Lobby baby

Pantages Theatre / Disponible sur Netflix

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Seth Meyers © Netflix

Le voile bleu qui orne l’arrière-scène du Pantages Theatre à Minneapolis fait ressortir ces grands yeux clairs qui donnent à Seth Meyers un air d’étonnement constant. Avec les traits angéliques et joueurs d’un enfant, le comédien s’attelle pourtant à évoquer la paternité. Un sujet déjà bien exploité mais auquel l’humoriste apporte un nouveau souffle. Ce n’est pas tant la manière avec laquelle il traite ce thème qui lui procure une originalité particulière mais bien son appréhension de la scène. Présentateur du Late Night with Seth Meyers, nous sommes habitués à le voir se livrer à l’exercice du monologue en début d’émission, un type de stand up extrêmement formaté. C’est donc un agréable changement que de le voir se réapproprier la scène le temps d’une soirée et manier l’humour plus librement. 

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À couteaux tirés

Au cinéma le 27 novembre 2019

MORNING BELL
© Metropolitan film export

Rian Johnson (Star Wars episode VIII) s’attaque avec À couteaux tirés au genre du who done it, ou film d’enquête. À la fin de la soirée de ses 85 ans lorsque le romancier Harlan Thrombrey est retrouvé mort les policiers réunissent tous les membres de la famille présents afin de déterminer le coupable. 

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James Gray à l’opéra

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Le cinéaste américain met en scène Les Noces de Figaro, son premier opéra ©Vincent Pontet

La fin d’année est chargée pour James Gray. Après avoir livré son odyssée de l’espace intime Ad Astra au mois de septembre, il met en scène un opéra pour la première fois, Les Noces de Figaro, qui se jouera du 26 novembre au 8 décembre au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris. Nous avons assisté à la conférence de présentation du spectacle, donnée vendredi 22 novembre en compagnie du metteur en scène.

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Funny Girl

Théâtre Marigny

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© Julien Benhamou

« Don’t rain on my parade » chante fièrement Barbra Streisand sur un quai de gare lorsque ses collègues la somment de privilégier sa carrière à son amour. Séquence jouissive et mémorable d’un classique intemporel. Funny Girl est créée pour la scène de Broadway en 1964 avant d’être adaptée au cinéma par William Wyler en 1968. La comédie musicale nous conte l’histoire vraie de Fanny Brice, une actrice qui connaîtra un succès notable dans les années 1920 grâce à ses talents comiques à une époque où les femmes acquièrent une reconnaissance principalement pour leur beauté physique. Avec cette performance, Barbra Streisand, qui incarnera l’héroïne sur scène et au cinéma (aux côtés d’Omar Sharif) se verra propulsée au rang de star. 

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Rencontre avec : Damien Bonnard

© Radio France

Après des débuts remarqués devant la caméra de Rachid Bouchareb ou de Bertrand Blier, Damien Bonnard est révélé au grand public avec le film Rester vertical d’Alain Guiraudie, qui lui vaut une nomination au César du meilleur espoir en 2016. Nomination renouvelée en 2018, dans la catégorie du meilleur second rôle, pour la comédie En liberté ! de Pierre Salvadori. Avec à son actif une vingtaine de rôles entre autres chez Alice Winocour, Roman Polanski ou encore Anne Fontaine, l’acteur français est actuellement à l’affiche de J’accuse et Les Misérables.

Peux-tu nous parler de ton parcours et de la façon dont tu as découvert le métier d’acteur ? 

