Les Petites Marguerites

Arras Film Festival 2023

© Malavida

Les repas sont sans doute les moments de notre quotidien régis par plus de règles. D’ailleurs, l’un des premiers commandements de bienséance en société que l’on apprend n’est-il pas « tu ne joueras point avec la nourriture » ? Vera Chytilova offre à ses personnages un moment de rébellion régressif, pour mettre à mal la notion de décence et révéler son interprétation parfois, justement, enfantine. Car lorsque certains traitent mieux leur nourriture que leurs congèneres, l’humanisme se perd au service des conventions. Quoi de pire que des jeunes femmes qui se tiennent mal à table ?

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L’Abbé Pierre – Une vie de combats

Au cinéma le 8 novembre 2023

© Jérôme Prébois

Frédéric Tellier est ce que l’on pourrait qualifier de tenant actuel du “cinéma des grandes affaires sociales à la Gavras”. Ce sont ces héros, ces justes des temps modernes que Tellier prend en sujet. Alors qui de mieux que le Saint moderne par excellence ? Mais n’eût-il pas mieux valu laisser l’Abbé Pierre dormir en paix ?

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Slow

Prochainement

© Arras Film Festival 2023

Il y a le sexe, l’amour et tout ce qu’il y a entre les deux. Slow débute et termine par le sexe, entre les deux : l’amour. Elena est danseuse contemporaine et vit une sexualité décomplexée et fréquente. Dovydas est interprète en langue des signes et asexuel. Marija Kavtaradze filme l’éclosion du sentiment, la cohabitation des désirs et la construction de la relation. L’asexualité n’est jamais obstacle à surmonter ou défaut à gommer. C’est un état de fait avec lequel Elena compose son couple et à partir duquel Marija Kavtaradze choisit de construire son intrigue.

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La Passion de Dodin Bouffant

Au cinéma le 8 novembre 2023

© Gaumont

La cuisine a toujours investi de loin le cinéma très sensoriel de Trân Anh Hùng. Si l’on se prête au jeu du regard rétrospectif, les quelques soupes savamment mijotées par la jeune Mui dans L’odeur de la papaye verte ou les quelques nouilles dégustées par Cyclo annonçaient déjà La Passion de Dodin Bouffant. Dès son introduction, une longue préparation d’un généreux repas par Eugénie (Juliette Binoche) et Dodin (Benoit Magimel), le projet sonne comme une évidence, le cinéaste trouvant ici le parfait terrain de jeu pour sa mise en scène sensorielle.

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Le théorème de Marguerite

Au cinéma le 1er novembre 2023

©  Pyramide Distribution

Jeune mathématicienne à l’ENS, Marguerite effectue sa thèse sur la conjecture de Goldbach mais une erreur dans sa démonstration la pousse à abandonner ses travaux et commencer une nouvelle vie, plus ou moins loin des mathématiques. À l’image de la vie de sa protagoniste, le film d’Anna Novion s’en éloigne, lui aussi, constamment.

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Le Garçon et le Héron

Au cinéma le 1er novembre 2023

© Wild Bunch Distribution

Il n’est pas exagéré de décrire Hayao Miyazaki comme l’un des plus grands réalisateurs de notre temps. Des films comme Princesse Mononoké, Mon voisin Totoro ou Le château ambulant ont bercé l’enfance de générations entières et ont rempli leur imaginaire de nourriture délicieuse, de forêts magiques et de petites bestioles adorables – aussi bien que de traumatismes indélébiles. Bien que des rumeurs circulent déjà sur un nouveau projet du maître, Le Garçon et le Héron condense néanmoins en une explosion débordante la somme de son œuvre, et plus encore.

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Portraits Fantômes

Au cinéma le 1er novembre 2023

© Urban Distribution / Dean Medias

Après un détour métaphysique dans la campagne brésilienne pour le western Bacurau, dignement récompensé par le Prix du Jury au Festival de Cannes en 2019, Kleber Mendonça Filho porte son regard sur la ville de Recife. Déjà au centre d’Aquarius comme des Bruits de Recife, le réalisateur offre ici une nouvelle exploration, plus personnelle encore, de son lieu de naissance et clé de voute de son cinéma social et fantastique. Retour au bercail doublé d’un retour dans le temps : Portraits Fantômes amorce un voyage historique, politique et social à travers les salles de cinéma qui ont enchantées son enfance. Loin d’être un simple documentaire didactique sur un artiste ou un espace clairement définis, voici peut-être l’œuvre la plus intimiste et ambitieuse d’un auteur au sommet de son art.

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The Old Oak

Au cinéma le 25 octobre 2023

© Wild bunch Germany

À 87 ans, l’ancien combattant Ken Loach paraît plus que jamais fatigué. Au moins autant que son héros las mais résistant TJ Ballantyne, tenant à bout de bras son Old Oak (en français : vieux chêne…), dernier pub de son village minier du nord de l’Angleterre, paupérisé suite aux fermetures successives des mines, dans l’indifférence étatique. Alors que viennent s’y installer plusieurs familles de réfugiés syriens, notre brave Ballantyne, dont le nom rime avec « choukrane » (et qui a une lettre près s’appelait comme le whisky), choisit, sous l’impulsion de sa jeune amie Yara, d’ouvrir deux fois par semaine dans son bar une cantine gratuite pour les nécessiteux, accueillant familles de réfugiés et de déclassés.

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The Pod Generation

Au cinéma le 25 octobre 2023

© Jour2fête Distribution

La science-fiction n’est que la projection de nos espoirs et craintes vers un futur chaque jour plus incertain. De par son potentiel à générer des images fortes, qu’elles soient des croques mitaines robotiques du futur ou des monolithes noirs plus âgés que l’humanité, le genre a trouvé de beaux classiques au cinéma, si bien qu’il est difficile aujourd’hui de proposer des expériences nouvelles, aux idées fortes, sans tomber dans le sensationnalisme bas de gamme. La réalisatrice Sophie Barthes nous présente à son tour son high-concept cauchemardesque : une grossesse décharnée et accueillie à bras ouverts.

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Faux mouvement

Rétrospective Wim Wenders

© im Wenders Stiftung, Albatros Produktion, Solaris Film, WestDeutscher Rundfunk (W.D.R.)

Un an après l’errance de deux solitaires dans Alice dans les villes, Wim Wenders retrouvait celui qui deviendra son acteur fétiche, le blond taciturne et séduisant Rudiger Vögler, dans Faux mouvement, nouveau road movie cette fois-ci en couleurs mais autrement plus grisâtre dans le ton, épaississant un style et un univers fondés sur le sentiment postmoderne de l’épuisement et celui romantique du désenchantement, sources d’un besoin immodéré de mouvement.

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