Pédale rurale

Actuellement au cinéma

© Survivance

La solitude est-elle plus esthétique à la campagne ? Au bord des lacs ou dans les forêts, la confrontation avec l’altérité se fait moins fréquente, et la nature peut s’ériger en havre de paix. L’espace rural pourrait devenir ce terrain de jeu d’une marginalité fantasmée, à l’abri de la broyeuse capitaliste qu’est la ville… Pourtant, les marginalités, l’espace rural les additionne : celle du mode de vie s’ajoute à celle du territoire, qui rend aussi plus compliqué la naissance de communautés. Dans Des garçons de province (Gaël Lepingle, 2023), on assistait à plusieurs rencontres plus ou moins convaincantes entre des couples d’hommes. Le partenaire amoureux devient presque aléatoire, produit d’une nécessité née de la vacuité pesante du milieu. Pédale rurale s’intéresse précisément à la tension entre marginalité individuelle et expression collective, dans un environnement souvent idéalisé, ou au contraire, accusé d’hostilité. 

Continuer à lire … « Pédale rurale »

Le son des souvenirs

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures

Chaque décennie environ, Hollywood se réinvente par ses acteurs stars. Sang neuf, les nouvelles têtes d’affiches servent autant à remplir les salles qu’à recevoir des prix en arborant fièrement les vêtements d’une marque de luxe. Josh O’Connor et Paul Mescal, les deux stars qui nous intéressent ici, sont arrivés au bon moment. Propulsés tous deux du petit au grand écran, ils portent de rôle en rôle, de modestes en grandes productions, une image de marque. Celle d’une masculinité fragile, d’un corps rocailleux et athlétique mais cachant fissures et blessures en tout genre. Du rôle le plus réussi, The Mastermind, en passant par le pire, Hamnet, leurs visages inondent les rues, les gares et les téléphones. Leur confrontation était alors tout attendue. Confrontation ? Non, plutôt leur fusion, le frôlement de leurs deux images. Car ici, dans Le son des souvenirs, la confrontation s’évite. Hors de question de créer une guerre d’ego à la Belmondo-Delon, Stallone-Lundgren, ou, son autre variante, Stallone-Russell. L’un chante (Paul Mescal), l’autre compose (Josh O’Connor). Ils se rencontrent à l’aube de la Première Guerre mondiale sur les bancs de l’école de musique et, très rapidement, débute une passion intermittente et interrompue par les affres de l’Histoire.

Continuer à lire … « Le son des souvenirs »

Le mystérieux regard du flamant rose

Actuellement au cinéma

© Arizona Distribution

Une légende agite les habitants d’un petit village minier du nord du Chili. C’est au début des années 1980, alors que Pinochet dirige le pays d’une main de plomb à des milliers de kilomètres au sud de notre village. Là-bas, cohabitent mineurs bourrus et une troupe de cabaret queer. La plus jeune, Lidia, 11 ans, vit avec sa mère Flamenco, l’une des nombreuses artistes de la troupe. Lidia fait les frais de la légende. On raconte qu’un seul regard de l’une des membres du cabaret peut transmettre une maladie mortelle. Au milieu du désert chilien, la troupe devient alors la cible des peurs et des fantasmes.

Continuer à lire … « Le mystérieux regard du flamant rose »

Queerpanorama

Actuellement en ligne

© Dulac Distribution

« On n’est peut-être pas fait pour un seul moi. On a tort de s’y tenir. Préjugé de l’unité. » – Plume, Henri Michaux, 1938

Le panorama est ce qui nous fait voir de haut. Dans un paysage tout peut sembler minuscule ou interchangeable, et seulement quelques silhouettes se distinguent au milieu d’un tapis de similitudes. Le panorama désigne aussi un trompe l’œil : une peinture se faisant passer pour une vitre, mais qui n’est qu’un mur recouvert d’imitations. 

Continuer à lire … « Queerpanorama »

La rumeur

San Sebastián International Film Festival 2025

© 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. 