C’est un peu long ! Après avoir quitté l’école en troisième, je voulais faire les Beaux-Arts mais il fallait avoir le bac et ce n’était pas mon cas. C’est toujours un peu la bêtise des écoles françaises d’ailleurs. Beaucoup de gens peuvent se découvrir une passion assez tard et c’est regrettable qu’ils ne puissent accéder à la plupart des écoles qu’avec tel diplôme ou à tel âge. J’ai donc suivi une classe préparatoire avant de passer le concours que j’ai réussi avec une dérogation, sans diplôme. J’y suis resté six ans mais en sortant je ne me sentais pas vraiment artiste, et je n’avais pas envie d’être professeur. Je suis donc parti en Belgique assister une peintre qui s’appelait Marthe Wéry et qui faisait partie des peintres minimalistes et abstraits américains. En revenant en France j’ai gardé la maison d’une amie qui avait une filmothèque incroyable. Je me suis mis à regarder des films toute la journée et je me suis rendu compte que ce métier m’attirait. Mais j’avais ce rêve que quelqu’un vienne me trouver dans la rue et me dise : « Vous êtes exactement la personne que je cherche ! » ce qui n’arrivait pas, évidement. A vingt-sept ans, je faisais tout simultanément : j’étais coursier, je faisais de la figuration et je prenais quelques cours de jeu. J’ai d’abord été silhouette puis silhouette parlante et petit rôle dans des courts métrages avant d’avoir mes premiers vrais rôles au cinéma, notamment grâce à Bertrand Blier. 

As-tu l’impression qu’avoir exploré autant de professions différentes t’apporte quelque chose en tant qu’acteur ?

Je ne sais pas si ça m’aide mais c’est peut-être quelque chose qui me différencie des autres acteurs, oui. Ce que j’aime dans ce métier, et que j’aimais dans tous les métiers que j’ai fait, c’est la découverte d’un monde, de nouveaux fonctionnements et de langages. Être acteur me permet de le faire en moins de temps. Moi qui n’aimait pas l’école française, maintenant je prends plaisir à étudier et essayer de tout savoir sur un certain sujet. Pour chaque rôle je me régale à plonger dans une vie différente et un nouvel univers.

Tu privilégies donc les personnages très différents de toi ? 

Oui, souvent. Jouer ce que je suis dans la vie ne m’intéresse pas vraiment. Je trouve que cette notion de prendre les gens tels qu’ils sont est très propre au cinéma français. C’est comme s’il y avait un manque d’imagination du coté des scénaristes et des réalisateurs. Pour ma part, je m’amuse à changer, même physiquement, et aller vers des personnages différents. Souvent on te propose de jouer ce que tu es ou ce que tu as déjà joué, dans les deux cas ce n’est pas très excitant. Du coup, j’essaye de brouiller les pistes et d’aller à d’autres endroits car c’est là qu’il y a vraiment un travail à faire. C’est presque un jeu de gosse, ce plaisir de se déguiser, de rentrer dans la peau de quelqu’un d’autre. 

Comment, lors de ta lecture d’un scénario, réalises-tu qu’un personnage te correspond ? Je pense par exemple à ton premier grand rôle au cinéma dans Rester vertical de Guiraudie.

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Les Misérables

Au cinéma le 20 novembre 2019

Stéphane et Chris (Damien Bonnard et Alexis Manenti) © SRAB Films
Chris (Alexis Manenti) et Stéphane (Damien Bonnard) © SRAB films

Stéphane (Damien Bonnard) quitte Cherbourg pour intégrer la brigade anti-criminalité du 93. Confronté à ses nouveaux collègues Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Zonga), il est rapidement témoin de la violence inhérente à ce poste. C’est avec un court métrage du même nom, récompensé aux Césars l’année dernière, que Ladj Ly avait une première fois évoqué cette histoire. Cette année, pour son premier long métrage, lauréat du Prix du Jury à Cannes, il nous propose de retrouver ces personnages au coeur de Montfermeil.

