Dans Le Paradis, Zeno Graton met en scène les tribulations d’un désir, puis d’un amour, naissant entre deux jeunes en centre de correction. Pourtant, désir ou amour ? Difficile à dire : la relation entre Joe et William semble être la première, l’unique, la dernière et donc tout et rien contenir, tout et rien signifier à la fois. Mais c’est aussi par ce manque de spécificité que pèche le film. Le jeune érotisme homosexuel et la romance de prison étant tous deux des thèmes particulièrement présents sur grand et petit écran. Si le film ne fait qu’emprunter des sentiers battus la majorité du temps, il s’offre un sursaut de poésie à mi-chemin.
Au cinéma, la figure de l’artiste est bien des choses, pouvant par exemple aussi bien prendre les traits d’un peintre bipolaire (Van Gogh) que celle d’un adolescent meurtri par le divorce de ses parents (The Fabelmans). Par ces propositions bien différentes, l’artiste ressort toujours comme un être malgré lui hors du commun.
En attendant la sortie prochaine du film La Petite sirène au cinéma, Disney propose sur sa plateforme un remake de Peter Pan qui tente de rendre hommage au dessin animé sorti en 1953 tout en essayant de se forger sa propre identité.
Le film ouvre sur une chute : celle de deux enfants, les yeux écarquillés et les mains tendues vers l’objectif, comme suppliant les spectateurs de les rattraper. Plus bas attendent deux autres enfants, Daniel et Joshua, qui regardent leurs frères tomber vers une mort certaine.
Un matin, lorsque parut l’aurore aux doigts moroses en pays d’Amérique, parfois autrement appelé pays des déglingués, un jeune cinéaste songea : « et si je racontais l’Odyssée, telle qu’un Freud sous kéta, meth et subutex l’aurait imaginée, avec un Ulysse dépressif dopé aux cachetons, que son errance trop longue aurait frustré sexuellement au point d’enfler colossalement ses testicules, et dont le retour au foyer serait une corvée subconsciente, sa mère ayant remplacé Pénélope, une mère araignée, sadique et dévoreuse ? ». Alors, elle est pas belle l’idée ?
Kim Chapiron poursuit avec Le Jeune Imam la direction prise par Kourtrajmé (Ladj Ly est d’ailleurs coscénariste du film) dans leur exploration des nouvelles problématiques sociales inhérentes à la vie en banlieue. Chapiron et Ly optent ici pour une approche plus sociologique que spectaculaire contrairement aux précédentes productions du collectif. N’oubliant pas en chemin, voire en exacerbant, le style “Kourtrajmé”.
Noémie dit oui s’ouvre sur une impardonnable trahison. Âgée de quinze ans, la protagoniste attend l’adoubement des juges de l’enfance, qui doivent statuer sur la capacité de sa mère à l’accueillir chez elle. Son regard est vif, impatient. Celui de la mère s’avère de plus en plus fuyant. Au dernier moment, elle décide finalement de délaisser sa fille et de la confier au centre jusqu’à sa majorité, avant de quitter l’audition. Ce n’est pas la première fois.
Face aux motifs informes et aux sons perçants qui l’agressent, le spectateur a tôt fait de se demander ce qui a bien pu passer par la tête de Phil Tippett, pour imaginer Mad God.
Après un prix du meilleur premier film il y a une dizaine d’années à la Berlinale et trois longs-métrages depuis, Emin Alper revient avec Burning Days. À travers une intrigue faite de sous-entendus et une esthétique tout en contrastes, l’excellent thriller fait état de la corruption politique en Turquie. Le réalisateur nous en dit un peu plus sur l’origine du film, sur sa structure qui flirte avec les codes du polar, sur ces personnages si ambivalents et sur ce qu’il cherche à dénoncer.
Yaniklar est un village fictif, quels étaient les différents éléments qui devaient constituer ce lieu pour que l’histoire puisse y prendre place ?
Il n’y avait pas tant de choses à inclure. Le plus important pour moi était la sécheresse donc j’ai cherché un lieu particulièrement aride. Ensuite, il a fallu trouver le village. Beaucoup des villages en Anatolie se sont modernisés d’une façon assez laide donc je voulais un endroit qui ait gardé son apparence traditionnelle. Celui que nous avons trouvé était proche de Kayseri dans la Cappadoce. En revanche, les gouffres n’existent que dans la région de Konya donc tous ces plans là ont du être tournés autre part.
Aviez-vous dès le départ l’envie d’alterner enjeux politiques et codes du thriller ? De brouiller la frontière entre vérité et mensonges, d’éliminer les repères moraux pour les personnages mais aussi pour les spectateurs ?
En fait, l’idée initiale était de raconter une histoire sur la sécheresse en Turquie. Mon inspiration était la pièce d’Ibsen L’ennemi public. Je voulais mettre en scène un homme dont l’unique intérêt est de servir le peuple mais qui est déclaré l’ennemi du peuple par les politiciens manipulateurs. Après cette intrigue de base, les différentes lignes narratives me sont venues assez naturellement. Mais brouiller les pistes était effectivement une de mes volontés. Dans tous mes films, j’aime créer des lignes de transitions entre rêve et réalité, entre vérité et mensonges. Je veux créer des personnages inquiétants, dont les valeurs morales sont difficile à comprendre.
Beaucoup de vos personnages sont en effet très ambigus, très secrets entre eux mais aussi envers le spectateur. Quand vous écrivez les personnages avez-vous besoin de leur inventer une histoire plus complète ou êtes–vous capable de les mettre en scène sans vous-même savoir grand chose d’eux ?
Etant donné que le film est un thriller et un néo-noir, je voulais que les spectateurs soient constamment sollicités, qu’ils ne puissent pas faire confiance facilement à mes personnages. C’est aussi une façon d’exprimer les insécurités, les suspicions et la solitude du personnage d’Emre. Je pense mieux connaître les personnages que les spectateurs mais il y a des détails que je ne clarifie pas, même pour moi lors de l’écriture. Tout simplement car parfois les comportements ne peuvent pas être définis, le personnage pourrait faire ci ou ça, c’est impossible à prévoir. C’est un peu comme dans la vie finalement : même pour vos meilleurs amis ou pour vous, dans certaines circonstances on ne peut pas savoir comment on réagira. Donc je ne suis pas déterministe quand j’écris mes personnages, j’aime laisser béantes certaines failles dans leurs âmes, des failles que personne ne sait comment remplir.
On retrouve de nombreuses scènes de diners dans vos films et, dans Burning Days, c’est une séquence majeure de l’intrigue : que révélez-vous de vos personnages en les filmant manger et boire ?
Emre arrive dans le petit village de Yaniklar avec une vision de la justice bien différente de celle des locaux. Quand ces derniers lui font des avances en espérant pouvoir le manipuler, Emre défend ardemment son intégrité. Pourtant, une nuit chaude et moite, lors d’un repas bien arrosé, elle sera irrévocablement remise en question.