Abuela

Au cinéma le 6 avril

© Wild Bunch

Abuela réalisé par Paco Plaza – réalisateur de la saga horrifique à succès REC – et écrit par Carlos Vermut – auteur acclamé lors du festival de San Sebastian de 2015 pour son film La Nina de Fuego – sort en salle le 6 avril. L’affiche pouvait laisser présager un long métrage intéressant, servi à l’écriture par un scénariste éclectique issu de la BD et par un réalisateur dont la recette horrifique pouvait faire mouche. À cela s’ajoutait le sujet, la relation entre une grand-mère mourante et sa petite fille dans la fleur de l’âge, qui pouvait promettre une certaine originalité.

Il n’en est rien. Les cent minutes se décuplent tant tout semble attendu, le montage tout d’abord, suite de plans reliés dans une dynamique classique du large, moyen, gros plan (et inversement) qui ne laisse jamais à l’image le temps de nous imprégner. Et parlons de cette image, un 35mm qui aurait pu être truqué en post-production tant le cadre et la lumière manque de finesse. Le jeu est quant à lui moyen, expressif tout au plus… Le scénario est tant prévisible qu’il faudra en moyenne au spectateur trente minutes, soit le temps d’apparition du seul vrai personnage secondaire, pour deviner la fin du film. Des grosses ficelles, mais surtout dans les effets de mise en scène : jump-scares maquillés en plan fixe et effets grossiers… Bref, rien de bien haletant. 

S’il n’y avait encore que cela, le film serait un divertissement plutôt moyen mais correct, or ce qui dérange c’est aussi cette propension à se faire passer pour un film d’horreur “intelligent”, qui s’accorde au féminin. Nous sommes ici face à une sorte de Portrait de Dorian Gray saphique, dénué de toute la puissance critique de l’original (tout était pourtant là, le milieu de la mode parisien, la transposition de l’ascension mondaine à la course à la beauté féminine…). Mais pire encore, ce qui se fait passer pour un film centré sur le féminin (n’oublions pas que le cinéma fantastique a depuis longtemps été un des lieux d’un certain éveil féministe) tombe très vite dans une forme voyeuriste. Ce n’est pas le corps jeune que l’on filme comme désirable mais sa contraposé, le corps d’une femme agée que l’on filme comme répugnant. Il n’y a rien de mal à filmer la vieillesse, tout comme il n’y a rien de mal à filmer la beauté. Mais mettre en scène un corps nu pour le plaisir du regard revient à l’objectifier, mettre en scène la vieillesse pour le plaisir d’avoir peur engendre un résultat similaire. On se sent retomber avec maladresse dans de vieilles images de sorcières séniles au nez crochu, dont le physique seul est censé nous dégoûter.

Si dans Abuela l’horreur c’est le corps usé, le bonheur se trouve donc dans le physique de mannequin normé…

Abuela / De Paco Plaza / Avec Almudena Amor et Vera Valdez / Espagne / 1h40 / Sortie le 6 avril.

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