L’état d’une époque passée. L’espoir d’un avenir meilleur. Il reste encore demain tisse par son sujet comme par sa forme, de nouvelles perspectives. « Il reste encore » : dans une position de maintien et sans baisser les bras, des actions sont encore à accomplir. « Demain ».
En nous quittant en octobre 2023, le cinéaste Terence Davies nous laisse Les Carnets de Siegfried, œuvre testamentaire et crépusculaire sur le poète Siegfried Sassoon. Bien qu’on aurait aimé qu’il ne soit pas le dernier, le film constitue finalement presque un long-métrage somme de tous ceux du réalisateur. Les thèmes qui lui sont chers – la mémoire, la guerre, la souffrance psychique ou la religion – y sont déployés avec une absolue maîtrise, faisant des Carnets de Siegfried un film qui, dans sa retenue, atteint des sommets.
“En Guinée libre, il n’y aura pas de Messieurs. Ni blancs, ni noirs” : si Nome a trait à une désillusion, c’est bien autour de cette promesse égalitaire, martelée fièrement par les guérilleros du PAIGC (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée) pendant la guerre. Contrairement à Sambizanga, qui prenait à bras le corps l’oppression portugaise subie par le peuple et les résistants dans un naturalisme rude mais in fine optimiste, Sana Na N’Hada oppose désormais un regard contemporain, débarrassé de l’espoir et gagné par une triste ironie.
Après deux prix à la Berlinale dans la sélection Panorama, les prix du meilleur film de l’année 2023 et du meilleur scénario au Deutscher Filmpreis, le prix du meilleur scénario aux European Film Awards… La salle des profs de İlker Çatak est en lice pour les Oscars ce dimanche 10 mars, dans la catégorie « meilleur film étranger ». S’il a des adversaires de taille, le thriller allemand mêle habilement et de manière déroutante les sujets de société actuels au sein d’un établissement scolaire.
“We all know it’s our deadly passion, our terrible joy”, déclare Enzo Ferrari (Adam Driver) à ses pilotes et autres collaborateurs, agglutinés à table autour de lui. À l’aune de ces paroles, il n’est pas difficile de voir ce qui a tant passionné Michael Mann dans cette nouvelle personnalité masculine, autant Messie de l’automobile qu’Antéchrist semant la mort. L’apparence froide et grisonnante (Collateral), les démons de la célébrité (Ali), l’affect détaché (Heat) : Enzo endosse à lui-seul le spectre de plusieurs masculinités évoquées précédemment par l’auteur. Mais à la possible redite, Mann oppose consciemment un regard détourné sur son sujet qui, à défaut d’une réinvention totale, propose un pas de côté pertinent.
Éclipsé peu ou prou par son prédécesseur culte, Lady Vengeance, ultime segment d’une « trilogie de la vengeance » de Park Chan-wook, retrouve avec ses deux aînés Old Boy (2003) et Sympathy for Mister Vengeance (2002) la lumière des salles. L’occasion rare de (re)découvrir peut-être ce rubis devenu au fil des ans discret, emblématique du style corrosif et chiadé du cinéaste, acteur fécond avec ses pairs Bong Joon-ho et Kim Jee-woon d’un âge doré du cinéma sud-coréen.
Dix ans après le remarqué Timbuktu, Abderrahmane Sissako vient dresser le portrait sensible et empreint de poésie d’une jeune femme ivoirienne, Aya, qui émigre en Asie, après avoir dit non le jour de son mariage. On retrouve le thème cher au cinéaste de l’exil, porté par une histoire d’amour entre les deux protagonistes de Black Tea : Cai, chinois d’une quarantaine d’années, gérant d’un magasin de thé, qui enseigne à Aya les règles et coutumes liées à sa préparation et sa dégustation.
Prison à ciel ouvert dans La Libertad, quête illusoire de rédemption dans Los Muertos et Jauja : chez Lisandro Alonso, les espaces naturels sont le théâtre d’un enfermement. Eureka prend initialement ce même chemin figuratif, à travers un faux western ironique, citant directement le cow-boy incarné par Viggo Mortensen dans le précédent film. Soudain, d’un cut brutal, Alonso balaye d’un revers de la main la fiction – la sienne et celle des autres – pour imposer un retour nécessaire au réel.
La musique résonne, une pulsation sourde, rythmique, malsaine. Le tempo s’accélère, les corps défilent, rapides, élégants, regard fixé sur la caméra, main sur la hanche. C’est une spirale qui se forme sous nos yeux, des silhouettes qui s’enchaînent, points noirs sur fond blanc, un vortex sans fin de mannequins et de spectateurs qui nous avale sans possibilité d’échappatoire. C’est ainsi que s’ouvre le nouveau film de Xavier Legrand, qui revient après Jusqu’à la garde pour continuer sa »trilogie du patriarcat » et interroger une nouvelle fois le système pervers de la violence masculine.
L’Empire semble exister autour d’une seule image : un croiseur interstellaire posée sur les plages de la côte d’Opale. Déjà amorcée dans Coincoin et les Z’inhumains, cette rencontre entre l’univers de Bruno Dumont et de la science-fiction va ici plus loin, transplantant à la relative simplicité du body-snatcher la démesure du space-opera.