Les journalistes sur place l’ont assez répété : malgré une compétition de bon niveau cette année, aucun film ne s’est réellement détaché dans la course à la Palme. Pas vraiment de chef d’œuvre donc, ni de palme évidente au rendez-vous, mais de belles émotions tout de même et de l’incompréhension, aussi, suite à l’annonce du palmarès qui ne nous a pas pleinement satisfaits. Contrairement à une grande partie de la presse, ce n’est pas devant Sans filtre (Triangle of Sadness) et sa palme d’or que l’on s’est étranglé. On a même beaucoup jubilé devant cette nouvelle satire de Ruben Östlund où un couple de mannequins-influenceurs en croisière sur un yacht voit son luxe propret et confortable voler en éclats. Sur le bateau, tout déborde, tout explose dans un chaos où l’on vomit et où l’on fait vomir le capitalisme. Il est par ailleurs assez ironique que le festival ait choisi de récompenser un film qui en reflète certains de ses aspects, tels que le culte des apparences et les différences de classe. En somme, peut-être est-ce moins le cynisme du film qui dérange ses détracteurs que le miroir qu’il tend à nos viles hypocrisies.
On aurait pu croire à un film sensible sur les rapports conflictuels entre un frère et une sœur, comme l’indiquait le synopsis. Au lieu de cela, Frère et sœur devient rapidement un drame petit bourgeois dans lequel deux jeunes artistes se haïssent à la mort pour on ne sait quelle raison.
Remake d’un film étudiant japonais, la nouvelle comédie de Michel Hazanavicius nous entraîne sur le tournage chaotique d’un film de zombies et nanar du genre.
Histoire singulière de l’amitié qui se développe entre un jeune homme perturbé et une héritière vivant dans une maison qui a perdu sa gloire d’antan, Nitram suit la descente aux enfers de son personnage éponyme, joué à la perfection par Caleb Landry Jones (prix d’interprétation masculine du Festival de Cannes en 2021) pour s’achever dans la plus cruelle des violences.
Issue du genre documentaire, Tatiana Huezo signe avec Prayers for the Stolen (Noche de Fuego, pour qui préférera l’espagnol) sa première incursion dans la fiction, un genre qui déjà lui sourit puisque le film fut distingué par une mention spéciale à Cannes l’an dernier, dans la section Un Certain Regard. Une moindre récompense pour une œuvre marquante qui fut l’un des chocs discrets de cette édition.
La Nuit. Un cri. Un homme brûle dans la cour d’une usine décrépie. Acte de transgression suprême, l’immolation par le feu érige celui qui la choisit, et la subit, au rang des martyrs, des sacrifiés pour une cause collective. En choisissant d’ouvrir son film par une telle séquence, qui ranime en nous nombre d’événements et d’images chocs qui ont jalonné notre histoire récente et, nécessairement, celle du cinéma (Dans Persona par exemple, les images documentaires du Bonze s’immolant à Saïgon en 1962), Omar El Zohairy lui confère d’emblée une portée politique, pour mieux l’acheminer ensuite vers la fable kafkaïenne.
Comment un jeune séminariste de dix-sept ans en arrive-t-il à décapiter un garçon plus jeune que lui ? C’est l’ambition du cinéaste Vincent Le Port : remonter aux origines d’un meurtrier méconnu.
Le second long métrage d’Anita Rocha da Silveira propose un savant mélange de genres pour dénoncer un extrémisme masqué. Que se passe t-il lorsque les femmes – armées d’une puissante volonté émancipatrice – se retournent vers leurs semblables ? Une perte de sens, de valeurs, de cohésion. Glaçant.
Alain Guiraudie déboule sur la scène du cinéma français au début des années 2000. À travers une exploration pittoresque du territoire français, il nous propose des personnages aussi touchants qu’inquiétants. Le cinéaste provoque visions mystiques et rires francs avec la même impudence. Son nouveau long-métrage Viens je t’emmène sort ce mercredi au cinéma.
Quel était le point de départ de Viens je t’emmène ? Était-ce plutôt les attentats ou cette notion de vivre-ensemble ?
Alors ça, ça m’est toujours dur d’y répondre… Pourtant, la question revient beaucoup ! Je pense que je voulais faire un film sur l’époque. On ne peut pas dire que mes films soient d’une actualité brûlante donc là, je m’étais dit qu’il fallait en parler. Je pense aussi que les attentats ont été un gros traumatisme et je me demande toujours pourquoi on arrive pas à en parler, de ces traumatismes. Pourquoi on a mis tant de temps à parler du sida, par exemple ? Moi le premier, d’ailleurs. Je n’ai jamais vraiment traité le sujet, je l’ai évoqué. Les attentats, depuis New York en 2001, ce sont aussi des événements qui impriment nos vies. Tout comme la réduction des libertés qu’ils entrainent… C’était important d’en parler mais pas que de ça. De toute façon, je ne sais pas prendre un sujet et le traiter, ça ne m’intéresse pas vraiment. L’idée était de parler de l’époque, avec mon regard à moi, un peu singulier.
Il est en effet difficile de rattacher vos films à un genre précis. On aurait du mal à les définir exclusivement comme des comédies, des films à enquête ou encore comme des satires sociales. Comment l’expliquez-vous ?
Je pense que j’ai toujours hésité. Depuis que j’ai commencé à avoir l’idée de faire du cinéma, j’ai toujours hésité entre faire des films sociaux ou politiques. Le cinéma politique m’a toujours intéressé, ainsi que les comédies ou les films fantaisistes… Dans mes goûts, quand j’étais jeune adolescent, il y avait Yves Boisset ou Costa-Gavras d’un côté et Luis Buñuel et David Lynch de l’autre. Luis Buñuel était un vrai exemple pour moi, dans le sens où il arrivait à relayer du social, une forte teneur politique avec quelque chose de l’ordre du surréalisme, de la fantaisie et de la joyeuse déconnade aussi ! Je pense que c’est ça qui m’a conduit à ce mélange. Très tôt je me suis dit : « il me faut de l’air, il me faut un ailleurs, il me faut un cinéma qui me laisse entrevoir un peu plus que juste une réalité sociale ». Notre petit quotidien, c’est assez chiant ! J’ai envie d’être sérieux, j’ai envie de me marrer : j’ai envie des deux.
Cela prend parfois une forme ludique, presque comme un conte.
Oui, il faut s’amuser. Vous savez, normalement, il y a des séquences obligatoires pour qu’on comprenne la chose. Mais j’essaie de m’en passer. Car je me suis toujours dit que si des séquences qui m’emmerdaient, je ne les écrirais pas.
Une chose dont vous semblez ne pas pouvoir vous passer c’est le territoire. Il occupe une place centrale dans votre cinéma : Pas de repos pour les braves dans le sud-ouest, Albi avec Le roi de l’évasion ou le Cap d’Agde pour L’inconnu du lac, et Rester vertical en Lozère. Là nous sommes à Clermont-Ferrand, pourquoi avoir choisi cette ville ?
Julie est une jeune étudiante en cinéma, réalisatrice en devenir. Elle fait la connaissance d’un homme plus âgé et charismatique. Si Julie trouve à Anthony un charme mystérieux, il devient évident pour son entourage ainsi que pour le spectateur que son mystère cache en réalité une violente addiction à l’héroïne. Joanna Hogg dresse – en deux tableaux – le portrait fataliste d’une rencontre vouée à la séparation.