Rencontre avec : Philippe Lesage & Arieh Worthalter

© FEMA

Philippe, vos films sont très souvent autobiographiques mais au sein même de ce cadre, on retrouve des thèmes récurrents ; comme la découverte du désir et du sentiment amoureux à l’adolescence. Pourquoi revenez-vous sans cesse à ces moments ? Qu’essayez-vous de capter, voire de comprendre ?

Philippe Lesage : Effectivement, peut-être que j’essaye de comprendre quelque chose qui m’échappe toujours. Mais j’aime bien avoir un peu de distance par rapport aux moments que je vais mettre en scène. D’ailleurs, dans mon prochain film, les personnages seront plus vieux ; ça monte toujours un peu en âge. Dans Comme le feu, ce qui est différent, c’est qu’ils sont confrontés à des adultes. Dans la jeunesse, ce qui m’interpelle c’est cette idée d’avenir : on arrive plein d’optimisme, d’idéalisme et on vit de grandes émotions pour la première fois, le sentiment amoureux étant peut-être celui qui nous déstabilise le plus. Et, malgré toutes les désillusions, toutes les déceptions, on continue de tendre la main aux adultes mais ils ne nous aident pas, au contraire, ils essayent de nous écraser, de nous punir. Dans mes films, il y a souvent cet ordre patriarcal très oppressant, destructeur pour les plus jeunes. Et j’espère que mes jeunes personnages vont être capables de rester intactes, de vouloir aimer sans chercher à se protéger. Car toutes les petites déceptions on les garde avec nous. On peut alors décider de vivre comme les personnages adultes du film, c’est à dire dans le regret, dans l’insatisfaction ou bien on garde ces déceptions en soi et on essaye d’en faire quelque chose de créatif, de beau, de porteur.

Arieh, est-ce cet élément qui vous a plu dans le cinéma de Philippe et qui vous a donné envie d’en faire partie ?

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Comme le feu

Actuellement au cinéma

© Shellac

Albert, ses deux enfants et un ami de son fils se rendent dans le grand nord canadien. Les trois jeunes, Max, Aliocha et Jeff y retrouvent Blake, ancien ami et collaborateur de leur père. Dans cette demeure isolée, les rencontres adolescentes se heurtent aux retrouvailles adultes, cyniques et cruelles.

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Vampire humaniste cherche suicidaire consentant

Actuellement au cinéma

© Wayna Pitch

Le premier long-métrage d’Ariane Louis-Seize dresse le portrait atypique et décalé d’une jeune fille de soixante-huit ans, Sasha : jeune, parce qu’elle est un vampire et que ces derniers vieillissent bien plus lentement que le commun des mortels. Sous ses airs renfrognés et sombres (son regard qui « tue ») elle renferme un cœur tendre, qui l’empêche de commettre des meurtres pour se nourrir. 

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Le Successeur

Actuellement au cinéma

© Haut et Court

La musique résonne, une pulsation sourde, rythmique, malsaine. Le tempo s’accélère, les corps défilent, rapides, élégants, regard fixé sur la caméra, main sur la hanche. C’est une spirale qui se forme sous nos yeux, des silhouettes qui s’enchaînent, points noirs sur fond blanc, un vortex sans fin de mannequins et de spectateurs qui nous avale sans possibilité d’échappatoire. C’est ainsi que s’ouvre le nouveau film de Xavier Legrand, qui revient après Jusqu’à la garde pour continuer sa  »trilogie du patriarcat » et interroger une nouvelle fois le système pervers de la violence masculine.

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Le Plongeur

© Wayna Pitch

Tout cinéphile habitué à prendre place dans un fauteuil rouge sans lire un synopsis ni regarder une bande annonce au préalable sera surpris en se rendant à la séance du film Le Plongeur. Pas de piscine, de mer, ou d’univers aquatique car Le Plongeur est de ces rares films bravant le quatrième mur, celui de l’arrière d’un restaurant, pour parler de ses coulisses. Vous l’aurez compris, le protagoniste ici plongera de la vaisselle.

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La réalité de l’image selon Cronenberg : Vidéodrome et eXistenZ

Rétrospective David Cronenberg

Max Renn (James Woods), captivé par l’image de Nicki Brand (Debbie Harry) sur Vidéodrome © S.N. Prodis

S’il est bien sûr reconnu comme l’éminent cinéaste du corps et de ce qui y grouille à l’intérieur, s’il est l’initiateur de ce que les commentateurs ont nommé le « body horror », ce sous genre de l’horreur qui se saisit du corps comme principal objet filmique, soumis à des transformations et de multiples transgressions, Cronenberg s’est toujours et tout autant penché sur les qualités de l’esprit, de la psyché et de l’impalpable. En témoigne l’empreinte de la psychanalyse sur ses récits, au point d’apparaître au grand jour comme jamais auparavant dans A Dangerous Method (2011), qui relate les balbutiements de cette science au début du XXème siècle. Ses films bâtissent également des univers mentaux gouvernés par une logique du fantasme, comme dans Le Festin nu (1991) où, fidèle à l’imaginaire chaotique et foisonnant de Burroughs, la réalité de Bill Lee se dissout dans un flux d’hallucinations provoqué par l’inoculation d’une poudre anti cafards. Un schéma narratif similaire se retrouve dans Vidéodrome (1983) et eXistenZ (1999), bien que l’objet causal de l’égarement psychique et perceptif des personnages y soit d’une toute autre nature.

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