Revisiter les grandes figures littéraires ou historiques pour la télévision est un passe-temps qui s’est avéré productif pour Steven Moffat et Mark Gatiss. Après avoir fait apparaître ces personnages dans leurs épisodes de Doctor Who et adapté la vie de Sherlock Holmes au XXIe siècle, le duo britannique revient cette année avec leur très attendue adaptation de Dracula.
Préparer une rencontre avec Abel Ferrara est un exercice en soi. D’abord parce qu’il est connu pour être difficile à interviewer (« Publier une interview en bonne et due forme d’Abel Ferrara relève de l’impossible ou du prix Pulitzer » dixit Frédéric Bonnaud dans lesInrocks). Ensuite, parce que passer trente minutes avec un pilier du cinéma américain, ça n’arrive pas tous les jours. Le rendez-vous était pris dans un café du 9e arrondissement de Paris, en début d’après-midi, pour parler de son nouveau film Tommaso, long-métrage très autobiographique qui fait le portrait d’un artiste torturé incarné par Willem Dafoe. Entouré de Cristina Chiriac, son épouse qui joue l’autre rôle principal, et de leur fille de cinq ans Anna Ferrara, également dans le film, c’est un homme apaisé que nous avons rencontré, différent de la légende que l’on fabrique encore autour de sa personnalité.
[Alors que l’entretien commence, Abel Ferrara est sorti du bar, Cristina Chiriac prend place]
Avant la première projection du film à Cannes l’année dernière, vous aviez dit « n’ayez pas trop d’attentes » ! C’était une entrée en matière surprenante.
Cristina Chiriac : C’est vrai ! Je pense que ne pas avoir d’attentes avant de regarder un film est la meilleure façon de le découvrir.
Le personnage que vous incarnez dans Tommaso semble très proche de vous. L’avez-vous abordé en terme de composition ?
CC : Non, j’étais totalement moi-même. Il y a bien sûr des limites que l’on ne peut pas franchir, mais j’ai essayé d’être la plus vraie et naturelle possible. Abel dirige ses acteurs, mais chacun peut développer sa propre vision. Tout le monde a sa propre manière de percevoir l’art. Je n’ai pas pris le tournage comme un travail, mon rôle faisait partie de moi-même. C’est ce que j’ai appris en faisant Tommaso.
Christopher Walken a raconté que les tournages d’Abel Ferrara étaient chaotiques. Êtes-vous d’accord avec lui ?
Édouard Baer déboule au milieu du public : il joue une pièce dans le théâtre d’à côté mais à cause du regard mal placé d’un spectateur il a été pris de panique. Il s’est alors empressé, nous raconte t-il, de quitter le théâtre et s’est réfugié ici, avec nous. Il s’excuse élégamment de cette interruption et nous demande de lui accorder ce lieu de refuge le temps d’une soirée. Subtilement, il se fraye alors un chemin dans le public et se hisse sur la scène.
Une année de cinéma s’achève, en même temps qu’une décennie. Que retenir des centaines de films qui nous ont été proposés par les cinémas du monde entier ? Quels sont ceux qui ont fait bouger les lignes du septième art, et ceux qui continueront de nous accompagner intimement ? Tradition cinéphile oblige, voici nos classements, visant la sincérité plutôt qu’une impossible exhaustivité, des œuvres qui nous ont ému, captivé ou impressionné en 2019 et durant la décennie qui vient de s’écouler. En attendant d’en entamer une nouvelle !
Né au Maroc en 1930, Philippe Clair est le réalisateur culte des comédies françaises les plus loufoques des années 1970 et 1980. Il a accepté de se confier sur sa vie de cinéma.
Tout d’abord, d’où vient votre goût pour la comédie ?
Pour être honnête, je suis tombé dans la comédie un peu par hasard. J’ai commencé ce métier en étant comédien, et d’ailleurs je jouais des choses assez sérieuses au départ. Mais je voyais bien que je faisais rire mes camarades, surtout avec mon accent. Ce qui ne me déplaisait pas, entre parenthèses. Pour autant, ce n’était pas mon ambition première. J’aimais juste déconner dans la vie, c’est tout. Et puis, un jour, c’est le métier qui choisit pour vous. Je me suis retrouvé à interpréter des pièces comiques. Ça a marché très fort, et tout s’est enchaîné. Le cinéma m’a ouvert ses portes, et j’ai poursuivi sur cette lancée…
C’est d’abord par la musique que vous avez connu un grand succès. Recherchiez-vous une façon d’être irrévérencieux ?
