Le Rire et le Couteau

Actuellement au cinéma

© Météore Films

À l’aube du XXIe siècle, la représentation fictionnelle du néo-colonialisme est sujette à plusieurs biais. Un thriller farcesque et conradien dans un Tahiti anticipé (Pacifiction), un récit fleuve et romanesque dans l’Oklahoma des années 1920 (Killers of the Flower Moon), un drame atmosphérique à Madagascar au début des années 70 (L’Île rouge) : ces quelques essais récents partagent une tendance aux détours — qu’ils soient esthétiques, narratifs ou temporels — pour aborder la question. En bref, regarder le contemporain par l’ailleurs : un ailleurs situé dans le passé chez Scorsese et Campillo, ou au conditionnel chez Serra. C’est également dans cette forme conditionnelle que s’ancre, à première vue, Le Rire et le Couteau, nouveau long-métrage de Pedro Pinho, suivant Sergio, un jeune ingénieur portugais envoyé dans une ville fictive de Guinée-Bissau pour rédiger un rapport d’impact préalable à la construction d’une route traversant la région.

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Black Dog

Actuellement au cinéma

© Memento Distribution

Fort d’une dizaine de long-métrages, le cinéaste chinois Guan Hu n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais eu les honneurs d’une distribution sur le territoire français. Plutôt portés sur le grand spectacle guerrier, conformes à l’agenda politique du régime, ses films précédents paraissaient effectivement peu compatibles avec la liberté de ton et les canons esthétiques associés à la figure de l’auteur chère au cinéma hexagonal. Il aura donc fallu attendre Black Dog, passé par le Festival de Cannes duquel il repartit couronné du prix Un certain regard, pour que nous puissions découvrir l’œuvre de ce réalisateur chevronné, habitué des superproductions bardées d’effets numériques.

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Interview avec Roberto Minervini

© Arnaud Combe

Vous êtes principalement reconnu pour votre travail documentaire sur des communautés marginalisées des États-Unis. Qu’est-ce qui vous a incité à opérer ce saut temporel et à vous orienter vers une reconstitution de la guerre de Sécession ? 

Les Damnés a germé peu après l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021, un événement qui révélait l’image troublante d’une démocratie vacillante sous l’impulsion d’une frange masculiniste de la population. Mon intention était de remonter le cours de l’Histoire et d’établir une analogie entre la situation actuelle et cette guerre où les hommes luttaient physiquement pour l’avenir de l’Amérique. Si cette période est souvent perçue comme un moment d’unité, elle marque en réalité le point de départ de nos divisions. 

La cohésion n’est jamais réellement au cœur du film. Les Damnés repose sur l’idée que la guerre est avant tout une expérience de l’attente foncièrement individuelle. 

J’ai souhaité m’éloigner d’une vision de la guerre comme une entité massive et impersonnelle, une force qui dépasserait l’individu. Ce qui a motivé ma démarche, c’est la volonté de saisir une essence plus intime de ce phénomène et de mettre en lumière certains aspects personnels du parcours des combattants. Je voulais que le film rende compte de l’expérience de ceux qui se sont retrouvés dans un entre-deux, pris dans les limbes d’un conflit, en transition entre un système de valeurs conservateur et une société en mutation—des hommes qui, parfois, ignoraient même pourquoi ils se battaient. À cette époque, l’armée américaine comptait de nombreux soldats sans véritable compréhension de la cause qu’ils étaient censés défendre. 

Cet isolation transparaît également à travers le choix d’un cadrage serré et d’une focale spécifique, permettant de générer une profondeur de champ réduite et de recentrer l’attention sur les personnages. 

