La Corse, son sable blanc, sa mer bleue et son maquis flamboyant. La Corse, ses gangs, ses trafics et ses explosions. Dans Borgo, Stéphane Demoustier transforme l’île de beauté en terrain miné. Plus de nature ensoleillée mais la grisaille urbaine. Entre la pluie et les vagues, l’eau commence à monter et Mélissa, gardienne de prison, peine à rester à la surface.
Sur Internet, il existe un espace dans lequel des joueurs s’affrontent pour leur survie. Au cœur d’une nature foisonnante, les utilisateurs du monde entier se regroupent en factions, sous la houlette du plus fort. Qui sont ces chefs auto-proclamés et ceux qui, sans connaître leur identité réelle, obéissent à leurs ordres ? Quels sont les secrets de ce lieu en 3D et les règles pour réussir à y subsister ? Ekiem Barbier, Guilhem Causse et Quentin L’helgoualc’h décident de réaliser un documentaire sur cet îlot virtuel. Pour cela, ils choisissent trois avatars et partent explorer cet univers connecté.
C’est un premier teen movie sensible, profondément onirique et poétique que livrent Nara Normande et Tiao. Un film construit tout en métaphores, qui développeune vision de l’adolescence tanguant entre ennui, quatre cent coups en groupe, premiers émois charnels et, surtout, fantasmes à connotation lyrique. Car plus qu’une histoire d’amour entre deux jeunes filles, c’est ce qui la précède que saisit la réalisatrice. Soit les infimes instants, presque anodins en somme, qui structurent et composent une relation à venir. Une période charnière de l’existence où les sentiments sont exacerbés, et où chaque regard, chaque geste, devient puissamment signifiant.
Pour Takumi, homme à tout faire du village de Mizubiki, récolter l’eau de source est une tâche minutieuse. Se rendre à la rivière, remplir soigneusement quelques bidons puis les ramener péniblement à la voiture, le tout dans un silence imperturbable. La tâche est reproduite deux fois au cours du Mal n’existe pas, nouveau-né de Ryusuke Hamaguchi : une première avec son ami cuistot, qui utilise l’eau pour cuisiner ses udon, puis une seconde avec deux agents de communication, venus présenter le projet de glamping, s’installant prochainement dans la région. Dans cette répétition somme toute anodine, Hamaguchi distille la mécanique sournoise de ce nouveau long-métrage.
Passé relativement inaperçu à sa sortie en 1986, Hitcher de Robert Harmon nous revient dans une copie restaurée, permettant d’enfin rétablir cette erreur d’appréciation. Il faut dire que le projet d’origine avait de quoi dérouter. Pensé par son auteur comme un film d’exploitation gore et ultra-violent centré sur la figure d’un autostoppeur psychopathe, le scénario a subi de nombreux remaniements jusqu’à finir amputé de ses scènes les plus explicites. En résulte un thriller assez bancal, littéralement troué, mais c’est justement dans ses manquements, ses absences, que ce film ménage des espaces de liberté particulièrement féconds pour le spectateur.
Préférez-vous passer trois années en prison puis jouir d’une liberté totale, sans travail, jusqu’à la fin de vos jours, ou bien accepter encore vingt-cinq années de dur labeur avant la retraite ? – voilà un dilemme, aberrant d’apparence, qui résonne pourtant aujourd’hui en France de manière toute particulière. Morán, ne se limite pas à y songer. Cet employé à la Banque Sociale Coopérative de Buenos Aires se saisit du plan qu’il a manifestement en tête depuis un certain temps… Profitant un soir du départ anticipé de son collègue Roman, il accède à la salle des coffres de l’établissement. L’occasion rêvée pour entraîner Roman dans son crime et en faire un complice malgré lui.
Le Jeu de la reine se livre d’abord comme un conte. Dans un royaume – notez le choix non fortuit de l’indéfini – empesté, en proie aux conflits religieux alors que la réforme luthérienne se propage dans le peuple, un roi ogre, colérique et gangrené, perpétue un climat de terreur, relate Elizabeth, future souveraine au règne glorieux. Avant elle, il y eut Catherine Parr, que le film considère en inspiratrice d’un tournant politique. En portant son regard sur l’épouse ultime d’Henri VIII, Karim Aïnouz suit le même horizon que Priscilla (Sofia Coppola, 2023)qui révisait le mythe d’un autre roi, Elvis, à travers le parcours de son épouse jeune fille. Il édifie à son tour un contre-récit, où les femmes se révèlent actrices du mouvement historique.
O corno dresse le portrait sensible, vibrant et charnel de Maria, une femme aidant d’autres femmes à donner la vie, ou plus occasionnellement, à avorter, dans l’Espagne franquiste des années 70.
En 1999, Christine Angot publie L’Inceste, un roman dans lequel elle raconte les viols que lui a fait subir son père. Vingt ans plus tard et deux caméras derrière elle, elle décide d’aller à la rencontre des membres de sa famille pour les interroger sur un silence qui dure encore aujourd’hui.
Initié par Léa Glob comme un projet étudiant, Apolonia, Apolonia s’est finalement mué en un travail de longue haleine, couvrant pas moins de treize années de la vie de son personnage principal. En résulte un film vertigineux d’une densité rare, embrassant du même geste le cheminement personnel d’Apolonia Sokol, « painteresse » en quête d’une place dans le milieu de l’art, et les bouleversements intimes et politiques qui agitent la société autour d’elle.