Halloween Ends

Actuellement au cinéma

© Universal Studios

Près de cinquante ans, treize films et trois reboots plus tard, rien n’a changé à Haddonfield. La silhouette de Michael Myers rôde toujours et Laurie Strode, éternelle survivante, est vouée à y faire face tôt ou tard. Avec Halloween Ends, dernier épisode censé conclure la nouvelle trilogie lancée par David Gordon Green, tous les codes semblaient en place pour offrir un final attendu. Ce serait pourtant occulter les talents transgressifs du cinéaste et de son compère, Danny McBride, ayant opéré avec ces nouveaux films une approche singulière. Après le respectueux hommage en 2018 et le shoker génialement décérébré en 2021, ce troisième épisode dévie à nouveau de son postulat et des poncifs du slasher pour se lancer à corps perdu dans un drame psychologique déroutant.

Exit les tueries de masse du précédent, Ends ne reprend ici que la vision éperdument inquiète de la communauté américaine moderne, de ses peurs et de leur reproductibilité, en plaçant la figure de Michael Myers au second plan. Le long-métrage pose alors un regard neuf et assez juste sur The Shape, qui n’est plus seulement une figure unique et concrète mais un Mal transmissible. De ce choix ô combien audacieux, beaucoup y verront une simple trahison de l’essence même du personnage, mais on peut rester admiratif devant l’audace d’une telle démarche, qui occasionne au passage un discours assez subtil sur Hollywood et sa tendance aux remakes ou suites en tout genre. Opération suicidaire s’il en est, surtout pour un final devant conclure des enjeux lancés depuis plusieurs films, Halloween Ends rappelle souvent l’exercice d’auto-sabotage entrepris par Lana Wachowski avec Matrix Resurrections, autre opus réflexif sur sa propre condition de sequel, et en partage d’ailleurs les mêmes problèmes.

Car transgresser est une chose mais proposer une approche solide de bout en bout en est une autre. À l’inverse du Halloween II de Rob Zombie, savant alliage entre folie créatrice et virtuosité, Ends se perd très vite dans une écriture aléatoire, comme si les deux auteurs étaient dépassés par leur propre audace. La richesse thématique du projet contraste avec la pauvreté de la mise en scène de Gordon Green. Jamais aussi bon que lorsqu’il filme l’horreur pure, le cinéaste ne sait jamais comment mettre en forme et quel point de vue adopter sur les questions psychologiques posées. Le film ne tient alors plus qu’à des tunnels de dialogues creux et surexplicatifs – déjà présents dans le final de Kills – et en devient beaucoup trop théorique. L’originalité adoptée par les deux compères finit même par se heurter aux impératifs d’une résolution et traîne sa mythologie comme un boulet. Michael Myers et Laurie Strode ne sont plus que des déguisements, que l’on doit obligatoirement ressortir du placard pour Halloween et agiter au moins cinq minutes pour satisfaire le fan, au cours d’un climax artificiel revenant sur des rails.

Si mise à mort il y a ici, c’est bel et bien de la franchise, qui ne peut probablement pas se relever d’une telle « sortie de route ». À l’image de son jeune couple, qui cherche désespérément à fuir le passé pour foncer tête baissée vers un ailleurs inatteignable, Halloween Ends est un objet malade et paradoxalement fascinant, véritable anomalie au sein d’un système qui manque cruellement d’audace.

Halloween Ends / De David Gordon Green / Avec Jamie Lee Curtis, Andi Matichak, Rohan Campbell, Will Patton / USA / 1h51 / Sortie le 12 octobre.

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