Un été afghan

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Dans une maison où s’entassent les archives, un homme âgé se replonge dans des mémoires tangibles, captations toujours inexploitées, encore à l’état de rushs. James Ivory retrouve les images qu’il a saisies il y a plus de 60 ans. Un été afghan débute ainsi, sur les prises de vues d’un homme partant en quête de ses souvenirs. D’un homme qui concrétise aujourd’hui un film sur le projet d’une œuvre passée, d’un monde passé à un monde présent.

Continuer à lire … « Un été afghan »

Kokomo City

Actuellement au cinéma

© Magnolia Pictures

Un clip de hip-hop avec des transitions coup de poing, des lettres jaunes dégoulinantes qui s’écrasent sur l’image, et un discours sur l’intersectionnalité des luttes trans, noires et féministes mieux articulé que certaines thèses académiques : c’est le mélange explosif mis en place par D. Smith. Dans ce documentaire qui brise tous les codes du genre, le rire, la tragédie, la performance expérimentale, l’exubérance flamboyante et le quotidien le plus banal se côtoient en un débordement parfois étourdissant mais toujours fascinant.

Continuer à lire … « Kokomo City »

Ricardo et la Peinture

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Barbet Schroeder est un personnage de cinéma. Fait connu, le fondateur des Films du Losange a pratiqué maintes fois le caméo, mais Barbet Schroeder est aussi personnage de ses films, plus particulièrement de ses documentaires. Dans sa trilogie du mal, discret, il se discerne en une voix, en un commentaire saillant qui sort de l’ombre et vient brutalement nous replacer dans une certaine lucidité face aux flots d’horreurs évoquées. Alors quand vient la beauté, l’amitié, Barbet fleuri, Barbet sourit, surtout quand il y a Ricardo et sa peinture.

Continuer à lire … « Ricardo et la Peinture »

Little Girl Blue

Au cinéma le 15 novembre 2023

© Tandem Films

Avec Little Girl Blue, Mona Achache signe un film intimiste et puissant, relevant de l’autofiction. Un genre qui lui permet de traiter d’un sujet documentaire avéré, tout en y insérant la complexité de ses émotions ; soit une forme de cache, une distorsion propre à son regard. Car ce qu’elle cherche à scinder relève de la vie tourmentée de sa mère, Carole Achache. 

Continuer à lire … « Little Girl Blue »

Rencontre avec : Kleber Mendonça Filho

© Urban Distributions / Dean Medias

Après le prix du jury au festival de cannes en 2019, le réalisateur brésilien revient avec un documentaire multiforme à la richesse démentielle. Que cela soit pour dessiner les portraits de sa famille ou des salles de cinéma de son quartier, Kleber Mendonça Filho pose son regard mélancolique et plein d’empathie avec une maitrise cinématographique impressionnante sur laquelle il a accepté de se confier.

Portraits Fantômes couvre l’industrie du cinéma de Recife étalée sur une large période tout en narrant l’histoire de votre maison familiale, ce qui résulte en une grande masse d’information et un rythme de montage assez rapide. Pourtant, tout parait cohérent et parfaitement fluide. Comment vous êtes-vous organisé ?

J’avais des idées écrites sur des carnets, des calepins ou même sur mon téléphone mais le film n’avait pas de scénario, ainsi tout s’est décidé au montage, un processus très long car rien n’était réellement prévu à l’avance. Je ne suivais aucune règle ou idée préconçue, il s’agissait d’écouter et de faire attention aux besoins de l’œuvre. Par exemple, un passage faisait défiler une collection d’anciens films et cela paraissait trop pragmatique, sec. Il faut trouver de quoi le film parle, où il se dirige, et je n’étais pas satisfait du montage. J’ai lentement pris conscience des plus grandes difficultés, dont l’une était que ma femme et moi avions décidé de déménager, de quitter cette maison dans laquelle j’avais vécu tout ma vie. Il y avait cette impression de changement imminent, de devoir abandonner tout un pan de ma mémoire, de souvenirs très forts que j’ai de cet endroit. J’ai redécouvert, entre autres, les nombreux films amateurs que j’y avais tournés avec des amis, surtout de l’horreur, avec beaucoup de faux sang. Je trouvais beau de montrer cette maison à travers les nombreuses archives que j’avais en ma possession, que cela soit des vidéos VHS ou Betacam. C’est ainsi que l’on peut photographier le temps : voir la même pièce évoluer sur une vingtaine d’années, d’abord en 35 mm, puis VHS, puis en film. J’ai fait de nombreuses découvertes, retrouvé des souvenirs enterrés comme ces photographies de fantômes et un ami déclarant que j’étais médium. Tous ces éléments ont formé la première partie du film pour une durée d’environ vingt-cinq minutes, alors que cinq étaient prévues à l’origine.