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Vampires, de Dracula à Buffy

La Cinémathèque française

Un long couloir obscur, éclairé de (faux) chandeliers, conduit le spectateur à la première salle de l’exposition que la Cinémathèque consacre à la créature légendaire ayant inspiré, de Murnau à Coppola, tant de cinéastes. Le ton est donné : c’est à la fois l’exploration d’un mythe et la reconstitution d’une ambiance qu’ont recherché les commissaires. Et il faut leur reconnaître une certaine inventivité. Un tableau numérique changeant vous présente, en fondu enchaîné, une galerie de vampires iconiques, dont la succession met en évidence leurs liens de parenté ; un cercueil étrangement posé au milieu d’une salle se révèle être une vitrine d’exposition ; plus loin, vous passez devant un miroir dans lequel vous ne vous reflétez pas…

Littérature, peinture, arts plastiques, bande dessinée et bien évidemment cinéma, sans oublier publicités, campagnes de sensibilisation et autres iconographies populaires s’étant réapproprié la figure du vampire, nous font suivre les évolutions de sa symbolique au cours du temps. Depuis le défi que s’étaient lancé au début du XIXe siècle Mary Shelley, Lord Byron et John Polidori d’écrire l’histoire la plus effrayante possible (ayant inspiré Frankenstein à la première et The Vampire au dernier), jusqu’aux adolescents mièvres de Twilight, il a effectivement connu bien des changements. Si dans le premier cas la mode du roman gothique en fait un être terrifiant, il est aujourd’hui mainstream au point de pouvoir servir d’argument promotionnel pour des produits aussi nobles que du fromage à l’ail ou des jus de fruits industriels. Élégant ou bestial, érotique ou monstrueux, empathique ou insensible, ses incarnations sont nombreuses et le mérite de l’exposition est de nous faire comprendre en quoi elles incarnent les préoccupations de chaque époque, avec un souci d’exhaustivité marqué.

Le visiteur effectue ce parcours de façon chronologique, chaque salle abordant un thème et une période, à grand renfort d’extraits de films, d’œuvres diverses, d’affiches, et d’objets issus de tournages cultes. Les cinéphiles fétichistes seront ravis de pouvoir contempler le masque porté par Klaus Kinski dans le Nosferatu de Werner Herzog, ou le costume de Gary Oldman dans le Dracula de Coppola. C’est l’occasion de découvrir la masse, assez effrayante en elle-même, d’œuvres ou de navets inspirées par le vampire. Les néophytes prennent des notes pour nourrir leurs listes de films à voir, tandis que les experts s’exclament avec satisfaction devant chaque nouvelle salle dont ils reconnaissent la plupart des références.

Certes, quelques reproches pourront être fait à l’exposition. Son côté fourre-tout, et quelques tentatives de rattacher au thème des objets qui ne lui sont pas liés de façon très évidente (que vient faire là cette toile de Basquiat ?), accroc qui ne rompt que momentanément le charme de l’expérience. Son ambition d’exhaustivité laisse de côté notamment le jeu vidéo, où la figure vampiriques est pourtant régulièrement exploitée. Enfin, les œuvres évoquées sont assez peu analysées, et quelques panneaux explicatifs supplémentaires auraient pu permettre d’approfondir la démarche ; mais l’ambition de proposer une expérience grand public l’imposait sans doute, et parvenir à constituer cette atmosphère tout en instruisant les visiteurs reste indéniablement une réussite.

Nous vous conseillons bien évidemment de coupler votre visite avec une projection parmi les nombreuses que propose la Cinémathèque sur le même thème. L’occasion idéale d’étancher la soif de visionnages vampiriques qui ne manquera pas de s’emparer de vous au sortir de l’exposition…

Exposition Vampires, de Dracula à Buffy, à la Cinémathèque française. Du 9 octobre 2019 au 19 janvier 2020. Toutes les infos sur le site de la Cinémathèque.

Rencontre avec : Emily Beecham et Jessica Hausner

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Emily Beecham et Jessica Hausner à Cannes, en mai dernier ©Alberto Pizzoli/AFP

De passage à Paris pour la promotion de Little Joe, la réalisatrice Jessica Hausner et la comédienne Emily Beecham, qui a reçu le prix d’interprétation à Cannes pour son rôle de scientifique perturbée par une étrange fleur rouge, nous ont accordé un entretien.

