Des pluies nocturnes de Mumbai aux premières lueurs du matin sur l’océan, All We Imagine as Light est, comme son titre l’indique, subtilement guidé par les lumières qui composent son univers. Ce motif esthétique, parfois propice à un symbolisme gauche, s’intègre ici en filigrane dans une œuvre empreinte de pudeur et de modestie.
Les frères Larrieu présentaient cette année au Festival de Cannes leur bouleversante adaptation du livre éponyme de Pierric Bailly, Le Roman de Jim. Ancré dans la réalité de notre époque, voici le récit de l’aventure d’un personnage illustrant avec justesse les schémas familiaux d’aujourd’hui. Mis en scène comme un véritable roman visuel, le passage du livre à l’image est retranscrit à merveille dans une œuvre qui questionne la paternité au sein d’une famille recomposée. Mais si le film est dédié à Jim, c’est Aymeric (Karim Leklou), son père adoptif, qui raconte l’histoire.
Une affaire de famille. Tel est le cinéma d’Honoré, métafilmiquement – on y retrouve souvent des visages fidèles – et thématiquement, tâchant de redessiner les contours de la sphère familiale. Une affaire de famille, mais aussi de fantômes, ce qu’illustrait plus foncièrement que jamais Chambre 212. Dans Marcello Mio, c’est moins un spectre qui hante le présent que les vivants qui hantent les absents. Au point d’en ressusciter. Chiara Mastroianni devenant le fantôme de son père dans une fiction où chacun campe son propre rôle, participant d’une comédie rêveuse où l’identité vacille.
Plongée sur la silhouette effacé d’Alma (Isabelle Huppert) au milieu des fleurs, le plan inaugural de La Prisonnière de Bordeaux annonce d’ores et déjà, par un jeu de miroir qui convoque furtivement Cocteau, un enfermement subtil de la figure féminine. Face aux personnalités instables qui occupaient jusqu’alors son œuvre, des flics bornés jusqu’aux tueurs dérangés, le virage entrepris par Patricia Mazuy de la brutalité vers une mélancolie sous-jacente a de quoi surprendre et laisser rêveur, impatient de voir ses talents de metteuse en scène s’adapter au mélodrame.
Tournant à un rythme effréné, l’ancien marginal qui règne aujourd’hui en maître sur le cinéma français nous avait laissé·e·s épuisé·e·s par son Daaaaaali. Réduite à des gimmicks, sa mise en scène boursouflée y masquait difficilement le vide abyssal qui menaçait constamment d’engloutir le film. Moins de quatre mois plus tard, Quentin Dupieux nous revient avec une forme dépouillée, rapprochant d’emblée ce Deuxième Acte de Yannick, plus gros succès public à ce jour du réalisateur. En lieu de théâtre, le décor est cette fois-ci celui d’un restaurant abritant le tournage d’une comédie méta, écrite et réalisée par une intelligence artificielle, interprétée par Florence (Léa Seydoux), Guillaume (Vincent Lindon), Willy (Raphaël Quenard) et David (Louis Garrel).