Après le pénible Asterix et Obélix : L’Empire du Milieu (Guillaume Canet, 2023) et la réception en demie teinte du diptyque Les Trois Mousquetaires (Martin Bourboulon, 2023), Jérôme Seydoux et les studios Pathé poursuivent leur entreprise de réhabilitation du film à grand spectacle hexagonal, avec cette nouvelle adaptation du classique d’Alexandre Dumas. Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, déjà scénaristes des aventures de D’Artagnan et Milady, se voient confier la réalisation et affichent une ambition inchangée : bâtir une fresque ample et romanesque sur un socle culturel patrimonial à même de mobiliser massivement le public estival dans les salles obscures.
Astrakan, le premier long-métrage de David Depesseville est un conte surprenant sur l’enfance. Construite autour du jeune Samuel, le cinéaste nous livre une œuvre éthérée, délicate et violente. Il collabore pour la premier fois avec Bastien Bouillon. L’acteur nommé cette année aux César, interprète le père adoptif de Samuel.
Astrakan file la métaphore animale : de par son histoire qui s’inspire de différents contes et son titre. Qu’est-ce qui vous a plu dans cet imaginaire ?
David Depesseville : J’aimais l’idée du conte pour parler de cet enfant qui doit trouver sa place dans une famille étrangère. Le titre Astrakan évoquait déjà le mouton noir ou le canard boiteux. Jusqu’à cette séquence finale d’ailleurs, qui file effectivement cette métaphore avec l’apparition de l’agneau et Marie qui devient enfin une vraie nourrice en lui offrant sa poitrine.
Tout comme le conte enrobe de fantastique des histoires difficiles, la pellicule elle aussi adoucit les images. Pourquoi ce choix du 16mm ?
DD : C’est venu très tôt avec mon chef-opérateur : il nous est apparu que penser cette histoire en HD était bizarre. Il y avait quelque chose qui me gênait, j’avais peur que ce soit trop cru, trop défini. Cela pouvait virer plus facilement à l’obscène. Alors qu’en 16mm, avec son grain si particulier, ses contours un peu flous y’avait quelque chose de plus juste pour raconter les choses fortes que je voulais évoquer.
Bastien Bouillon : Cela servait aussi à soutenir une esthétique quasi-atemporelle, que ce soit dans les costumes ou dans les décors ; rien n’est prononcé, rien n’est ancré. De la même manière que pour l’argent à un moment on croirait voir une pièce de 5 francs puis c’est un billet de 5 euros. Ce flou dont tu parles avec le 16mm est quelque chose que tu étires tout au long du film.
DD : Il ne fallait pas assigner le film à une condition et l’y enfermer. Il y avait quelque chose de réduit si on l’ancrait dans telle époque ou tel lieu. Je voulais échapper au film « social » comme on l’entend, la pellicule participait à ça.
Le cadrage élude effectivement les repères et s’attarde souvent sur le visages des comédiens, en très gros plans. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le visage de Bastien Bouillon ?
Le premier film de David Depesseville dépeint un laps de vie et un fragment d’endroit. Samuel, jeune orphelin est étranger aux paysages du Morvan et à l’enfance – avons-nous véritablement le temps de s’y habituer ? – mais tente tous deux de les comprendre, de les remanier à sa façon, pour se les approprier.
En exergue de La Nuit du 12, un carton nous informe que vingt pour cent des crimes restent non résolus : l’histoire de ce film évoque l’une d’entre-elles. À peine les lumières se sont éteintes qu’on est déjà sonnés, curieux de découvrir ce qui s’annonce peut-être comme le Memories of Murder de Dominik Moll, mais à la française, dans les Alpes iséroises, avec des inspecteurs de la PJ pour protagonistes et des foutues imprimantes qui tombent toujours en panne. Et si l’on n’y retrouve ni la fantaisie noire du chef d’œuvre coréen, ni sa profondeur philosophique, un même drame les relie : celui du doute et du mal inexpugnable.