation des années 80. Le tout contrastant avec des personnages bourrus aux préoccupations triviales, directement issues du folklore ardennais. Si Braquer Poitier jouait davantage sur lesdites figures, prenant le temps de rendre touchante la moindre silhouette passant devant la caméra, Lucie perd son cheval lorgnait davantage sur son bord esthétique. L’Autre Laurens en est ainsi une synthèse, un esthétisme marqué associé à ces corps marqués des mains aux poumons, à ces grandes gueules attachantes.
Sur le papier, la recette est prometteuse. Devant l’écran la sauce ne prend malheureusement pas… Le maniérisme kitsch tarde à trouver un équilibre si fragile avec le sérieux que le film tend à imposer, dans ses sujets comme dans son rythme (bien que l’image ait quelques fulgurances). Une certaine lenteur prend en effet le pas dans la première partie du film, supplantée par un scénario trop artificiel qui se doit d’avancer. Artificiel puisque faussement complexe, prenant des détours mystiques, parfois grossiers qui nous éloignent d’une lecture sensible des protagonistes, que l’interprétation (dans sa majorité) sauve cependant, comme dans les précédentes œuvres du cinéaste, délectables d’épaisseur, de toutes ces mimiques, ces intonations, ces manières qui donnent corps à un texte.
Et c’est assurément là qu’il faut attendre Schmitz au prochain tournant. Puisqu’à l’évidence, ce n’est pas avec L’Autre Laurens que le jeune cinéaste montre la plus grande étendue de son talent.
L’autre Laurens / De Claude Schmitz / Avec Olivier Rabourdin, Louise Leroy, Kate Moran / France / 1h57/ sorti le 4 octobre 2023