J’ai connu le succès assez vite grâce à un disque, c’est vrai, mais il s’agissait de sketchs. Et j’avais déjà, à ce moment-là, un public qui venait me voir sur scène. En fait, ces deux activités se sont chevauchées, et m’ont porté simultanément. Après, pour vous répondre, je n’ai jamais cherché à être irrévérencieux, ou à choquer qui que ce soit. J’étais un peu gonflé parfois, oui, mais en aucun cas méchant. Je ne me posais pas de question, pour être franc. J’écrivais ce qui me faisait rire. Ensuite, ça passait, ou pas. Rien Nasser de courir et Israël embargo… ment immédiat, notamment,n’ont pas plu à tout le monde. Vu les sujets et les personnalités abordés, ça peut se comprendre. Jusqu’à un certain point, ceci dit… De Gaulle a quand même fait interdire un de mes disques ! Vous vous rendez compte ? On critique beaucoup l’époque actuelle, mais ce n’était pas toujours mieux avant.
Que pensez-vous de l’expression « nanar » que l’on utilise parfois pour qualifier vos films ?
Je déteste le terme de « nanar ». Aujourd’hui, on l’emploie pour tout et n’importe quoi. Ce n’est pas pour prendre la défense de Claude Zidi, mais même Le grand Bazar est chroniqué sur le site Nanarland. C’est un peu exagéré, non ? Il me semble que dans le genre « nanar », Les Charlots ont fait bien pire… Quant à moi, on me compare à Max Pécas ou Michel Vocoret, deux rois en la matière. C’est très vexant ! On aime ou pas mon cinéma, mais, contrairement à eux, j’ai toujours soigné au détail près le moindre de mes films : je n’ai travaillé qu’avec de très bons comédiens (Annie Girardot, Michel Galabru, Jacques Dufilho, Francis Blanche, Jerry Lewis…), j’ai imaginé des gags de folie, j’ai fait appel à des techniciens de renom, j’ai collaboré avec les plus grands compositeurs (Raymond Lefèvre, Claude Bolling, Armando Trovajoli, Alan Silvestri…)… Et je ne vous parle pas des affiches, qui, elles aussi, avaient de la gueule ! Celles des Réformés et de Rodriguez au pays des merguez, par exemple, sont signées Hervé Morvan… Et, à l’arrivée, j’ai engendré des millions et des millions d’entrées. Ce qui n’était pas le cas de tous… Je ne dis pas ça par prétention. Je trouve juste insultant, pour ma personne comme pour mon public, de limiter mon œuvre à de vulgaires merdes. En 1981, je réalise Tais-toi quand tu parles, avec Aldo Maccione. Résultat : deux millions d’entrées. Un vrai succès. Moins d’un an plus tard, j’enchaîne avec Plus beau que moi meurs : cette fois, ce sonttrois millions et demi de spectateurs qui se déplacent. THE triomphe. Entre les deux, quatre autres films interprétés par Aldo sortent en salles : Reste avec nous on s’tire de Michele Massimo, T’es folle ou quoi ? de Michel Gérard, Te marre pas… c’est pour rire de Jacques Besnard, Le Corbillard de Jules de Serge Pénard. Et là, que des bides ! Je vous laisse juge…
Vos films se construisent autour d’un enchaînement phénoménal de gags. Tout était très préparé ?
Dans les bas-fonds d’une ville chinoise, la rivalité entre deux factions de la pègre locale dégénère en règlement de comptes. Zhou Zenong, à la tête de l’une de celles-ci, se trouve entraîné dans une spirale de violence ; pourchassé par ses rivaux et par les forces de l’ordre, il entraîne avec lui Liu Alai, une jeune prostituée. Pourtant, dans leur malheur, l’un et l’autre voient la possibilité d’une rédemption. Comme dans son film précédent, Black Coal, Diao Yinan revisite avec Le lac aux oies sauvages le genre du polar. Mais si dans le premier l’originalité du traitement n’empêchait pas le spectateur d’être tenu en haleine par l’enquête, la nouvelle tentative du réalisateur, en poussant encore plus loin le détachement avec lequel il aborde son sujet, prend le risque de perdre une partie de son audience.
