Les repas sont sans doute les moments de notre quotidien régis par plus de règles. D’ailleurs, l’un des premiers commandements de bienséance en société que l’on apprend n’est-il pas « tu ne joueras point avec la nourriture » ? Vera Chytilova offre à ses personnages un moment de rébellion régressif, pour mettre à mal la notion de décence et révéler son interprétation parfois, justement, enfantine. Car lorsque certains traitent mieux leur nourriture que leurs congèneres, l’humanisme se perd au service des conventions. Quoi de pire que des jeunes femmes qui se tiennent mal à table ?
Frédéric Tellier est ce que l’on pourrait qualifier de tenant actuel du “cinéma des grandes affaires sociales à la Gavras”. Ce sont ces héros, ces justes des temps modernes que Tellier prend en sujet. Alors qui de mieux que le Saint moderne par excellence ? Mais n’eût-il pas mieux valu laisser l’Abbé Pierre dormir en paix ?
Il y a le sexe, l’amour et tout ce qu’il y a entre les deux. Slow débute et termine par le sexe, entre les deux : l’amour. Elena est danseuse contemporaine et vit une sexualité décomplexée et fréquente. Dovydas est interprète en langue des signes et asexuel. Marija Kavtaradze filme l’éclosion du sentiment, la cohabitation des désirs et la construction de la relation. L’asexualité n’est jamais obstacle à surmonter ou défaut à gommer. C’est un état de fait avec lequel Elena compose son couple et à partir duquel Marija Kavtaradze choisit de construire son intrigue.
La cuisine a toujours investi de loin le cinéma très sensoriel de Trân Anh Hùng. Si l’on se prête au jeu du regard rétrospectif, les quelques soupes savamment mijotées par la jeune Mui dans L’odeur de la papaye verte ou les quelques nouilles dégustées par Cyclo annonçaient déjà La Passion de Dodin Bouffant. Dès son introduction, une longue préparation d’un généreux repas par Eugénie (Juliette Binoche) et Dodin (Benoit Magimel), le projet sonne comme une évidence, le cinéaste trouvant ici le parfait terrain de jeu pour sa mise en scène sensorielle.
Jeune mathématicienne à l’ENS, Marguerite effectue sa thèse sur la conjecture de Goldbach mais une erreur dans sa démonstration la pousse à abandonner ses travaux et commencer une nouvelle vie, plus ou moins loin des mathématiques. À l’image de la vie de sa protagoniste, le film d’Anna Novion s’en éloigne, lui aussi, constamment.
On avait l’habitude d’appréhender l’œuvre de Mélanie Laurent sous l’angle de la poésie, de l’intimité et de l’émotion (notamment avec Respire, sélectionné à La Semaine de la Critique à Cannes, en 2014). Avec Voleuses, elle signe un film d’action décalé, une comédie dramatique féministe en contre-point des blockbuster américains éminemment masculins. C’est en cela original, mais le film obéit malheureusement la plupart du temps au cliché et au formatage.
Il n’est pas exagéré de décrire Hayao Miyazaki comme l’un des plus grands réalisateurs de notre temps. Des films comme Princesse Mononoké, Mon voisin Totoro ou Le château ambulant ont bercé l’enfance de générations entières et ont rempli leur imaginaire de nourriture délicieuse, de forêts magiques et de petites bestioles adorables – aussi bien que de traumatismes indélébiles. Bien que des rumeurs circulent déjà sur un nouveau projet du maître, Le Garçon et le Héron condense néanmoins en une explosion débordante la somme de son œuvre, et plus encore.
Après le prix du jury au festival de cannes en 2019, le réalisateur brésilien revient avec un documentaire multiforme à la richesse démentielle. Que cela soit pour dessiner les portraits de sa famille ou des salles de cinéma de son quartier, Kleber Mendonça Filho pose son regard mélancolique et plein d’empathie avec une maitrise cinématographique impressionnante sur laquelle il a accepté de se confier.
Portraits Fantômes couvre l’industrie du cinéma de Recife étalée sur une large période tout en narrant l’histoire de votre maison familiale, ce qui résulte en une grande masse d’information et un rythme de montage assez rapide. Pourtant, tout parait cohérent et parfaitement fluide. Comment vous êtes-vous organisé ?
J’avais des idées écrites sur des carnets, des calepins ou même sur mon téléphone mais le film n’avait pas de scénario, ainsi tout s’est décidé au montage, un processus très long car rien n’était réellement prévu à l’avance. Je ne suivais aucune règle ou idée préconçue, il s’agissait d’écouter et de faire attention aux besoins de l’œuvre. Par exemple, un passage faisait défiler une collection d’anciens films et cela paraissait trop pragmatique, sec. Il faut trouver de quoi le film parle, où il se dirige, et je n’étais pas satisfait du montage. J’ai lentement pris conscience des plus grandes difficultés, dont l’une était que ma femme et moi avions décidé de déménager, de quitter cette maison dans laquelle j’avais vécu tout ma vie. Il y avait cette impression de changement imminent, de devoir abandonner tout un pan de ma mémoire, de souvenirs très forts que j’ai de cet endroit. J’ai redécouvert, entre autres, les nombreux films amateurs que j’y avais tournés avec des amis, surtout de l’horreur, avec beaucoup de faux sang. Je trouvais beau de montrer cette maison à travers les nombreuses archives que j’avais en ma possession, que cela soit des vidéos VHS ou Betacam. C’est ainsi que l’on peut photographier le temps : voir la même pièce évoluer sur une vingtaine d’années, d’abord en 35 mm, puis VHS, puis en film. J’ai fait de nombreuses découvertes, retrouvé des souvenirs enterrés comme ces photographies de fantômes et un ami déclarant que j’étais médium. Tous ces éléments ont formé la première partie du film pour une durée d’environ vingt-cinq minutes, alors que cinq étaient prévues à l’origine.
Votre film est chapitré, en commençant d’abord par la maison de votre famille, puis le cinéma du quartier, comme dans un mouvement d’expansion continu. Est-ce une structure qui est apparue très tôt dans la conception de l’œuvre ? Ou plus en aval, lors du montage ?
Qu’est-ce qu’un bon Nakache et Toledano ? Question légitime, car après 7 longs métrages parmi lesquels d’immenses succès populaires et critiques (Intouchables, Nos Jours Heureux, Le Sens de la Fête ou encore Hors Normes), on est en droit de s’interroger sur le secret de la réussite des comédies sociales du tandem. Ce qui amène également à disséquer leur 8ème et dernier film, Une Année Difficile, ne réitérant ni la recette ni l’accueil de ses prédécesseurs.