Quatre figures féminines séparées par le temps mais unies par une même lignée de souffrance incarnent autant de déclinaisons d’un destin supplicié. La douleur y circule comme un legs empoisonné se transmettant d’un corps à l’autre avec la force d’une malédiction, jusqu’à s’alourdir en pulsions suicidaires. À la manière des Atrides, les existences des Echos du passé semblent prises dans l’étau d’une fatalité héréditaire traversées par des forces morbides qui les excèdent. Toutes s’abandonnent littéralement à un mouvement de chute inexorable, aspirées vers l’abîme.
Autant rejeté par l’extrême droite – interdit dans plusieurs festivals israéliens, le film n’a toujours pas de distributeur là-bas – que par une certaine partie de l’extrême gauche, taxant notamment sa production partiellement israélienne, Oui affiche le curieux paradoxe d’un film nommé autour de l’expression d’une adhésion étant sujet à opposition. Tous ces rejets, aussi intéressants puissent être certains (peut-on séparer une œuvre de sa production ?), partagent néanmoins un élément commun : aucun des détracteurs principaux du nouveau film de Nadav Lapid ne semble l’avoir vu. Que toutes ces voix soient entendues est une chose, mais celle du film, en tant que forme artistique et donc politique, semble avoir été muselée. Oui a pourtant des choses à dire.
Le 7 mai dernier, Parlement a fait son retour sur la plateforme france.tv, avec la diffusion de sa dernière saison. La série franco-germano-belge offre un final à la hauteur de ce qu’elle a été jusqu’à présent : une satire grinçante à l’acuité politique sans pareille.
À l’évolution standard du cinéaste installé — affirmant son style par effet de complexification ou de densification — Christian Petzold fait figure d’exception, tant sa filmographie semble viser progressivement son propre évidement. Nouvelle variation autour de Vertigo après Phoenix, sorti en 2014, Miroirs No. 3 permet précisément de constater l’horizon esthétique de l’auteur.
Le titre du film est évocateur. Langue étrangère, le troisième long-métrage de Claire Burger, est une histoire de langues : deux organes qui se rencontrent au moment de l’échange d’un baiser ; mais aussi une communication entravée par des mots que l’on cherche, que l’on ne trouve pas, et qui séparent.
Il était une fois un téléphérique à la peinture orange et écaillée qui traversait une vallée verdoyante, où les fruits juteux se ramassent à l’épuisette et où des bouteilles de vin atterrissent dans des bottes de foin. Il était une fois deux opératrices de téléphérique, qui se croisaient toutes les demi-heures et tombaient amoureuses, sans un mot. Il était une fois un petit monde féérique où nous convie Veit Helmer avec ce film muet, empreint d’une agréable folie douce mais qui peine cependant à tenir la distance.
Après un film d’études sélectionné à la Semaine de la Critique à Venise, Timm Kröger était l’année dernière de retour au festival italien mais, cette fois, en compétition. Il propose avec Universal Theory un film noir vertigineux, teinté d’humour et truffé de références…
Peux-tu nous en dire un peu plus sur la genèse du projet ? Avais-tu déjà un certain intérêt pour les mathématiques et la physique ou est-ce venu lors des recherches pour le film ?
Je vais essayer d’être concis ! Je crois que j’avais déjà un fort intérêt pour les maths et la physique lorsque j’étais adolescent. Mais c’était surtout engendré par des films hollywoodiens qui n’en parlaient pas très sérieusement, comme Good Will Hunting ou A Beautiful Mind. En devenant cinéaste, j’ai ensuite oublié un peu tout ça car on vous apprend à vous concentrer sur la part moins rationnelle de votre conscience pour faire des films – c’est une façon un peu courtoise de dire que j’ai senti mon cerveau un peu dépérir en école de cinéma ! (rires). Il y a 11 ans, j’ai fait un film qui s’appelait The Council of Birds et qui se déroulait en 1929. C’est après l’avoir réalisé que nous avons décidé de faire une trilogie de films, pour couvrir en partie l’histoire du 20ème siècle. Le premier traite de la fin de l’ère de la musique romantique et de la forêt allemande, des idées musicales qui flottaient dans l’air à cette époque. Et, de façon organique, c’est ce premier film qui m’a mené au deuxième. J’ai voulu qu’il soit sur les années 60 mais je ne savais pas encore sur quoi précisément jusqu’à ce que je pense au titre : Die Theorie von Allem. En allemand ça veut dire très littéralement la Théorie de tout. Une fois que j’ai eu ce titre, j’ai compris que ça allait se passer en 1962, dans les montagnes suisses, avec un physicien, du ski et un sombre secret caché dans un hôtel…
Tout cela t’est simplement venu à partir du titre ?
Dans Universal Theory («La théorie du tout»), Timm Kröger parvient à réaliser un film sur ce qu’il y a d’universel dans le cinéma : ces petits riens et ces grands tout qui ont fait ses beaux jours et qui garantissent ses succès à venir. Il y a effectivement en Universal Theory, un film noir exemplaire, qui rend hommage autant qu’il innove.
Sur les murs blancs ou beiges des affiches de films, photos ou cartes postales dénotent de par leurs couleurs. Fabian Stumm met en scène ses personnages par rapport à l’arrière plan de façon à ce que ces motifs carrés rappellent les bulles de pensée que l’on trouvent dans les bandes dessinées. Jonathan écrit une histoire d’amour qui se termine et derrière lui, au dessus de sa tête, sont affichées des photos de lui et de Boris enfants, comme le rappel d’une intimité partagée qui traverse en ce moment même l’esprit de l’écrivain.
Un an après l’errance de deux solitaires dans Alice dans les villes, Wim Wenders retrouvait celui qui deviendra son acteur fétiche, le blond taciturne et séduisant Rudiger Vögler, dans Faux mouvement, nouveau road movie cette fois-ci en couleurs mais autrement plus grisâtre dans le ton, épaississant un style et un univers fondés sur le sentiment postmoderne de l’épuisement et celui romantique du désenchantement, sources d’un besoin immodéré de mouvement.