La Ligne

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© Bandita Films

C’est une déflagration d’objets, de verre, de pots de fleurs qui apparaissent sur fond blanc dans une esthétique qui rappelle l’abstraction. Puis des bouches qui hurlent sans que l’on en entende le cri : cri qui ne sort pas, ou qui ne peut pas sortir, tant la frontière entre amour et haine demeure subtile. C’est une valse de violence, capturée au ralenti, où les corps se cognent et s’entrechoquent, bientôt suspendus par le hurlement de Marion, la cadette de la famille.

Avec La Ligne, Ursula Meier propose une chronique familiale. Condamnée durant trois mois à ne pas franchir les cent mètres de sécurité requis par la police, Margaret, après avoir agressé violemment sa mère, se retrouve seule, électron libre sans plus aucune attache intime. La ligne, c’est ce filet de peinture bleue que Marion dessine tout autour de la maison. Le périmètre au sein duquel Margaret ne peut entrer. A la frontière, se jouent des retrouvailles improvisées, tâchant tant bien que mal de restaurer une relation brisée. Les deux sœurs se retrouvent pour jouer de la musique, baignée d’une atmosphère christique : le chant religieux monte dans l’air, s’efface, est recouvert par les bruits de voiture qui traversent la route, et dans les yeux des deux protagonistes, se lit la sollicitude, la fraternité, l’affection toujours partagée malgré les barrières affectives.

C’est un film sur l’incommunicabilité, les mots que l’on ne dit pas, qui restent pétrifiés au creux de la gorge. C’est la rancune, l’impossible pardon tiraillé par l’amour filial. La haine de la mère pour la fille grandit, si bien que la première ne souhaite plus entendre parler de la seconde. De l’autre côté, réside l’incompréhension, la violence dans la volonté de savoir, de connaître un monde auquel elle n’a plus accès. Film sévère sur une situation sentimentale difficile, la mise en scène nous donne à voir le caractère abject de certains personnages, preuve en est que les rôles sont saisis, moulés pour les acteurs. Malgré quelques lenteurs, Ursula Meier ne s’en tire pas si mal et parvient à réaliser un long-métrage touchant et sobre.

La Ligne / De Ursula Meier / Avec Stéphanie Blanchoud, Valeria Bruni Tedschi, Elli Spagnolo / France / 1h43 / Sortie le 11 janvier 2022.

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