Matilde Landeta est une des (trop nombreuses) cinéastes oubliées du champ cinématographique international. Dans son troisième long-métrage, la réalisatrice mexicaine reste fidèle aux questions féministes qui sillonnent l’ensemble de son parcours.
« Pour comprendre Lee Miller, il faut prendre en compte toute son expérience de vie. On la réduit souvent à son statut de mannequin, de muse, de photographe de mode ou de cuisinière. Si vous prenez n’importe laquelle de ces étiquettes isolément, vous ne pourrez pas comprendre la vraie Lee Miller. Il faut regarder l’ensemble pour vraiment appréhender qui elle était, comment elle en est arrivée à faire les photos qu’elle a faites, et pourquoi. » Dans une Grande Traversée que France Culture consacrait à Lee Miller, la conservatrice de musée Hilary Roberts pointait du doigt un écueil récurrent lorsqu’on évoque la vie de l’artiste. Par excès de zèle, Kate Winslet et Ellen Kuras répètent l’erreur dans leur biopic Lee Miller en se focalisant sur l’étiquette ‘photographe de guerre’ pour les besoins d’un film épique aux accents mélodramatiques. Le résultat rend un maladroit hommage à cette artiste extraordinaire.
Le vent bat la côte, un hurlement constant se mêle au bruit des vagues déchaînées qui s’écrasent sur les rochers où survivent quelques plantes rachitiques. Sous l’eau, tout est plus calme : une forêt d’algues danse lentement, protégeant sous ses frondaisons la population de phoques gris. Selon une ancienne légende, ils sortiraient de l’eau, transformés en humain, le temps d’une nuit. S’ils restent jusqu’au lever du soleil, ils sont condamnés à rester humains pour toujours et errent sur terre, regrettant l’époque où ils pouvaient nager librement. C’est dans ce paysage austère des Orcades, une île au large d’une île au large d’une île, que Nora Fingscheidt filme The Outrun, dont la poésie de l’image rivalise avec celle des mots.
Quand une suite de Joker en comédie musicale fut annoncée, certains crurent à une mauvaise blague. C’est qu’après le succès fracassant du thriller social sous fard DC Comics, couleur Nouvel Hollywood, aux résonances plus qu’inattendues, le personnage devenant un symbole de Beyrouth jusqu’à Hong-Kong du soulèvement des opprimés, le monde semblait réclamer une suite. Tout au moins la Warner.
« Papa est en voyage d’affaires », c’est ce qu’on répète au jeune Malik dont le père est arrêté et envoyé dans un camp de travail. À Sarajevo dans les années 50, la rupture Tito-Staline provoque de nombreuses délations de la part des habitants, et les rivalités familiales prennent des tournures politiques.
Des pluies nocturnes de Mumbai aux premières lueurs du matin sur l’océan, All We Imagine as Light est, comme son titre l’indique, subtilement guidé par les lumières qui composent son univers. Ce motif esthétique, parfois propice à un symbolisme gauche, s’intègre ici en filigrane dans une œuvre empreinte de pudeur et de modestie.
En 1974, Just Jaeckin adapte Emmanuelle, le roman d’Emmanuelle Arsan. Il fait de son héroïne une jeune cruche craquante, qui n’a d’autres désirs que de satisfaire ceux des hommes. Sous couvert de réflexions philosophiques (entre deux scènes de viol, Alain Cuny disserte sur la différence entre sexe et érotisme), le film propose un univers fantasque où tout n’est que fantasme. En 1974, on jouit de tout, avec tout et sur tout.
Après un rapide retour en France avec Oxygène, réalisé en 2021 spécialement pour l’usine à contenus Netflix, Alexandre Aja revient au grand écran et à une production 100% américaine avec Mother Land. Dans ce film d’horreur en forme de conte de fées, June et ses deux enfants vivent dans les bois après la fin du monde. Ils survivent en chassant aux abords de leur maison en prenant garde de respecter une règle cruciale : ne jamais, sous aucun prétexte, se défaire de la corde qui les relie à la demeure et les immunise du Mal qui rôde à l’extérieur.
En 2022, Mohammad Rasoulof est emprisonné. Il assiste depuis sa cellule à la naissance du mouvement « Femme, vie, liberté », qui lui inspire un nouveau film. Alors qu’il est en train d’en terminer le montage au début de l’année 2024, une nouvelle condamnation frappe le cinéaste. Il n’a plus d’autre recours que de fuir son pays. Tourné dans le secret le plus total, Les Graines du figuier sauvage est son message d’admiration à la résistance des femmes et à la témérité de la nouvelle génération iranienne. Un film sur le courage, qui fait lui-même acte de bravoure.
Le titre du film est évocateur. Langue étrangère, le troisième long-métrage de Claire Burger, est une histoire de langues : deux organes qui se rencontrent au moment de l’échange d’un baiser ; mais aussi une communication entravée par des mots que l’on cherche, que l’on ne trouve pas, et qui séparent.