Dans Nuremberg, James Vanderbilt retrace les événements qui mènent au procès historique. Ce qui intéresse principalement le cinéaste ce sont les échanges (fictifs) entre les prisonniers nazis et un psychiatre envoyé par l’armée américaine pour étudier leur comportement et éviter toute tentative de suicide. Un programme alléchant que Nuremberg réduit rapidement et efficacement à néant.
Finir. Voilà la pierre d’achoppement sur laquelle trébuche un grand nombre de séries. Par définition, la série est conçue pour s’inscrire dans la durée, et sa longévité est souvent subordonnée à son succès : plus l’audience est grande, plus la durée de vie de la série augmente. En 2015, dans sa sixième et dernière saison, Downton Abbey mettait un premier point final aux histoires de la famille Crawley et de ses domestiques. Mais depuis, la série britannique, qui a progressivement gagné ses lettres de noblesse outre-Atlantique, n’en finit pas de finir. Victime de son succès, elle a commencé à ressusciter au cinéma, dans un premier film pâlot (Downton Abbey, 2019) puis dans un deuxième opus plus convaincant (Downton Abbey 2 : Une nouvelle ère, 2022), où la merveilleuse Maggie Smith nous faisait ses adieux. Il y avait de quoi être sceptique à l’annonce d’un énième volet au titre quelque peu présomptueux, Downton Abbey : Le grand final. Fan service ou réel au revoir ? Il semble que Julian Fellowes, le créateur et producteur de la série, soit devenu raisonnable, en laissant enfin tranquille sa poule aux œufs d’or. La série Downton Abbey tire donc joliment sa révérence, sans avoir été trop élimée.
Un parfait inconnu est certainement à la hauteur de son titre. À l’instar de Todd Haynes, qui signait I’m Not There il y a dix-sept ans, James Mangold n’ambitionne pas de percer le mystère qu’est Bob Dylan. Le cinéaste, déjà aguerri dans l’art du biopic, choisit avec Un parfait inconnu d’explorer la transformation de Robert Zimmerman en Bob Dylan en s’inscrivant dans les rouages classiques du genre qui visent à venir cueillir le succès d’une légende naissante.
« Sodade, sodade… » Dans Je suis toujours là, le nouveau film du brésilien Walter Salles, la voix de la chanteuse Cesaria Evora déplore le tiraillement causé par l’absence et la séparation. La chanson résonne avec la douleur qu’éprouve Eunice Paiva (Fernanda Torres, bouleversante) suite à l’arrestation et à la disparition inexpliquée de son mari, Rubens Paiva. Le sentiment intraduisible de la « sodade », tout à la fois mélancolie, nostalgie et espoir de retrouver ce qui a été perdu, innerve le film jusqu’à son titre qui exprime une résistance face à la disparition.
Pour sa quatrième fois en compétition au Festival de Cannes, Andrea Arnold revient avec un film qui, de prime abord, semble dûment poursuivre l’esthétique et les thématiques qui la caractérisent. Comme à son habitude, la réalisatrice déploie un cinéma instinctif en filmant au plus près de son sujet, ici Bailey, avec une caméra à l’épaule visant, en sus de capter les tumultes de l’adolescence et la gravité du monde, à incarcérer son personnage dans un squat maculé de graffitis au nord du Kent où elle vit avec son père et son grand frère. Cette enfant de 12 ans, au seuil de l’adolescence, et déjà chargée de responsabilités injustifiées à cause de parents trop jeunes pour savoir s’en occuper, nourrit une fascination pour les volatiles. Loin d’être de mauvais augures, les oiseaux jouent un rôle salutaire pour le personnage. Comme eux, elle voudrait s’envoler pour échapper à sa condition précaire mais elle est vite rattrapée par la réalité, séquence d’introduction à l’appui. Bailey, qui capture sur son téléphone des oiseaux dans un geste contemplatif, est brusquement interrompue par Bug (“insecte” qui poursuit la riche onomastique animalière du film), qui débarque tous azimut sur sa trottinette électrique et la reconduit dans le squat.
Un personnage dont on ne sait (et saura) rien conduit vers l’Ouest, espérant arriver jusqu’à la mer. Le film d’Eléonore Saintagnan est baigné d’une lumière estivale, mais la température monte si vite que de la fumée commence à s’échapper du capot… À défaut de la mer, la protagoniste se retrouve coincée au bord d’un lac.
Huitième long-métrage de Michel Franco, Memory orchestre la rencontre de deux âmes blessées : Sylvia, alcoolique en rémission qui élève seule sa fille Anna, et Saul, un homme atteint de démence précoce. L’une est incapable d’échapper au traumatisme inscrit dans sa chair, l’autre ne parvient pas à fixer le moindre souvenir. Un mélodrame beau et triste qui délaisse en apparence la mécanique froide et cynique qui traversait les précédents films du réalisateur mexicain. En apparence. Car toute la réussite de ce film (peut-être le plus beau de son auteur) réside dans le subtil travail de maquillage par l’écriture et la mise en scène qui dessine, sous le vernis chatoyant de la fiction réparatrice, un gouffre d’ambivalence tragique.
Dans un futur plus ou moins proche, les États-Unis ne sont plus unis du tout. L’Amérique est divisée : le Président se terre à la Maison Blanche alors que différentes milices extrémistes combattent pour les pleins pouvoirs. Au sein de ce chaos, subsistent quelques personnes honnêtes et engagées : les journalistes. Ils sont peu nombreux mais tentent de rester neutres dans cette guerre, privilégiant les informations aux idées. S’ils s’affrontent c’est uniquement pour avoir la meilleure citation, le meilleur cliché. Le scoop ultime après lequel ils courent tous ce sont les derniers instants du Président, lorsqu’enfin les forces armées prendront d’assaut sa forteresse.
Le désir peut-il résister au passage du temps ? C’est l’une des questions que pose Lan Yu, film magnifique du méconnu Stanley Kwan, dont une partie de l’œuvre fait l’objet d’une ressortie en salles orchestrée par Carlotta. Réalisé cinq ans après son coming-out out, faisant de Kwan l’un des rares cinéastes ouvertement gays d’Asie, le film raconte l’histoire d’amour qui unit Handong, golden boy de la finance à Pékin, et Lan, un étudiant désargenté qui s’essaie à la prostitution. Le scénario est adapté d’un roman anonyme publié sur internet en 1998 et aborde par un prisme intime la clandestinité forcée des relations homosexuelles dans la Chine post-Mao.
Sept années après La Passion Van Gogh, tableau en mouvement constant, le duo Dorota Kobiela et Hugh Welchman adaptent le roman Les Paysans, classique de la littérature polonaise. Terminé le portrait singulier d’un artiste maudit, La Jeune fille et les paysans ausculte le petit village paysan de Lipce, traversé par les famines, les intolérances et pressions économiques du XIXème siècle. Loin d’être une simple retranscription de l’œuvre de 1904, les réalisateurs proposent ici une lecture plus moderne, concentrée autour des figures féminines à la fois victimes et bourreaux du milieu social ici dépeint dans une fusion renversante du troisième et septième art.