Le lac aux oies sauvages est un film travaillé, minutieusement : on ne peut qu’admirer les jeux sur les ombres et les lumières, les nombreuses idées de mise en scène, ou encore les mouvements de caméra particulièrement étudiés. Mais dans cet effort de créativité, dans la construction de ce ton savamment distancié, de cette esthétique nocturne et hypnotique, les personnages se perdent. Les deux protagonistes souffrent d’un même étrange syndrome scénaristique : comment ressentir de l’empathie pour un personnage qui n’est qu’un pantin bringuebalé par les événements, dont le passé est à peine évoqué, et qui évolue à l’image comme une ombre désincarnée et inexpressive ? Certes, c’est tout le propos du film de parler de la façon dont ces êtres sont en souffrance, privés de libre-arbitre : mais ils s’en trouvent au passage vidés de leur substance, et il est difficile d’adhérer à un récit de presque deux heures sur la seule base de sa richesse visuelle. Et ce, d’autant plus que ce récit pourtant simple est souvent rendu confus par des interventions de personnages secondaires dispensables ou des pauses contemplatives déroutantes, qui viennent en faire perdre le fil.
Il serait cela dit injuste de réduire Le lac aux oies sauvages à un film esthétisant. Si son histoire nous abandonne un peu sur le bord du chemin, la trajectoire qu’emprunte les personnages demeure fascinante. De lieux de prostitution inattendus en ateliers de confection, d’assemblées nocturnes de la pègre en restaurants crasseux, Zhou et Liu traversent une Chine urbaine noctambule et souterraine, teintant le film d’une connotation politique. Quartiers partiellement abandonnés et zones de non-droit deviennent le lieu de la réaction surdimensionnée de l’État, qui déverse dans un espace qu’il semble pourtant délaisser des flots de policiers et de soldats pour attraper un homme qui s’est par accident attaqué à un représentant de l’ordre. Au final, Zhou est la victime d’un système où les êtres sont condamnés à la violence. Les petits voyous comme les jeunes flics, aussi inexpérimentés les uns que les autres, apprennent tous à se servir de leurs armes et à jouir de leur pouvoir de destruction. Et dans ce cercle vicieux infernal, ce sont les personnages de femmes qui souffrent le plus. Objectifiées par les hommes, déplacées comme des pions sur un échiquier, elles sont malgré elles au cœur des conflits sans avoir jamais la possibilité de s’affranchir d’une influence masculine, qu’elle soit d’un mari, d’un malfrat, ou de la police. Ce dénouement qui leur rend enfin une forme de liberté aurait été si émouvant si l’on avait mieux pu s’attacher à elles…
Le Lac aux oies sauvages / De Diao Yinan / Avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan / Chine / 1h50 / Sortie le 25 décembre 2019.
Un an après avoir remporté la Palme d’or pour Une affaire de famille, le cinéaste Hirokazu Kore-eda pose pour la première fois sa caméra en dehors du Japon, et filme des acteurs dans une langue qu’il ne maîtrise pas. Pour cette incursion, il a choisi la France, l’idée lui ayant été suggérée par Juliette Binoche, à qui il offre le rôle de Lumir, une scénariste en visite chez sa mère, Fabienne (Catherine Deneuve), célèbre actrice qui vient de publier ses mémoires.
War horse est un roman britannique écrit par Michael Morpurgo en 1982. Il raconte l’histoire du jeune Albert qui se retrouve en possession d’un poulain qu’il nomme Joey. Rapidement, un lien très fort s’installe entre le jeune homme et l’animal. Lorsque la première guerre mondiale éclate, Joey est vendu à la cavalerie. Albert décide alors de s’engager dans l’armée dans l’espoir de retrouver son compagnon.
Paul est trop lâche pour avouer à Sophie qu’il veut la quitter. Il fait alors appel à son meilleur ami Martin, le suppliant de venir s’installer chez eux afin de rendre la cohabition impossible et que Sophie lui lance l’ultimatum tant attendu : c’est lui ou moi.