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Vingt dieux

Actuellement au cinéma

© Pyramide films

Vingt dieux. Juron qui promet tout un paysage, dans la campagne du Jura, et qui pouvait sentir de loin les relents coutumiers du pittoresque. Un faux pas que la cinéaste Louise Courvoisier, qui a grandi en Franche-Comté, s’épargne au profit d’un réalisme romanesque à la fraîcheur et l’authenticité revigorantes pour notre œil de spectateur, usé depuis quelques années en France par des moissons de drames ruraux plus ou moins pertinents, souvent cantonnés au champ du discours social (voir notamment Au nom de la terre, parmi les exemples éminents).

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Santosh

Actuellement au cinéma

© Taha Ahmad

D’une façon discrètement singulière, la matrice de Santosh se décèle dans le point de vue qu’il adopte, en tant qu’il semble réfléchi subtilement à l’intérieur du récit par l’immersion dans un milieu d’un personnage qui lui est a priori étranger. Santosh (Shahana Goswami), dont on ne quittera pas le regard ni les affects, a perdu son mari policier, tué lors d’une manifestation violente. Via un programme légal de « recrutement compassionnel », la jeune veuve reprend l’emploi de feu son époux au sein de la police indienne. Santosh, endeuillée, hantée par son souvenir, se substitue ainsi à lui ; une femme se substitue à un homme ; un regard à un autre regard.

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Only the River Flows

Actuellement au cinéma

© KXKH Films

Les premières minutes de Only the River Flows suscitent l’espoir inopiné d’un thriller moins balisé qu’attendu. Dans un prologue métaphorique, un enfant affublé d’une cape en plastique s’amuse avec ses compagnons à reproduire une scène de poursuite. Cherchant ses amis, le faux petit flic pousse une porte donnant sur le vide, une ville dévastée, comme en chantier. Indice d’une œuvre réflexive, politique, traversée par les enjeux socio-économiques de l’époque qu’elle décrit, et d’une enquête erratique sous le régime du doute et d’une béance infranchissable.

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Los delincuentes

Actuellement au cinéma

© Arizona Distribution / JHR Films

Préférez-vous passer trois années en prison puis jouir d’une liberté totale, sans travail, jusqu’à la fin de vos jours, ou bien accepter encore vingt-cinq années de dur labeur avant la retraite ? – voilà un dilemme, aberrant d’apparence, qui résonne pourtant aujourd’hui en France de manière toute particulière. Morán, ne se limite pas à y songer. Cet employé à la Banque Sociale Coopérative de Buenos Aires se saisit du plan qu’il a manifestement en tête depuis un certain temps… Profitant un soir du départ anticipé de son collègue Roman, il accède à la salle des coffres de l’établissement. L’occasion rêvée pour entraîner Roman dans son crime et en faire un complice malgré lui. 

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Une Nuit

Au cinéma le 5 juillet 2023

© Marie-Camille Orlando

Malgré le discret coup d’éclat que fut Guy, lequel a fait soudainement d’Alex Lutz un cinéaste à prendre au sérieux, c’est prudemment que l’on aborde Une Nuit, avec l’intuition qu’elle risque d’être longue. Il faut dire qu’on le sent venir, le Before Sunrise (Richard Linklater, 1995) version quinquas, un peu vulgaire et bovaryste, au romantisme sirupeux. Certains retours cannois en propageaient la saveur, tout comme la bande-annonce. Quelques vents que le film, et c’est heureux, dissipe. En grande partie.

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Depuis Cannes : Anthony Chen

Festival de Cannes 2023

Invité à Cannes pour la quatrième fois, Anthony Chen vient cette année présenter Un Hiver à Yanji. Le réalisateur nous a raconté la genèse de cette histoire d’amour peu commune, sélectionnée dans la catégorie Un certain regard.

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Augure

Festival de Cannes 2023

© Image tirée du film – source vodkaster

Baloji, auteur-compositeur belgo-congolais, présentait cette année à Cannes Augure, son premier long métrage sélectionné dans la catégorie Un Certain Regard et récompensé par le prix New Voice. C’est en effet une nouvelle voix qui se fait entendre, nouvelle en ce qu’elle défriche. Augure atteint son but : joindre passé et futur.

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