Dans un vieil hôtel désaffecté, Olfa sourit à la caméra. Devant elle, deux jeunes filles, en pleine lumière. Derrière elle, deux vides, et des silhouettes en contre-jour. Le film s’ouvre sur cette simple déclaration : Rahma et Ghofrane, les deux aînées ne sont plus là. Elles ont été « dévorées par le loup ».
Nanni Moretti était-il malade ? Un film symptomatiquement morettien nous donne pourtant bien rendez-vous en salles dès le 28 juin. Quoi ? Vous dites « Enfin ! » ? Après plus d’une décennie d’attente – nous languissions depuis Habemus Papam aux côtés du cinéma plus convenu que le réalisateur avait fait sien, souffrant d’une carence de son intime particularité et de son originalité profonde : avec Mia Madre en 2015, un passage, soit, par le documentaire quand sort Santiago, Italia en 2018, puis Tre Piani il y a deux ans – nous retrouvons, enfin, ce savoureux style dont nous étions déjà si nostalgiques. Le diagnostic est formel, si Moretti était souffrant, il est à nouveau sur pieds. Il est temps de le retrouver.
Après le tendre Petit Samedi, premier long métrage documentaire, Paloma Sermon-Daï se lance dans la fiction, avec Il pleut dans la maison. À la croisée des chemins entre film de vacances, drame social et récit d’apprentissage, le film brosse le portrait d’un frère et d’une sœur, Makenzy et Purdey, qui, face à une mère instable, sont contraints de quitter précocement l’adolescence. La précarité économique et sociale des personnages s’inscrit dans le titre : aussi poétique soit-il, il est avant tout programmatique. Il ne s’agit pas d’une jolie tournure, mais d’un constat que fait Purdey à ses dépens ; le vasistas de sa chambre n’est plus étanche.
Dans un Nicaragua post-Covid et sous tension à l’approche de nouvelles élections, Trish, une journaliste américaine à qui l’on a confisqué le passeport et la carte de presse, erre, boit et se prostitue en attendant de pouvoir quitter le pays. Lorsqu’elle rencontre un riche et bel anglais au bar de l’hôtel InterContinental, elle croit tenir la personne qui la sortira de ses ennuis. Mais fréquenter le jeune homme finit par la mettre en danger…
Riddle of Fire est une déclaration d’amour couleur pastel, aux pouvoirs de l’imagination, et par là-même, aux puissances du cinéma, filmée à hauteur d’enfant, donc de songes.
Invité à Cannes pour la quatrième fois, Anthony Chen vient cette année présenter Un Hiver à Yanji. Le réalisateur nous a raconté la genèse de cette histoire d’amour peu commune, sélectionnée dans la catégorie Un certain regard.
Grand favori pour le Prix d’interprétation l’année passée pour Red Rocket, Simon Rex était de retour à Cannes cette année pour présenter l’excellent The Sweet East de Sean Price Williams. L’acteur nous a raconté la construction de ce personnage, des plus atypiques :
En 1858, Edgardo Mortara est enlevé à ses parents par les autorités papales. Le jeune garçon de six ans aurait été secrètement baptisé par sa nourrice et ne peut donc pas être élevé au sein d’une famille juive. Il est alors envoyé à Rome à la Maison des Catéchumènes pour recevoir une éducation catholique. Bellocchio filme dans L’Enlèvement la conversion du jeune Edgardo, l’admiration qu’il développe pour le pape Pie IX et, à l’inverse, la perte de crédibilité, d’influence que ce dernier subit en Italie.
Le film de procès est un genre en soit au cinéma, le tribunal a semble-t-il quelque chose d’attrayant pour la mise en scène. Attrait toujours d’actualité, puisque Cannes a aussi vu cette année Le Procès Goldman de Cedric Kahn, tout comme sortait Mon Crime de François Ozon en début d’année. Justine Triet prouve à son tour avec Anatomie d’une chute que le genre est non seulement vivace, mais qu’il est encore propice à la réinvention.
Dans Les Feuilles mortes, Aki Kaurismäki livre un film d’une grande tendresse sur les rencontres furtives entre deux personnages en quête de tout et de rien. Deux personnages qui se trouvent mais qui ont du mal à ne pas se perdre…