Retour au bercail marseillais après un Twist à Bamako pour Guédiguian, notre Ken Loach provençal, tendance hugolienne plus que zolienne, défenseur fervent des travailleurs, au romantisme obstiné. Retour aussi de sa famille de cinéma presque au complet (Ascaride, Meylan, Darroussin ou encore Robinson Stévenin) pour chercher ensemble, dans la nuit désabusée du marasme politique, les lueurs du possible.
Qu’est-ce qu’un bon Nakache et Toledano ? Question légitime, car après 7 longs métrages parmi lesquels d’immenses succès populaires et critiques (Intouchables, Nos Jours Heureux, Le Sens de la Fête ou encore Hors Normes), on est en droit de s’interroger sur le secret de la réussite des comédies sociales du tandem. Ce qui amène également à disséquer leur 8ème et dernier film, Une Année Difficile, ne réitérant ni la recette ni l’accueil de ses prédécesseurs.
Les films de Michel Gondry commencent souvent par une fuite. On fuit le naufrage d’un amour par l’oubli dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004), l’ennui d’une vie morne dans La Science des rêves (2006), ou encore, dans son dernier long métrage Microbe et Gasoil (2015), la perspective peu réjouissante de vacances en famille. Le Livre des solutions s’ouvre ainsi par une fuite physique, une sortie de champ, qui n’est autre que l’évasion d’un cadre commercial et normatif que Gondry a toujours eu à cœur de contourner.
C’est un premier film intriguant, à l’esthétique marquée, empruntant au genre du thriller tout en peignant poétiquement le portrait d’une enfant livrée à elle-même. Paula raconte l’histoire éponyme de cette petite fille aux traits sauvages, vivant seule avec son père. Alors que les vacances d’été approchent, ils décident de partir dans un endroit reculé : une petite maison au bord d’un lac, aussi perdue et esseulée que le deviendra l’enfant.
Malgré le discret coup d’éclat que fut Guy, lequel a fait soudainement d’Alex Lutz un cinéaste à prendre au sérieux, c’est prudemment que l’on aborde Une Nuit, avec l’intuition qu’elle risque d’être longue. Il faut dire qu’on le sent venir, le Before Sunrise (Richard Linklater, 1995) version quinquas, un peu vulgaire et bovaryste, au romantisme sirupeux. Certains retours cannois en propageaient la saveur, tout comme la bande-annonce. Quelques vents que le film, et c’est heureux, dissipe. En grande partie.
Il fallait bien une rencontre, entre les réalisateurs Paul Saintillan et Jeanne Aslan, pour narrer celle de Fifi (Céleste Brunnquell) et Stéphane (Quentin Dolmaire). En résulte un film au titre trompeur, et même erroné. La grâce de Fifi, couronnée par le grand prix du festival de San Sebastian, est tapie dans la relation trouble entre les deux protagonistes que tout rapproche, parce que tout les oppose.
Après la jeunesse d’un auteur (The Fabelmans), les coulisses d’une salle de projection (Empire of Light), et la décadence de toute une industrie (Babylon), c’est au tour de Frédéric Sojcher de célébrer cette année les vices et les forces du cinéma. Sept ans après une exploration du métier de comédien dans Je veux être une actrice, il se penche dans Le cours de la vie sur la pratique souvent ignorée du scénario.
Kim Chapiron poursuit avec Le Jeune Imam la direction prise par Kourtrajmé (Ladj Ly est d’ailleurs coscénariste du film) dans leur exploration des nouvelles problématiques sociales inhérentes à la vie en banlieue. Chapiron et Ly optent ici pour une approche plus sociologique que spectaculaire contrairement aux précédentes productions du collectif. N’oubliant pas en chemin, voire en exacerbant, le style “Kourtrajmé”.
Les toute premières secondes des Trois Mousquetaires version 2023 annoncent, si l’on veut, la couleur : le film sera sombre, ou ne sera pas ! Fi des casaques bleu roi, du romantisme enthousiaste et des héros irréprochables. Dans une France fracturée, putride, où complots et pulsions belliqueuses font loi, le jeune D’Artagnan (François Civil) n’entre plus à Meung en plein jour, mais sous une nuit lugubre, une pluie corruptrice, où il croise sans la voir la fatale Milady (Eva Green) et son plan diabolique initié par le seul et vrai maître du royaume, le perfide cardinal de Richelieu (Eric Ruf). Début de l’intrigue, et déjà de l’ennui.
Trois ans après Enorme et son succès critique plus que mérité, Sophie Letourneur revient avec Voyages en Italie, une nouvelle comédie hors des sentiers battus, à l’ anti-romantisme rafraîchissant.
Comment est né le projet du film ?
Je l’ai écrit après un voyage en Italie que j’ai fait en 2016 avec le père de mon fils. Le voyage du film y ressemble beaucoup…
La plupart de vos films trouvent un ancrage dans une matière autobiographique, mais vous la remodelez de façon à mettre en lumière son caractère universel. Le générique d’ouverture de Voyages en Italie fait défiler des photos de couples anonymes en vacances en Italie. Était-ce une manière d’inscrire votre expérience individuelle dans une pratique finalement commune ?
Oui, je pense que c’est aussi pour cela qu’il y a un « s » à « Voyages » dans le titre. Quand on était en Italie, j’avais l’impression que tous les couples autour du nôtre faisaient le même voyage pour les mêmes raisons. J’ai trouvé ça drôle, et c’est ce qui m’a donné envie de raconter cette expérience.
Le pluriel du mot « voyage » est aussi un clin d’œil au Voyage en Italie de Rossellini, que le personnage de Philippe Katerine évoque avec Stromboli tandis que vous sillonnez la Sicile. Qu’est-ce que vous aimez dans le cinéma de Rossellini ?
Rossellini, c’est le premier cinéaste à mélanger des plans de documentaire avec des plans de fiction. C’est un pionnier pour cela. Et puis Voyage en Italie, c’est un film qui n’a pas été immédiatement compris à sa sortie. C’est un aspect que j’aime bien dans son travail : il fait de la recherche. Mais même si j’aime bien Voyage en Italie, je crois que j’ai une préférence pour Stromboli.
Dans une interview, vous disiez bien aimer « l’idée de revivre les événements, grâce à un film, pour comprendre ce [qu’il vous] est arrivé, pour que les choses ne s’arrêtent pas trop vite. » Est-ce que c’est pour cette raison que vous jouez dans certains de vos films ?