Jessica Hausner, comment avez-vous imaginé cette histoire de science-fiction après votre film Amour fou, qui se déroulait à l’époque du romantisme allemand ?

Jessica Hausner : Dans Amour Fou, le romantisme allemand était un moyen pour raconter une histoire d’amour, et interroger la notion même d’amour. Peut-être qu’après tout, l’amour n’existe pas. Le film questionnait une sorte d’idéal de l’amour pour comprendre qu’il consiste essentiellement à projeter des choses en l’autre. On voit l’autre tel qu’on veut le voir, mais si certaines choses changent alors on cesse d’aimer. Little Joe traite d’un sujet assez similaire : qui est cette personne que je pense connaitre, qui est si proche de moi et fait partie de ma vie ? Soudainement, je comprends que nous vivons dans deux mondes complètement différents. La perception de chaque être humain est différente, on ne pourra jamais entrer dans les pensées et les sentiments de l’autre.

Emily Beecham, le personnage que vous interprétez, Alice, est assez froid, presque conceptuel. Comment l’avez-vous approché ?

Emily Beecham : Alice est un personnage très cérébral. Elle essaye de rationaliser tout ce qui lui arrive. Les moments d’intériorisations sont nombreux, là où dans un autre film cela n’aurait duré que quelques instants. L’une des grandes expériences de ce film était pour moi d’appréhender un sentiment de paranoïa et de confusion. Lors de la construction du personnage, c’était assez troublant de saisir ses contours car tous ses traits de caractère ont quelque chose d’incertain. Peut-être que tout est dans sa tête, peut-être pas. Son parcours n’est pas linéaire, elle se questionne tout le temps elle-même et ne se fait pas assez confiance.

Pendant le tournage, comment avez-vous envisagé les dynamiques du personnage ?

EB : Il fallait développer des sous-entendus, un sous-texte entre les personnages. Par exemple le désir secret qui existe entre Alice et Chris, le personnage qu’incarne Ben Whishaw. Il y avait quelque chose de comique et amusant, ils sont tous les deux très mal à l’aise dans leur vie romantique, et cette dynamique se décale à mesure que le film avance. Alice est un personnage qui a du mal à gérer sa vie sentimentale, tout comme sa relation avec son fils, elle ne les maîtrise pas… Elle contrôle finalement très peu les choses.

Comment est né ce personnage ?

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Little Joe

Au cinéma le 13 novembre 2019

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Alice et ses fleurs… Emily Beecham dans Little Joe ©The Coproduction Office

Alice est une phytogénéticienne, spécialiste du développement des végétaux, passionnée par son travail auquel elle dédie tout son temps. Ses dernières recherches ont été consacrées à la création d’une fleur aux vertus thérapeutiques : elle est censée rendre heureux son propriétaire. Alice décide d’en ramener une chez elle pour l’offrir à Joe, son jeune fils, avec qui les relations sont assez glaciales. Pas sûr que l’étrange fleur arrange vraiment les choses…

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Noura rêve

Au cinéma le 13 novembre 2019

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©Paname Distribution

Les lois du mariage sont fréquemment au cœur des cinémas du monde arabe et du Moyen-Orient, interrogeant par des portraits intimes la façon dont la législation restreint les libertés individuelles, ainsi que le conflit qui naît entre tradition et aspiration moderne. Au début des années 2010, Une séparation (2011) de l’iranien Asghar Farhadi devenait figure de proue en la matière, et l’année dernière, Sofia de la marocaine Meryem Benm’Barek racontait l’histoire d’une femme qui accouchait hors mariage. Dans cette lignée, la cinéaste Hinde Boujemaa, responsable d’un documentaire sur la révolution tunisienne en 2012, pense la situation des femmes tunisiennes à travers Noura rêve, un film solide et engagé. Elle rappelle, en la prenant pour point de départ, qu’une loi nationale punit l’adultère par une amende et cinq ans de prison pour les deux amants.

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