Lorsque Lillian Hellman, à qui le festival de San Sebastián dédie une rétrospective, écrit La rumeur, représenter ou faire allusion à l’homosexualité sur scène est illégal dans l’État de New York. Le réception critique et publique de sa pièce lui permet de braver cette interdiction et de monter l’œuvre à Broadway. En 1936, William Wyler en tourne une version. Mais sous le Code Hays, l’objet de la rumeur (l’homosexualité des deux professeures) est transformée en tromperie hétérosexuelle. C’est seulement en 1961 que Wyler pourra réaliser une nouvelle adaptation et un remake de son propre film, reprenant cette fois les thèmes originels de l’œuvre d’Hellman. 

Continuer à lire … « La rumeur »

La « Teenage Apocalypse Trilogy » de Gregg Araki, ou quand l’amour et la communauté ne suffisent pas

Actuellement au cinéma – ressortie

© Capricci

On espère depuis longtemps que Gregg Araki délaisse un peu la réalisation d’épisodes de séries (Dahmer, Riverdale, 13 Reasons Why…) pour se remettre au cinéma. C’est qu’il y a plus de dix ans depuis son dernier long métrage, White Bird in a Blizzard (2014) – qui avait par ailleurs reçu un accueil mitigé. Dans l’attente de I Want Your Sex (avec Olivia Wilde et Charli xcx), toujours sans date de sortie, on peut se replonger dans les débuts du réalisateur pionnier de la Queer New Wave : le 17 septembre, la « Teenage Apocalypse Trilogy », compose de Totally F***ed Up (1993), The Doom Generation (1995) et Nowhere (1997), s’offre une ressortie en salle.

Continuer à lire … « La « Teenage Apocalypse Trilogy » de Gregg Araki, ou quand l’amour et la communauté ne suffisent pas »

Langue étrangère

Actuellement au cinéma

© Ad Vitam

Le titre du film est évocateur. Langue étrangère, le troisième long-métrage de Claire Burger, est une histoire de langues : deux organes qui se rencontrent au moment de l’échange d’un baiser ; mais aussi une communication entravée par des mots que l’on cherche, que l’on ne trouve pas, et qui séparent.

Continuer à lire … « Langue étrangère »

Lan Yu

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Le désir peut-il résister au passage du temps ? C’est l’une des questions que pose Lan Yu, film magnifique du méconnu Stanley Kwan, dont une partie de l’œuvre fait l’objet d’une ressortie en salles orchestrée par Carlotta. Réalisé cinq ans après son coming-out out, faisant de Kwan l’un des rares cinéastes ouvertement gays d’Asie, le film raconte l’histoire d’amour qui unit Handong, golden boy de la finance à Pékin, et Lan, un étudiant désargenté qui s’essaie à la prostitution. Le scénario est adapté d’un roman anonyme publié sur internet en 1998 et aborde par un prisme intime la clandestinité forcée des relations homosexuelles dans la Chine post-Mao.

Continuer à lire … « Lan Yu »

L’Innocence

Actuellement au cinéma

© Le Pacte

Au départ, ce sont des petits détails. Des mèches de cheveux coupées, une basket manquante, de la terre dans une gourde. Mais l’inquiétude monte chez Saori, la mère de Minato. Depuis la mort de son mari, elle élève seule ce petit garçon de CM2, calme et silencieux, qui pose parfois des questions étranges sur la greffe de cerveaux de porc dans les crânes humains ou sur les animaux en lesquels il pourrait se réincarner. Devant le comportement de plus en plus inquiétant de Minato, Saori en conclut qu’il est harcelé à l’école. C’est le début d’une enquête qui dissimule, sous des airs de thriller, une histoire à la fois bien plus douce et terrible que ce que les adultes peuvent imaginer.

Continuer à lire … « L’Innocence »

Kokomo City

Actuellement au cinéma

© Magnolia Pictures

Un clip de hip-hop avec des transitions coup de poing, des lettres jaunes dégoulinantes qui s’écrasent sur l’image, et un discours sur l’intersectionnalité des luttes trans, noires et féministes mieux articulé que certaines thèses académiques : c’est le mélange explosif mis en place par D. Smith. Dans ce documentaire qui brise tous les codes du genre, le rire, la tragédie, la performance expérimentale, l’exubérance flamboyante et le quotidien le plus banal se côtoient en un débordement parfois étourdissant mais toujours fascinant.

Continuer à lire … « Kokomo City »