Votre film est chapitré, en commençant d’abord par la maison de votre famille, puis le cinéma du quartier, comme dans un mouvement d’expansion continu. Est-ce une structure qui est apparue très tôt dans la conception de l’œuvre ? Ou plus en aval, lors du montage ?

Continuer à lire … « Rencontre avec : Kleber Mendonça Filho »

Portraits Fantômes

Au cinéma le 1er novembre 2023

© Urban Distribution / Dean Medias

Après un détour métaphysique dans la campagne brésilienne pour le western Bacurau, dignement récompensé par le Prix du Jury au Festival de Cannes en 2019, Kleber Mendonça Filho porte son regard sur la ville de Recife. Déjà au centre d’Aquarius comme des Bruits de Recife, le réalisateur offre ici une nouvelle exploration, plus personnelle encore, de son lieu de naissance et clé de voute de son cinéma social et fantastique. Retour au bercail doublé d’un retour dans le temps : Portraits Fantômes amorce un voyage historique, politique et social à travers les salles de cinéma qui ont enchantées son enfance. Loin d’être un simple documentaire didactique sur un artiste ou un espace clairement définis, voici peut-être l’œuvre la plus intimiste et ambitieuse d’un auteur au sommet de son art.

Continuer à lire … « Portraits Fantômes »

Green Border

Festival international du film de La Roche-sur-Yon 2023

© Condor Distribution

De Green Border on ne verra que la frontière mais pas la couleur. Agnieszka Holland nous amène dans une sorte de non lieu colorimétrique. Un champ de bataille actuel au sein duquel le noir et blanc rappelle les atrocités des guerres passées. Dans la forêt marécageuse qui abrite la frontière entre la Biélorrussie et la Pologne, le soleil a du mal a traverser l’épaisse couverture d’arbres. Récit sombre d’un endroit dangereux, de ceux qui y passent et de ceux qui y restent.

Continuer à lire … « Green Border »

Notre corps

Au cinéma le 4 octobre 2023

© Dulac Distribution

L’une des premières séquences du film capte, de dos, capuche enfoncée sur la tête, le discours d’une adolescente tombée enceinte lors de son premier rapport. La médecin qui l’écoute, tente, avec délicatesse, d’amorcer les thèmes du consentement et de l’avortement. C’est un premier pas vers la prévention, l’éducation sexuelle. Dans le champ, il y a le corps prostré de la jeune fille face au visage tendre et compréhensif de la médecin. C’est un face à face qui devient progressivement dialogue : petit à petit, la cinéaste s’empare, par des mouvements d’aller-retour, du discours du personnel soignant, tout autant que de celui des patientes. 

Continuer à lire … « Notre corps »

Comme une louve

Au cinéma le 20 septembre 2023

© Alba Films

Inspiré d’une histoire vraie, Comme une louve raconte le parcours chaotique d’une jeune mère de vingt-six ans, Lily , qui élève seule ses trois enfants. Elle est animale, organique, vis dans le peau à peau, la fusion et elle aime sa progéniture, la couve, la couvre – peut-être un peu trop. Habitant dans la précarité d’un foyer, elle se voit un jour confrontée à la rigidité impitoyable et la rationalité des services sociaux, qui l’accusent à tort de mauvais traitements, et lui retirent la garde de ses protégés. 

Continuer à lire … « Comme une louve »

Loup y es-tu ?

Au cinéma le 13 septembre 2023

© Morgane Production

Un enfant de 10 ans reçoit un adulte et lui demande son carnet de correspondance ; une fille appelle son frère « la chose » et regrette sa naissance, sous l’œil amusé de sa mère ; un groupe d’adolescents débat de leur avenir jusqu’à ce que l’un révèle ses envies suicidaires… entrecoupé des aventures d’un étrange petit personnage fait de deux morceaux de crayon. La réalisatrice Clara Bouffartigue a posé sa caméra au centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) et y a suivi durant plusieurs années les rendez-vous de plusieurs enfants chez des pédopsychiatres au gré des réussites comme des échecs.

Continuer à lire … « Loup y es-tu ? »